Changer d'édition

Prostitution : Pourquoi le Luxembourg a opté pour son propre modèle
 En 2016, trois personnes sont sorties de la prostitution grâce au programme EXIT, lancé par le gouvernement il y a quelques mois.

Prostitution : Pourquoi le Luxembourg a opté pour son propre modèle

Gerry Huberty
En 2016, trois personnes sont sorties de la prostitution grâce au programme EXIT, lancé par le gouvernement il y a quelques mois.
Luxembourg 6 min. 06.02.2017

Prostitution : Pourquoi le Luxembourg a opté pour son propre modèle

Virginie ORLANDI
Virginie ORLANDI
Renforcement de la législation, stratégies de "sortie": la prostitution n'est pas un sujet tabou au Luxembourg mais un phénomène de société dont le gouvernement se préoccupe. Lydia Mutsch, ministre de l'Égalité des chances, nous explique pourquoi le pays a opté pour son propre modèle en matière de prostitution, loin de ceux de l'Allemagne et de la Suède.

Renforcement de la législation, de l'encadrement social, stratégies de "sortie", projet de loi et plan d'action national: la prostitution n'est pas un sujet tabou au Luxembourg mais un phénomène de société dont le gouvernement se préoccupe. Lydia Mutsch, ministre de l'Égalité des chances, nous explique pourquoi le pays a opté pour son propre modèle en matière de prostitution, loin de ceux de l'Allemagne et de la Suède.

"Le renforcement de l'encadrement psychosocial et médical des personnes prostituées peut avoir un vrai impact sur la diminution de la prostitution au Luxembourg"
"Le renforcement de l'encadrement psychosocial et médical des personnes prostituées peut avoir un vrai impact sur la diminution de la prostitution au Luxembourg"
Steve Eastwood
  • Quelle est la position du gouvernement par rapport à la prostitution? 

Au Luxembourg, la prostitution n'est pas interdite et ni la personne qui se prostitue, ni le client ne sont pénalisés à moins que ce dernier ait profité des services d'une personne vulnérable ou exploitée.

  • Dans son projet de loi, le gouvernement entend encadrer la prostitution: comment compte-t-il s'y prendre?

Le projet de loi 7008 s'appuie sur l'expérience des acteurs du terrain qui a été recueillie à travers le plan d'action national "Prostitution" (PAN) et il concerne uniquement la prostitution dite "forcée". Au Luxembourg, nous faisons une distinction entre la prostitution supposée "libre", exercée en principe par des personnes selon leur choix et non légiférée, et celle considérée comme "forcée", c'est-à-dire exercée pour le compte d'autrui et soumise à différentes formes de violence.

  • Une personne prostituée peut être affiliée à la Sécurité sociale en temps que "travailleur intellectuel indépendant". La prostitution est-elle considérée dans ce pays comme un métier à part entière?

Même si le projet de loi ne concerne que la traite des êtres humains et le proxénétisme, on ne peut pas considérer que la prostitution est un métier comme un autre. Il est d'ailleurs  impossible pour le législateur de la traiter comme n'importe quel sujet et de lui apporter des solutions simplistes. Le Luxembourg entend apporter ses propres réponses à ce type de prostitution.

  • Puisque le Luxembourg tolère la prostitution "libre", pourquoi ne pas avoir opté pour le modèle allemand qui a choisi de légaliser les maisons closes?

Le modèle allemand n'est pas compatible avec notre engagement avec la Convention de New York portant sur la répression de la traite des êtres humains, convention qui ne nous permet pas de réglementer la prostitution. De plus, ce modèle n'a pas eu les retombées positives inititalement prévues: l'encadrement et le contrôle des personnes prostituées n'ont pas été au rendez-vous du côté des "travailleurs du sexe" et on a assisté à une marchandisation du corps du côté des clients. Si l'Allemagne entend maintenir son régime réglementariste, elle va également réformer sa législation par des mesures plus strictes quant à l'exploitation de la prostitution.

  • Qu'est-ce qui empêche le Luxembourg de pénaliser le client même s'il fait appel aux services d'une personne prostituée supposée "consentante"?

Quand on évoque la prostitution, on considère souvent la pénalisation du client comme une solution. Pour nous, il s'agit d'une réponse trop simple qui ne résout rien. Nous pensons qu'elle aurait pour effet de la déplacer dans des lieux invisibles et inaccessibles des autorités et des agents sociaux. Une des caractéristiques de la prostitution luxembourgeoise est son caractère volatile: elle est soumise à des tendances changeantes d'afflux et de retrait des prostituées. Si on perd leur trace, on ne peut plus les protéger des violences auxquelles elles s'exposent.

  • En fin de compte, le gouvernement entend trouver son propre modèle pour gérer la prostitution. Un modèle qui ne se fonde ni sur la répression du client, ni sur la réglementation de la prostitution.

Oui, nous sommes d'avis que le Luxembourg doit trouver son propre modèle en accord avec les particularités du pays. Les bars à champagne, les salons de massage sont des réalités avec lesquelles nous devons composer. La prostitution n'est pas forcément visible et pour l'approcher, nous comptons beaucoup sur le travail des agents sociaux.

  • Ils ont un rôle charnière dans le projet de loi. Quel est-il précisément?

Le modèle luxembourgeois ne se fonde pas sur la répression mais sur l'éducation. Le renforcement de l'encadrement psychosocial et médical des personnes prostituées peut avoir un vrai impact sur la diminution de la prostitution au Luxembourg. Le projet de loi prévoit d'augmenter les effectifs des "streetworkers", des agents sociaux et des policiers s'occupant de la prostitution qui ne sont pas assez nombreux pour l'instant.

Cette plateforme regroupe Dropin de la Croix-Rouge et le ministère de l' Égalité des chances et permet aux personnes prostituées qui le souhaitent de quitter le milieu du commerce du sexe et de mettre un place un autre projet de vie. Elle travaille en collaboration avec l'Agence pour le développement de l'emploi (ADEM) et propose un logement, des formations . En 2016, trois personnes sont sorties de la prostitution grâce à ce programme. C'est peu, mais c'est un début.

  • Il est également question de parler de ce sujet aux élèves pour les sensibiliser.

Oui, et c'est là, l'une des particularités de notre modèle: l'éducation à l'égalité entre les hommes et les femmes, le respect réciproque dans une relation qui passe par l'intégrité physique et émotionnelle d'une personne et aussi la coresponsabilité sexuelle. Certes, éduquer sera plus long que d'interdire mais il nous semble que c'est un moyen plus sûr pour changer les mentalités et aider au respect à la dignité humaine.

Propos recueillis par Virginie Orlandi

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet