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Procès Bommeleeër: Kramer contre Kramer

Procès Bommeleeër: Kramer contre Kramer

Photo: Anouk Antony
Luxembourg 6 min. 10.04.2013

Procès Bommeleeër: Kramer contre Kramer

Andreas Kramer, historien allemand, aurait reçu les aveux de son père sur son lit de mort: le vieil homme aurait été le Bommeleeër. Il aurait aussi coordonné le réseau stay behind en Allemagne.

(SK) - Andreas Kramer avait indiqué sous serment que son père décédé serait l'auteur des attentats. Il les aurait planifié avec Charles Hoffmann, l'ancien chef des services secrets, dans le cadre d'un réseau stay behind.

Théorie que rejette Charles Hoffmann, mais qui a fortement intéressé le Bundestag.

Monsieur Kramer est décédé le 8 novembre 2012 à Sarrebruck. Il était responsable du réseau stay behind en Allemagne. Il avait pour mission de coordonner un groupe d'agents qui collaboraient avec les services secrets de différents pays. "Il était en contact avec Charles Hoffmann, même si celui-ci le nie", note Andreas Kramer. 

Il aurait notamment collaboré avec le réseau stay behind luxembourgeois de 1984 à 1986. Et donc, avoué à son fils son implcation dans les attentats et aux lettres anonymes dont il aurait été l'auteur. Il en aurait rédigé trois lui-même.

L'historien aurait reçu les confessions de son père pratiquement en même temps que les attentats. Mais son père l'aurait menacé de mort s'il en parlait à quiconque. Son père aurait également essayé de le recruter dans le réseau.

Andreas Kramer est prêt à se soumettre à un test ADN pour prouver que son père est bien l'auteur des lettres anonymes.

Le FBI était après le père d'Andreas Kramer

Me Vogel produit une lettre qui atteste que Charles Hoffmann aurait bien travaillé avec le réseau stay behind allemand, et qui évoque un Allied Clandestine Committee (ACC). Le groupe Centag aurait chapeauté le Luxembourg et transmis ses ordres à Hoffmann qui se trouvait être un maillon  dans la chaîne.

Charles Hoffmann aurait prévenu la CIA quand des attentats sur le Luxembourg ont été évoqués. Monsieur Kramer aurait créé un réseau dans le réseau et aurait mené le FBI par le bout du nez pour ne pas être coincé par les agents qui avaient remonté sa piste.

Cependant, le témoin n'est pas très clair en ce qui concerne l'implication de l'ancien chef du SREL et varie de sa déposition.

Wilmes et Scheer innocents; Geiben évoqué

Quarante personnes auraient participé aux attentats depuis l'Allemagne et dix Luxembourgeois issus des unités spéciales de la gendarmerie auraient été approchés par Monsieur Kramer, dont un certain Geiben. Kramer aurait cherché de bons motards et les aurait appelé "les idiots utiles".

Monsieur Kramer aurait également avancé que les deux prévenus Marc Scheer et Jospeh Wilmes étaient innocents.

"Mon père était un terroriste, un meurtrier", note Andreas Kramer, "il nommait déjà ces hommes de mains de l'attentat à la fête de la bière à Munich en 1980, des idiots utiles." Pour Kramer, son père n'aurait jamais éprouvé de regrets pour les 13 morts de cet attentat: "Il était comme un tueur-en-série. Il m'a dit qu'il ne pouvait s'arrêter."

Bref, le Luxembourg aurait été choisi comme terrain des attentats après l'Italie et Munich parce qu'il n'avait pas encore signé les accords de La Haye. Charles Hoffmann aurait été à la tête de deux équipes. Ces hommes avaient tous été formés par le Mi6 en Ecosse.

Me Vogel coupe Andreas Kramer pour présenter deux lettres de Charles Hoffmann à Jacques Santer dans lesquelles il évoque des exercices d'infiltration et d'exfiltration. "Cependant, Jacques Santer a toujours nié avoir été informé de ce type d'exercices", note l'avocat qui se réjouit de bientôt pouvoir interroger l'ancien chef de gouvernement.

Les enquêteurs ont profité d'une interruption de l'audience prélever de l'ADN du témoin.

Monsieur Kramer recevait ses ordres d'en haut

A la reprise de l'audience, Andreas Kramer raconte que son père voulait toucher que le cœur des gens en visant la Cegedel et qu'il aurait évoqué un coup d'essai sur une maison de vacances. Ses hommes et lui étaient des spécialistes des explosifs.

Le procureur et la juge émettent cependant un doute étant donné les résultats bancals des premiers attentats. Andreas Kremer démontre qu'il est le digne héritier de son père en se lançant dans une analyse des différents types d'explosifs et leur utilisation pour expliquer les ratés.

Son père recevait ses ordres de plus haut, mais il ne sait pas de qui. Ce dernier se serait souvent rendu à Luxembourg pour inspecter les lieux des attentats, Le témoin se souvient que son père lui aurait parlé de l'attentat dans les casemates et du centre européen à Kirchberg. Il aurait participé à 18 attentats. 

Et puis, l'Otan aurait souhaité tout arrêter en 1986 et changer de terrain de jeu pour passer en Belgique et s'en prendre aux supermarchés Delhaize.

La juge émet cependant un doute quant aux sources de l'historien. Elle se demande s'il n'aurait pas lu trop d'articles de journaux. Il ajoute que son père et Hoffmann avaient pour mission de faire disparaitre autant de pièces à conviction que possible. 

En fin d'audience Me Vogel tire de sa manche un contrat qui lierait un agent stay behind au SREL.

Andreas Kramer perd patience

La juge a demandé au témoin de rester une journée de plus à Luxembourg pour pouvoir être entendu plus en détail demain. Cependant Andreas Kramer s’énerve alors que le procureur remet en doute certain de ses propos.

Me Vogel essaye de faire diversion en vain, en annonçant qu'il avait préparé 74 questions pour Charles Hoffmann. La juge évoque même la possibilité d'une confrontation entre les deux hommes.

Andreas Kramer s'est révélé être un témoin particulier à bien des égards. Pour clore l'audience en beauté, il a demandé qu'on l'applaudisse pour avoir tout bien récité.