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Procès Bommeleeër: Marc Scheer et Jos Wilmes sous les projecteurs
Luxembourg 6 min. 07.10.2013

Procès Bommeleeër: Marc Scheer et Jos Wilmes sous les projecteurs

Me Vogel et les deux prévenus.

Procès Bommeleeër: Marc Scheer et Jos Wilmes sous les projecteurs

Me Vogel et les deux prévenus.
Photo: Marc Wilwert
Luxembourg 6 min. 07.10.2013

Procès Bommeleeër: Marc Scheer et Jos Wilmes sous les projecteurs

Comment les deux prévenus, Marc Scheer et Jos Wilmes - sont arrivés sous les feux des projecteurs de la police. Il ne faudra pas moins de trois enquêteurs cette semaine pour répondre à cette question.

(SK) - Joël Scheuer, Guy Marx et Marc Weis reviendront notamment sur le contenu des interrogatoires des deux prévenus. Me Vogel, l'avocat de Marc Scheer, a d'ores et déjà prévenu qu'il avait l'intention de déposer trois nouveaux „corps de conclusion“ et que "l'après-midi allait être dure".

En effet, Me Vogel attaque en réclament la nullité des interrogatoires. Il assure que Marc Scheer n'a pas été informé de ses droits à être assisté d'un avocat.Pour faire valoir ce troisième corps de conclusion, il cite le texte de loi luxembourgeoise et un arrêt de la cour européenne des droits de l'homme qui qualifie cet oubli "d'atteinte irrémédiable aux droits de la défense".

En outre, ajoute l'avocat, les enquêteurs auraient mené leurs interrogatoires à charge des deux prévenus. Ils n'auraient par exemple retenu que des éléments à l'encontre de Marc Scheer, sans considérer les éléments en faveur de son innocence.

Et de citer ces éléments: aucun témoin occulaire pour attester de la présence de Marc Scheer sur les lieux des attentats, aucune trace de son ADN, ni d'empreinte digitale sur les preuves matérielles, Jos Wilmes et lui auraient eu des alibis confirmés par des tiers pour les jours des attentats, le profil de Marc Scheer ne correspondrait pas à celui de l'auteur présumé, aucune rumeur en relation avec l'affaire ne le concernerait, il n'aurait jamais dévié de sa version des faits initiale...

"Après des années d'enquête qui n'a pas abouti, les enquêteurs ont dû trouver des coupable", ajoute Me Lorang, avocate de Jos Wilmes, avant de se faire remettre en place par la juge. Me Lorang demande également la nullité des interrogatoires de son client.

En fait, un avocat aurait évité à Marc Scheer de commettre des imprudences verbales sous couvert d'humour qui ont finalement pesé contre lui.

Pour Me Lorang, les enquêteurs auraient voulu se faciliter les choses et auraient eu recours à des conclusions hâtives: "Les poseurs de bombes étaient des bricoleurs et mon client aimait bricoler, donc mon client était forcément un coupable idéal." Comme Marc Scheer, Jos Wilmes ne correspond pas au profil psychologique du ou des poseurs de bombes.

"Qu'est-ce que nous foutons ici?"

Me Lorang qui de son propre aveu s'est mis aux exercice de relaxation depuis le mois de septembre, demande plutôt sérieusement à la juge Conter: "Qu'est-ce que nous foutons ici?" L'ambiance est tendue, Me Vogel a quitté la salle.

Le procureur décide d'entendre les conclusions des enquêteurs avant de prendre position. Il est d'avis que Marc Scheer connaissait très bien les risques liés à un interrogatoire. Réponse qui ne réjouit pas la défense.

Après une courte pause, les enquêteurs ont la parole. Carlo Klein commence par présenter la brigade mobile de gendarmerie (BMG) à laquelle appartenaient les deux prévenus grâce à un reportage d'époque de RTL. Durant 26 minutes, toute la salle se tait.

Le reportage vante la collégialité qui régnait au sein de la brigade et des grandes attentes envers ses membres. Membres dont certains montrés à l'image sont des protagonistes du procès, comme Pierre Reuland ou Marc Scheer qui est interviewé sur sa vie privée. Le reportage est signé Vic Reuter, l'actuel porte-parole de la police.

A l'époque Pierre Reuland décrivait ses hommes comme "des gendarmes bien formés au service des citoyens".

A l'issue de ce reportage de 26 minutes, Me Vogel demande dix minutes de pause. Il refuse même d'emporter le reportage sur un support numérique. C'est dire l'intérêt qu'il lui porte...

Carlo Klein explique ensuite pourquoi les membres des BMG feraient de bons coupables: un groupe homogène, doué de certaines compétances et de sang froid, et capable d'intimidation. 

Reste le motif qui aurait poussé le BMG à agir: renforcer les troupes et moderniser les infrastructures. L'enquêteur explique qu'avant les attentats la BMG n'était plus la BMG des débuts. Les hommes n'auraient plus pu s'entraîner régulièrement en raison des missions de protection rapprochée que l'on imposait à ses hommes.

La maison du colonel Wagner aurait été prise pour cible pour le punir de ses réticences en matière d'innovation. 

Pierre Reuland dit ne pas connaître les poseurs de bombes

L'ancien directeur de la police aurait à l'époque rédigé un rapport dans lequel il demandait plus d'hommes et de moyens, prétextant un manque de motivation qui aurait pu à terme mener à une dissolution de la brigade. Il évoque des demandes de mutation, un suicide. Le rapport était destiné au colonel Wagner...

C'est à ce moment que Pierre Reuland entre dans la salle. Depuis le début de l'audience, il écoutait ses propres dépositions dans une salle voisine.

L'enquêteur Klein est d'avis que l'on peut envisager que Pierre Reuland et Patrice Solagna connaissent les noms des auteurs. Me Vogel crie au scandale: pourquoi les deux hauts-gradés ne sont pas sur le banc des accusés à la place des deux prévenus?

Pierre Reuland interrompt l'enquêteur pour indiquer qu'il accepte de signer ses déclarations, mais qu'avant il souhaite rectifier le passage sur "la note Welter". Pierre Reuland explique pourquoi il a dit croire être prêt de confondre les coupables: était motivé et y croyait dur comme fer. "A l'époque nous étions convaincus que nous attraperions les auteurs des attentats", ajoute Reuland. Et les auteurs n'étaient pas du côté de la BMG, selon lui.

Pour autant, il assure ne pas connaître leur identité. A l'époque des attentats, il penchait pour une piste militaire. Piste non négligeable en temps de guerre froide, ajoute-t-il. Il regrette que les enquêteurs ne l'aient pas suivie. Il évoque également la piste des services secrets.

Pierre Reuland indique être d'avis que les attentats pourraient avoir été coordonnés et exécutés par une personnalité importante du pays qui ne serait pas le grand-duc et lui-même.

Remarque de la juge: "Vous variez considérablement de votre version initiale." Pierre Reuland signe ces nouvelles déclarations. A l'extérieur de la salle d'audience, il indique aux journalistes avoir d'autres révélations à faire, mais les garder pour un témoignage à venir.


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