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Qu'est-ce qui a changé depuis le scandale OpenLux ?
Luxembourg 4 min. 21.09.2022
Un an et demi après

Qu'est-ce qui a changé depuis le scandale OpenLux ?

OpenLux évoquait une somme de 6.500 milliards d'euros ayant transité en 2019 via le petit pays, toujours jugé comme une place de choix pour l'évasion fiscale.
Un an et demi après

Qu'est-ce qui a changé depuis le scandale OpenLux ?

OpenLux évoquait une somme de 6.500 milliards d'euros ayant transité en 2019 via le petit pays, toujours jugé comme une place de choix pour l'évasion fiscale.
Photo: Marc Wilwert
Luxembourg 4 min. 21.09.2022
Un an et demi après

Qu'est-ce qui a changé depuis le scandale OpenLux ?

Simon MARTIN
Simon MARTIN
Il y a un an et demi, les révélations faites par OpenLux jetaient l'opprobre sur le Luxembourg. Aujourd'hui, quels enseignements ont pu être tirés de ce scandale et quels ont été les changements mis en œuvre par le gouvernement ?

Plusieurs scandales financiers ont éclaboussé le Luxembourg au cours de ces dernières années avec plus ou moins de retentissement international. On peut notamment citer les Panama Papers mais aussi LuxLeaks en 2014 et plus récemment OpenLux en 2021. Cette dernière enquête journalistique menée par le journal Le Monde, en collaboration avec seize autres journaux, s'était intéressée sur le fonctionnement opaque de 55.000 sociétés offshore présentes au Grand-Duché.


Wirtschaft, Yuriko Backes, Partei, DP, Politik, Finanzministerin Foto: Anouk Antony/Luxemburger Wort
«La Place financière a beaucoup changé»
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Dans les grandes lignes, l'enquête mettait en exergue la présence au Grand-Duché d'entreprises «boîtes aux lettres» ou «sociétés écrans», tout en mesurant l'ampleur du phénomène financier du point de vue des sommes d'argent colossales transitant par le Luxembourg. Ainsi, OpenLux évoquait une somme de 6.500 milliards d'euros ayant transité en 2019 via le petit pays, toujours jugé comme une place de choix pour l'évasion fiscale. De plus, l'enquête alertait également sur le fait que le Luxembourg constituait une porte d'entrée de choix afin de faire rentrer l'argent de la criminalité en Europe, y compris le financement du terrorisme.

Quelles leçons ont été tirées ?

Ces révélations ont longuement résonné au Luxembourg, forçant le gouvernement à réagir afin d'apporter davantage de transparence. Un an et demi plus tard justement, quel épilogue pour OpenLux? Des leçons ont-elles été tirées au niveau politique et judiciaire? Mieux encore, des changements législatifs ont-ils été déployés?

Le Monde est récemment revenu sur son enquête en faisant le point sur les fruits de celle-ci. Le journal français a rappelé qu'OpenLux avait mis en évidence les failles du registre des bénéficiaires effectifs des sociétés, celui-ci contenant de nombreuses informations «inexactes, obsolètes ou parcellaires».


Kultur,Sam Tanson gibt Auskunft über Öffnung Kultur.PK,Sam Tanson.Foto: Gerry Huberty/Luxemburger Wort
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Depuis lors, et comme nous l'avons déjà écrit à plusieurs reprises, le Luxembourg s'est lancé dans une réforme de ce registre. Celle-ci doit aboutir l'année prochaine et devra permettre, à terme, de renforcer les contrôles tout en sanctionnant lourdement les sociétés ne fournissant pas les informations demandées. «Actuellement, le pourcentage d'entreprises qui fournissent des données complètes et correctes reste insatisfaisant», avait reconnu Sam Tanson (dé Gréng), la ministre de la Justice.

Des profils suspects 

D'ailleurs, rappelons que cette même ministre avait expliqué que, grâce à l'enquête, plusieurs profils suspects utilisant le Luxembourg comme une plate-forme de blanchiment d'argent et de financement du terrorisme avaient pu être détectés. Et puis, pas plus tard qu'en juillet dernier, une vague de contrôles, par rapport au respect de la législation concernant le RBE, a eu lieu, débouchant sur  une centaine de procès-verbaux dressés à l'encontre d'entités qui se trouvaient en infraction à la loi.


Wirtschaft, Politik, Partei, Fanz Fayot, LSAP, Wirtschaftsminister Foto: Luxemburger Wort/Anouk Antony
Un pas de plus vers la transparence fiscale
Les États de l'UE adoptent des mesures pour plus de visibilité en matière de politique d'imposition, et le ministre de l'Économie Franz Fayot veut que le Luxembourg suive ces dispositions.

Au niveau européen également, le scandale OpenLux a également fait réagir. Dès mars 2021, la Commission européenne a affiché son souhait de mettre en place de nouvelles règles afin de lutter contre l'évasion fiscale, les entreprises «boîtes aux lettres» dans le collimateur. En décembre dernier, une réforme était présentée en ce sens et pourrait entrer en vigueur en 2025. Le Monde note également de son côté qu'en 2021, la cellule de renseignement financier française a constaté une hausse de 82% des informations transmises par leurs homologues luxembourgeois, sans pour autant lier ce constat aux révélations faites par OpenLux. 

Encore des efforts à faire

Si le travail journalistique derrière cette enquête a été maintes fois salué et récompensé depuis sa publication, le Luxembourg est quant à lui toujours critiqué par plusieurs organisations, dépeignant toujours le Grand-Duché comme une terre d'accueil pour l'évasion fiscale et comme une place centrale de la criminalité financière. Selon le site Tax Justice Network, le Luxembourg se classe d'ailleurs comme le cinquième pays le plus opaque en matière financière. Bref, il reste encore de nombreux efforts à faire, malgré des premiers signes encourageants. 

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