Projet-pilote de l'ASTI

Connecter les demandeurs d'asile au marché du travail

Pour faire reconnaître et valider leurs compétences, les participants suivront un stage non rémunéré de 2 à 3 mois maximum en entreprise au Luxembourg pour être prêts le jour où ils obtiendront le statut de réfugié reconnu. Celui-ci  leur ouvrira les portes du marché de l'emploi au Luxembourg.
Pour faire reconnaître et valider leurs compétences, les participants suivront un stage non rémunéré de 2 à 3 mois maximum en entreprise au Luxembourg pour être prêts le jour où ils obtiendront le statut de réfugié reconnu. Celui-ci leur ouvrira les portes du marché de l'emploi au Luxembourg.
Photo: Pierre Matgé

(MF) - Préparer les demandeurs d'asile en six mois au marché du travail pour qu'ils en saisissent le fonctionnement et soient le moins longtemps possible au chômage lorsqu'ils obtiendront le statut de réfugié reconnu. C'est le challenge que s'est fixé l'Association de Soutien aux Travailleurs Immigrés (ASTI) en créant «Connexions». Les 56 premiers demandeurs d'asile participent à ce projet-pilote qui se répétera deux fois par an.

«Nous sommes d'avis que ces gens ont des compétences et qu'il faut les reconnaître et les valoriser. Il faut aussi voir comment ils pourraient être employés sur notre marché du travail, dans l'intérêt de tous», résume Laura Zuccoli, la présidente de l'ASTI.

Lancé à la mi-mars après le franc succès de la fête inaugurant ce projet à la fin janvier, «Connexions» n'a pas eu besoin de pub particulière pour trouver des volontaires. Le recrutement s'est uniquement fait «par le bouche à oreille et via Facebook», explique la présidente de l'ASTI.

Avant d'assurer: «Nous avons très vite eu beaucoup de gens.» Normal, «ils sont très motivés. Ils sont venus ici pour refaire leur vie.» Et «de cette manière on ne laisse pas les gens sans rien faire dans les foyers pour réfugiés alors qu'ils ont plein d'énergie», sait trop bien Zina Menhal , la coordinatrice -d'origine irakienne- du projet à l'ASTI.

Comment ça marche?

Sur les 120 demandeurs d'asile présents lors de la première session d'information, les 56 plus assidus et ponctuels forment aujourd'hui le premier groupe de cette formation innovante qui se découpe en quatre étapes et s'étale sur six mois.

Depuis avril et jusque fin mai, ces volontaires participent à six sessions d'information (en anglais et avec traduction orale directe en arabe) pour «mieux apprendre à connaître le contexte luxembourgeois. Sont abordés l'histoire du Luxembourg, le droit d'asile, les aides sociales, la question de la réunification familiale, le marché du travail, les aides de l'ADEM, le Contrat d'accueil et d'intégration, le système social qui ne fonctionne pas de la même manière dans leur pays, la question-clef de la reconnaissance des diplômes et nos différences culturelles», résume Laura Zuccoli.

Dans un deuxième temps, aura lieu l'évaluation des compétences mais aussi des besoins individuels en formation et seront pris en compte les attentes et la motivation des participants. Fin mai, a lieu la sélection des candidats qui poursuivront le cursus.

Six ateliers préparent les candidats au monde du travail (en français et en anglais). Histoire d'apprendre à rédiger un CV, se préparer pour un entretien d'embauche, savoir comment et où trouver du travail au Luxembourg. Mais aussi comment lancer sa propre entreprise car «beaucoup étaient indépendants dans leur propre pays» et nombreux sont les réfugiés qui «ont des compétences dans l'artisanat».

La dernière étape est la mise en place de tutorats et de stages non rémunérés dans des entreprises luxembourgeoises. l'ASTI travaille en coulisses pour créer les liens avec les partenaires plus institutionnels comme l'ADEM, la Chambre de commerce, la FEDIL, l'UEL, etc. mais a aussi embauché spécialement un «Business Connections Manager» en la personne de Michelle Moses pour trouver des entreprises luxembourgeoise à la fibre solidaire et prêtes à donner leur chance à un réfugié.

«Ne pas être dépendant de l'Etat»

La plupart des premiers volontaires sont irakiens (45%), syriens (22%) ou érythréens (15%) et de manière générale, «il y a une très grande motivation pour s'activer et ne pas être dépendant de l'Etat luxembourgeois. C'est d'ailleurs la toute première motivation que les gens nous répètent souvent», assure la présidente de l'ASTI.

L'initiative a reçu le soutien de l'Œuvre Nationale de Secours Grande Duchesse Charlotte. Elle finance le projet «Connexions» à hauteur de 230.000 euros pour 2016 et s'est même déjà engagée à le soutenir durant les trois années à venir.

«Nous voulons commencer avec un deuxième groupe dès septembre et avons déjà suffisamment de demandes», explique Laura Zuccoli. Avant de préciser que l'ASTI «fera sans doute un groupe pour les femmes». Elles ne sont guère plus d'une poignée au sein du premier groupe. Mais «nous avons expliqué aux demandeurs d'asile qu'avec tous les frais à payer ça ne suffit pas si l'on travaille à une seule personne au Luxembourg».

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.