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Procès Bommeleeër: Guy Stebens et Pierre Reuland, deux "victimes" à la barre

Procès Bommeleeër: Guy Stebens et Pierre Reuland, deux "victimes" à la barre

Luxembourg 6 min. 01.07.2013

Procès Bommeleeër: Guy Stebens et Pierre Reuland, deux "victimes" à la barre

Dernière semaine de procès avant les vacances judiciaires. Aujourd'hui, Pierre Reuland, l'ancien directeur général de la police, devra répondre de pressions et de rétention d'informations. Egalement attendu l'ancien secrétaire général de la police Guy Stebens.

(SK) - Guy Stebens est le premier à passer à la barre. Il est interrogé sur le projet-de-loi sur l'entrave à la justice. "Je n'ai rien à me reprocher, je n'ai rien à cacher ez j'ai répondu aux questions que l'on m'a posées avec l'esprit clair. J'ai quand même perdu mon emploi, J'en souffre et ma famille aussi", indique-t-il d'entrée de jeu.

Il assure ne jamais avoir tenté de se renseigner sur le contenu de la loi auprès du ministère de la Justice. Il aurait eu des bribes de renseignements auprès de Pierre Reuland qui avait des contacts au ministère. Les juges ont du mal à le croire, d'autant qu'il tente d'esquiver certaines réponses.

Guy Stebens prétend ne pas avoir posé de questions à Pierre Reuland quant au contenu exact, alors qu'il a dit que cette loi l'intéressait personnellement. Puis il se tait, attaqué par le défense et les juges.

Il finira pourtant par lâcher que Pierre Reuland et lui étaient déçus du résultat du projet-de-loi, car le texte allait plus loin que la loi française de laquelle il était inspiré. Guy Stebens dit craindre les conséquences des actes qui ont brisé sa carrière et se sentir traité injustement... Ce à quoi la juge Conter lui lance que s'il n'a rien à se reprocher, il n'a pas à craindre les conséquences.

Interrogé sur l'affaire Bommeleeër, il note: "Je ne sais pas qui est le Bommeleeër et je ne dispose pas d'éléments qui puissent me permettre de suspecter l'un ou l'autre. Je n'ai pas non plus de raison de retenir des informations. Si je savais quelque chose, je le dirais. je ne laisserait pas ma famille dans ce pétrin." Et de continuer à maintenir sa position ambiguë.

L'interrogatoire que lui font subir les juges est tout sauf une partie de plaisir. Tous ses faits et gestes lors de la période d'élaboration du projet-de-loi sont disséqués et remis en question. Jusqu'à ce que la juge décide de lui révèle que lui et l'association des cadres supérieurs de la police (ACSP) en auraient mal compris une partie. Il était également soupçonné d'avoir voulu orienter l'avis de l'association en sa faveur et la faveur de Pierre Reuland.

Puis les discussions ont tourné autour de la rencontre avec l'ACSP. Mais là aussi, difficile de trouver un terrain d'entente. La juge est d'avis que Guy Stebens n'a pas tout dit à la juge d'instruction. Guy Stebens prétend le contraire.

Pierre Reuland se place en victime

C'est maintenant au tour de l'ancien directeur général de la police de témoigner. D'emblée, il se pose en victime et rappelle aux juges qu'il est un témoin et pas un accusé, même s'il a de plus en plus l'impression de l'être. Et si le tribunal juge que tel est le cas, alors il a le droit à un avocat.

Après s'être retirés quelques instants, les juges annoncent à Pierre Reuland que le procès concerne une affaire d'attentats à la bombe pour lesquels il n'est pas accusé. Cependant, ont-ils précisé, Pierre Reuland peut éviter d'être accusé en disant la vérité.

Et la juge de lancer la première question. "Vous auriez dit aux enquêteurs de l'affaire Bommeleeër qu'ils ne progresseraient que jusqu'à un certain point et que cela s'arrêterait là." Pierre Reuland prétend ne plus se souvenir d'avoir dit cela et si c'était le cas, il ne l'aurait pas dit pour faire pression.

Pierre Reuland a accompagné l'enquête de 2002 à 2007, une durée exceptionnelle, estime-t-il.

L'enquêteur Marc Weis prétend le contraire. Les mots auraient été prononcés au printemps 2004, alors que les enquêteurs rassemblaient les échantillons d'ADN. Pierre Reuland répond qu'à cette époque la juge d'instruction aurait décidé de mettre l'enquête sur pause. En outre, indique-t-il, il serait normal pour un directeur de police de suivre l'évolution de ses hommes. "J'ai fait mon travail", souligne-t-il.

La juge d'instruction de l'époque, Doris Woltz, aurait témoigné à la barre avoir souvent dû le prier et qu'il aurait essayé de placer un homme de confiance dans l'équipe d'enquêteurs. La chef des enquêteurs, Andrée Colas, se serait également plainte d'un manque de confiance. Pierre Reuland assure le contraire. Il dit que les enquêteurs ont toujours obtenu de lui ce qu'ils souhaitaient et que lui et la juge d'instruction avaient fini par s'entendre après discussion. 

De même, il aurait entretenu d'excellents rapports avec le parquet. "Quand on réfléchi à ce qui a été dit par les témoins ces dernières semaines, on a l'impression que vous parlez d'une affaire totalement différente", estime la juge. Le parquet acquiesce. Pierre Reuland, lui, continue sur sa lancée. 

En avril 2006, Robert Biever lui aurait dit que son équipe d'enquêteurs devait être dissoute en mai 2007. Les enquêteurs ayant bien travaillé, il aurait voulu leur garantir de bon postes, c'est la raison pour laquelle il se serait renseigné auprès du procureur général d'état au sujet de l'évolution de l'enquête.

Des propos qui ne correspondent pas vraiment aux témoignages de Robert Biever. 

"C'était du langage administratif", Pierre Reuland tente une nouvelle défense. "Alors vous feriez bien de mieux vous exprimer la prochaine fois", rétorque la juge. Elle lui reproche également un humour étrange.

Pour changer de sujet, Me Vogel demande à Pierre reuland si, à son avis, les deux prévenus seraient capables de commettre un attentat. Pierre Reuland indique que leur inculpation avait été un choc et qu'ils étaient les piliers des brigades mobiles de gendarmerie. "Si je me suis trompé à leur propos où me suis-je donc encore trompé?", s'interroge Pierre Reuland.

Il aurait soutenu les deux hommes et refusé de les suspendre de leurs fonction en accord avec ses collaborateur. A ce moment là, il a eu l'impression que quelque chose avait dérapé. Pierre Reuland aurait suivi sa conscience. Il n'aurait même jamais entendu le début d'une rumeur selon laquelle les deux prévenus étaient coupables. 

La juge a interrompu l'audience peu après 18 heures. Pierre Reuland sera également entendu ce mardi.