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Putscheid prend sous son aile les ados en détresse
Luxembourg 3 min. 18.08.2021
Santé mentale

Putscheid prend sous son aile les ados en détresse

Pour le Dr Karst, la violence de ses patients peut autant se traduire par des automutilations, bagarres que prise de stupéfiants par exemple.
Santé mentale

Putscheid prend sous son aile les ados en détresse

Pour le Dr Karst, la violence de ses patients peut autant se traduire par des automutilations, bagarres que prise de stupéfiants par exemple.
Photo: Marc Hoscheid
Luxembourg 3 min. 18.08.2021
Santé mentale

Putscheid prend sous son aile les ados en détresse

Ouvert depuis octobre, le centre de thérapie destiné aux 12-18 ans en difficulté psychologique est unique en son genre au Luxembourg. Son approche se veut basée sur des thérapies douces.

(pj avec Marc HOSCHEID) Putscheid se distinguait jusque-là par son charme rural. Maintenant la petite commune du nord du pays va se faire un nom dans le domaine de la santé. En effet, vient de s'y ouvrir un centre de thérapie réservé aux jeunes souffrant de troubles mentaux. Un investissement réalisé par le centre hospitalier neuro-psychiatrique (CHNP) d'Ettelbrück. Ici, jusqu'à 16 adolescents âgés de 12 à 18 ans peuvent être pris en charge.


Les jeunes parlent aux jeunes de leur santé mentale
Dans le cadre de la campagne #act4support, des adolescents cherchent à sensibiliser leurs pairs sur la nécessité de demander un soutien psychologique. Via une carte postale, distribuée dès lundi, ils veulent leur faire connaître les moyens à leur disposition.

Pour l'heure, la quinzaine d'infirmiers n'a que trois filles et un garçon sur lesquels veiller. Tous partagent un point commun : ils représentent un danger pour eux-mêmes ou pour les autres. Pour le Dr Thomas Karst, directeur médical du centre, la relation entre comportements (auto)destructeurs et troubles mentaux relève de l'évidence. Et le spécialiste de rappeler qu'il n'y a pas si longtemps, ce type d'attitude était plus classé comme acte de délinquance. Il était temps qu'une autre approche soit mise en place.

Aujourd'hui, ce type d'attitude est donc pris en charge par les structures du CHNP à travers ses trois structures : l'unité fermée «Orangerie trois» à Ettelbrück, l'unité ouverte à Putscheid et un service de soins ambulatoires. 

«En apparence, il s'agit de jeunes ayant un comportement dissident. Mais si l'on y regarde de plus près, on s'aperçoit qu'il s'agit presque sans exception de jeunes traumatisés», décrit le Dr Karst en décrivant le profil de ses patients. Violences subies dès le plus jeune âge, absence d'affection : l'origine des troubles reste souvent la même. Mais pour le centre, pas question de rompre le lien enfant-parents. «Il ne s'agit pas de pointer une culpabilité, mais de chercher des solutions.»


Des idées suicidaires de plus en plus prégnantes
Depuis plusieurs mois, les professionnels de santé alertent sur l'impact des restrictions sanitaires sur la santé mentale, et notamment l'augmentation des pensées morbides. Un phénomène qui toucherait particulièrement les adolescents.

Pour le personnel formé à la psychologie, le travail au quotidien reste empreint de difficultés, de déceptions dans la relation établie. Car le mensonge reste pour nombre d'ados «un outil pour résoudre des situations où il y avait beaucoup d'enjeux». A Putscheid, le patient va se voir proposer de nouvelles opportunités comportementales pour faire face à la réalité. Cela via une thérapie basée sur la méthode Dialectical-Behavioural Therapy (DBT) qui a déjà fait ses preuves chez des adultes, disons, borderline. 

Dans ce type de traitement, les médicaments jouent un rôle secondaire. «Il y a des jeunes atteints de troubles de l'attention pour lesquels on peut se demander si des cachets sont vraiment utiles», note ainsi  Thomas Karst. Dans le centre de thérapie, l'accent est plutôt mis sur l'ergothérapie, la vie de groupe ou la pratique sportive pour apaiser les tensions, les tracas, les pics de colère. Des parties de baby-foot en passant par la pratique artistique : chaque temps de l'agenda a ses bénéfices attendus.


Les enfants payent un lourd tribut à la crise covid
Uni et Unicef ont interrogé près de 700 jeunes Luxembourgeois sur leur état d'esprit actuel. Et le moins que l'on puisse dire est que cela ne va pas fort du côté des 6-16 ans dans le pays.

Et cela inclut bien évidemment l'enseignement. Car pas question de couper les protégés du centre thérapeutique des cours et de l'instruction. «L'école est un pilier très important pour nous, car beaucoup viennent ici à cause de problèmes scolaires», souligne le psychiatre allemand. La pression de la performance, l'intimidation ou une peur des apparitions en public sont parfois d'ailleurs la source des problèmes de ces adolescents décrocheurs.

Afin de pouvoir garantir un soutien éducatif optimal, un enseignant et un éducateur spécialisé travaillent donc au centre. 

A visiter l'ancienne ferme réhabilitée, deux pièces attirent particulièrement l'attention. Dans la salle dite «Snoezelen», les jeunes peuvent se détendre avec des lumières tamisées et un environnement sonore apaisant. Le concept, venu des Pays-Bas, semble d'ailleurs être particulièrement apprécié des 12-18 ans qui cherchent à apaiser leurs tensions. 

Lumières et musique douce pour apaiser les tensions.
Lumières et musique douce pour apaiser les tensions.
Photo: Marc Hoscheid

Un peu plus loin, le site dispose d'une salle capitonnée. Celle-ci est destinée à accueillir les jeunes en cas de crise de rage extrême. Elle ne sera utilisée qu'en cas d'urgence absolue, assure le directeur. «Si un jeune doit aller dans cette pièce, il ne peut de toute façon plus rester avec nous. Son séjour ne durerait plus que jusqu'à l'arrivée d'une ambulance qui le transporterait dans une clinique.»

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