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Procès Bommeleeër: "Cette discussion n'a jamais eu lieu!"
Luxembourg 6 min. 12.03.2013

Procès Bommeleeër: "Cette discussion n'a jamais eu lieu!"

Ben Geiben

Procès Bommeleeër: "Cette discussion n'a jamais eu lieu!"

Ben Geiben
Photo: archives Luxemburger Wort
Luxembourg 6 min. 12.03.2013

Procès Bommeleeër: "Cette discussion n'a jamais eu lieu!"

Il s'agit d'un des témoignages les plus attendus de ce procès Bommeleeër: celui de Ben Geiben. L'ancien chef de la brigade mobile de gendarmerie a longtemps été le suspect numéro un pour les attentats. Un témoin mystère a prétendu détenir ses aveux. Les deux hommes vont se livrer à un face à face.

(SK) - Théodore Wormeringer, 86 ans, a prétendu lundi que Ben Geiben se serait présenté à lui dans son magasin de meubles comme étant le fameux Bommeleeër. Celui que le Luxembourg cherche depuis le milieu des années 1980!

Manque de second degrés de la part de Monsieur Wormeringer ou véritables aveux?

Ben Geiben, l'ancien chef de la brigade mobile de gendarmerie a longtemps été le suspect numéro un de la série d'attentats qui a secoué le Luxembourg pendant près de deux ans. Alors était-ce de la bravade ou de l'humour cynique de se présenter ainsi à Monsieur Wormeringer?

La réponse peut-être cet après-midi, alors que les deux hommes vont se retrouver face à face en cette troisième semaine du procès Bommeleeër.   

Le témoignage de Ben Geiben

15 heures, mardi après-midi, Ben Geiben est appelé à la barre de la chambre criminelle. La greffière lui donne lecture du procès verbal du témoignage donné la veille par Théodore Wormeringer.

L'ancien super-flic est formel: "Cette discussion n'a jamais eu lieu!" Il ne se serait jamais rendu dans le magasin de meubles de Monsieur Wormeringer et n'aurait pas fait d'aveux. En 1986, il se serait trouvé à Paris avant de fonder son entreprise de sécurité à Bruxelles.

En outre, il n'aurait été approché par Disney qu'en 1987 et aurait effectué de nombreux stages dans les divers parcs de la compagnie.

"En 28 ans, je n'ai jamais dit être le Bommeleeër. Que ce soit pour plaisanter ou de manière sérieuse, parce que cela n'aurait pas été vrai", assure Geiben, "Je ne l'ai même jamais prétendu dans mon cercle privé ou familial."

Ce ne serait pas dans sa nature de se vanter de telles choses et d'ailleurs ben Geiben n'aurait jamais rencontré le vendeur du magasin de meubles de Monsieeur Wormeringer avant. Jos Wilmes prétend le contraire...

Wormeringer - Geiben: la confrontation

"Je me souviens de Monsieur. J'ai vu sa photo dans les journaux, à l'époque il était jeune et beau", assure Monsieur Wormeringer, que la juge a priée de rentrer dans la salle d'audience.

"Je suis déçu de Monsieur Geiben, je m'attendais à plus de classe de sa part. Je m'attendais àè ce qu'il dise que c'était une blague, qu'il s'était moqué de moi...", dit Monsieur Wormeringer qui ne veut pas bouger d'un iota de sa déclaration.

Et d'ajouter: "Il n'y a que deux personnes qui savent qu'il était  à Orlando: lui et moi." Ben Geiben secoue la tête. Il dit pouvoir clairement démontrer où il se trouvait en 1986.

Wormetringer n'en démord pas et pose maintenant lui-même les questions à Ben Geiben. L'audience prend des allures de Talk-show que la juge interrompt.

Un rendez-vous particulier avec Robert Biever

Me Vogel prend le relais. Il demande à Ben Geiben s'il a eeu une discussion avec le procureur général d'Etat Robert Biever. Il veut savoir si un deal a été conclu.

Ben Geiben reconnait qu'il a bien rencontré Robert Biever: "Il s'agissait d'une enquête dans l'enquête" et "aucun arrangement n'a été conclu".

Cet entretien peu protocolaire a eu lieu dans un endroit tenu secret - le domicile de l'enquêteur Weis, selon l'enquêteur Carlo  Klein - en présence de deux ou trois personnes à une date dont Ben Geiben ne se souvient plus. Il indique ne rien avoir dit de plus que ce qu'il avait dit au juge d'instruction.

Le procureur Oswald insinue que si cette entrevue a bien eu lieu le procureur général ne devrait pas avoir de problème à en expliquer la nature à la barre. Me Lorang pense, quant à elle, que "cette audience privée n'a aucun sens" et "qu'elle doit cacher quelque chose".

Me Vogel exprime un manque de confiance.

Carlo Klein donne sa version du rendez-vous

Carlo Klein est rappelé à la barre pour témoigner de cette entrevue. L'enquêteur Weis est prié de quitter la salle d'audience sous la garde d'un des deux prévenus,  Scheer, qui doit s'assurer que l'enquêteur Weis ne téléphone pas.

Carlo Klein explique que le rendez-vous a eu lieu à Pâques 2008. Les bureaux du procureur général n'auraient pas été disponibles à l'époque et il aurait fallu trouver un autre lieu de rendez-vous. Un café n'était pas un lieu idéal, car passez discret. Les journalistes de RTL ne devaient pas avoir vent de cette rencontre. Ces derniers avaient des informateurs au sein de la police et du parquet.

Quant à la raison de cette rencontre, elle serait due à la volonté de Robert Biever de se faire une idée de la personnalité de Ben Geiben. La rencontre n'aurait pas été consignée au dossier d'instruction.

L'enquêteur Weis se souvient de l'entretien. Il aurait eu lieu le 16 avril 2008. Les discussions auraient porté sur les raisons qu'avait Ben Geiben de quitter la gendarmerie et aussi sur pourquoi il pensait être suspecté pour les attentats.

Me Lorang trouve étrange que Ben Geiben ait été le suspect numéro un jusqu'en 2009.

Le procureur général appelé à la barre

Robert Biever affiche un air soucieux. Il indique aux juges ne pas pouvoir comparaitre en tant que témoin, étant donné qu'il représente également l'accusation. Cependant le procureur général est d'accord de témoigner sans avoir prêté serment.

Il note que la rencontre devait être placée dans le contexte de la procédure. C'est un fait que Ben Geiben ne cesse d'apparaître à tord ou à raison dans le dossier.

Il indique aussi ne pas supporter l'idée qu'au Luxembourg des personnes occupant des postes haut-placés puissent savoir parfaitement ce qu'il s'est passé à l'époque.

Il indique que cette rencontre n'avait qu'un aspect atypique et qu'il se rend maintenant compte que c'était une mauvaise idée aux vues des discussions actuelles. Selon lui, Ben Geiben serait un homme intelligent et il n'existerait aucun élément concret pour l'inculper.

Me Vogel ne lâche rien. Il est persuadé qu'un accord a eu lieu en 1984 entre Ben Geiben et le procureur général de l'époque. L'avocat a également annoncé son intention de déposer une plainte pour parjure contre Ben Geiben, ce mercredi.


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