Procès Bommeleeër: Pierre Reuland évoque le réseau Stay Behind

L'ancien directeur général de la police a indiqué à la presse, à l'issue de la journée d'audience, une possible "piste militaire" en lien avec les attentats.

Pierre Reuland le 2 octobre
Pierre Reuland le 2 octobre
Photo: Guy Jallay

(ham - dn) - Pierre Reuland est revenu devant la Cour pour apporter quelques éclaircissements à ses précédentes déclarations. Il a ainsi voulu donner des explications au sujet de la "note Welter".

La conversation avec le substitut Robert Welter avait effectivement eu lieu. Ce fait avait été signalé à la Cour en juillet à partir d'une discussion très étrange avec M. Reuland il y a quelques années en marge d'une commission de sécurité. M. Reuland avait d'abord contesté une telle conversation, pour finalement estimer qu'elle était du "domaine du possible".

Lors de cet entretien, M. Reuland avait demandé au substitut, qui à ce moment ne s'occupait pas encore de l'affaire Bommeleeër, où en était l'enquête. Selon M. Welter, M. Reuland aurait alors dit que l'enquête serait poursuivie jusqu'à un certain point, "et serait alors clôturée". Intéressante également l'affirmation de M. Reuland, selon laquelle on se rapprochait alors des coupables.

M. Reuland a voulu ajouter quelque chose à ces déclarations lundi après-midi. L'extrait, qui indique que l'on se rapprochait des coupables, découlait de considérations et de conclusions personnelles. Ces dernières se basaient de l'expérience qu'il avait pu avoir en travaillant directement sur les attentats.

Ce qui a été le cas à deux reprises : lors de la remise d'argent à Clervaux et au théâtre de la Ville de Luxembourg, où il se trouvait pour procéder à l'arrestation des coupables comme chef de la brigade mobile de gendarmerie (BMG).

Au moment du transfert d'argent en 1985, on avait le sentiment d'être proche des auteurs, explique M. Reuland. "J'ai tout fait pour les appréhender. Et j'ai également cru que cela pouvait fonctionner, notamment lors de la remise d'argent au théâtre", a-t-il ajouté, poursuivant : "Je ne peux pas imaginer que mes subordonnés perpétraient des attentats en pleine nuit et effectuaient leur service pendant la journée sans que personne ne remarque rien."

Stay Behind ?

A ses yeux, une "piste militaire" liée aux attaques était une hypothèse "que l'on pouvait sérieusement prendre en compte à l'époque de la Guerre froide". Une hypothèse que M. Reuland avait formulée en 1986 dans un rapport destiné à sa hiérarchie. Il ne sait pas pourquoi cette piste n'a jamais été suivie, affirme-t-il dans une réponse à une question de la Défense.

"Dans cette optique, les services de renseignement avaient toutes les connaissances nécessaires en vue de perpétrer les attentats. (...) Et ils avaient la possibilité de camoufler tout cela pendant trente ans", a-t-il ajouté, provoquant l'étonnement des observateurs du procès.

Il aurait conclu à "une personnalité de premier plan, ici ou à l'étranger", qui aurait planifié les attentats, excluant le Grand-Duc et lui-même.

"Si un enquêteur luxembourgeois aurait entrepris une démarche auprès de l'un de ces services de renseignement et aurait consulté les archives de 1985, on peut alors être sûr qu'il serait parvenu à une conclusion", a-t-il affirmé. D'où sa déclaration, selon laquelle on aurait poursuivi l'enquête jusqu'à un certain point.

Ces explications ont été faites plus de trois mois après d'étranges déclarations au mois de juillet. Pourquoi ne pas les avoir faites à ce moment ? M. Reuland a mis en avant l'énorme pression à laquelle il devait faire face alors.