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Procès Bommeleeër: André Kemmer tourne en rond
Luxembourg 7 min. 19.06.2013

Procès Bommeleeër: André Kemmer tourne en rond

André Kemmer

Procès Bommeleeër: André Kemmer tourne en rond

André Kemmer
Photo: Gerry Huberty
Luxembourg 7 min. 19.06.2013

Procès Bommeleeër: André Kemmer tourne en rond

Qui a mis un détective sur la piste d'enquêteurs de la police? La réponse à cette troublante question sera peut-être donnée ce mercredi après-midi lors de la 52e journée du procès Bommeleeër.

(SK) - Cet après-midi sont attendu à la barre du tribunal de Luxembourg le détective Durand et André Kemmer, ancien agent du SREL.

Le détective a été chargé au milieu des années 2000 de suivre à la trace certains policiers chargés d'enquêter dans l'affaire Bommeleeër. L'enquêteur Carlo Klein, une des figures clé de ce procès, a confirmé cette filature en ayant lui même été une des cibles.

Le détective aurait cessé sa filature après avoir compris qu'il espionnait des policiers.

Reste à savoir qui lui avait donné l'ordre de cette mission: le SREL ou André Kemmer?

André Kemmer prétend que l'ordre ne vient ni du SREL, ni de lui. Durand, dont le nom de code était Gaston n'aurait jamais été chargé de ce type de mission. Il avait été chargé par le SREL d'enquêter sur les milieux extrémistes islamistes.

Kemmer quant à lui est entré au SREL en 2004 après avoir travaillé à la PJ. Gaston l'informateur l'aurait suivi. En 2008, suite à des ennuis de santé, André Kemmer a été muté au ministère de l'Economie.

L'ancien agent du SREL indique à la juge que s'il avait voulu savoir où se trouvait le bureau des enquêteurs, il n'aurait eu qu'à demander à ses anciens collègues de la PJ.

André Kemmer n'aurait pas non plus commandité la filature de Robert Biever lors de ses vacances en Thaïlande. Durand alias Gaston aurait obtenu des informations sur le réseau présumé de pédophilie lors d'une mission annexe et il aurait ensuite proposé d'essayer de remonter le fil. André Kemmer aurait alors fait part de ces rumeurs au directeur du SREL de l'époque, Marco Mille.

Ce dernier aurait lancé la mission Katana qui n'a aboutit sur rien. Rien ne laissait entendre que Robert Biever protégeait les trois personnes incriminées. Il n'aurait ensuite plus jamais entendu parler de cette histoire.

André Kemmer n'aurait jamais enquêté sur le Bommeleeër

Par contre, il note que son service aurait essayé de remonter quelques pistes pour savoir si les services secrets avaient été impliqués dans le réseau stay behind. En particulier après avoir eu vent de la présence de l'activiste Licio Gelli à Luxembourg. "Nous nous sommes alors demandé si stay behind n'avait pas un lien avec le Bommeleeër", explique André Kemmer. Cependant, les agents n'auraient trouvé aucune piste permettant de relier les deux, indique André Kemmer sibyllin.

Et de faire un parallèle assez fin pour retomber sur la piste Ben Geiben: ce dernier avait reçu l'ordre du ministre Emile Krieps de fonder la BMG. Krieps avait acquis un expérience auprès de SOE (Special operations executive) en Angleterre durant la guerre dont les méthodes ressemblaient très fort à celles du réseau stay behind, dont Emile Krieps était membre. Un raccourci un peu facile sur lequel André Kemmer s'est perdu. Ce qui lui a été vivement reproché par les juges et les avocats de la défense.

Il reprend ensuite le fil de ses explications sur Licio Gelli. Mais la juge Conter est d'avis que le motus operandi des poseurs de bombes ne correspond pas à celui de l'Italien, en raison du nombre de blessés notamment. Voyant que cela ne prend pas, il évoque un individu au mystérieux profil. Mais la juge s'accroche à la piste Geiben, demandant à Kemmer pourquoi, si Geiben était aussi intéressant à ses yeux aucune enquête n'avait été menée à son sujet. "Parce qu'on ne nous l'a jamais demandé", répond Kemmer.

Qui a saboté le dossier Bommeleeër?

Me Vogel a rappelé les propos de Robert Biever selon lequel "de hautes personnalités politiques sauraient qui se cache derrière les attentats". La juge Conter lui emboîte le pas en ajoutant que si les deux prévenus devaient être condamnés, leurs commanditaires devraient rendre des comptes aussi. Mais qui sont-ils?

Ce n'est pas André Kemmer qui lui fournira la réponse. Lui aussi serait atteint de la déformation professionnelle qui consiste à ne pas répondre aux questions ou de répondre à côté.

"Que voulez-vous nous dire?"

Désespérée par cette absence de réponses, la juge Conter attaque par la face nord: "Que voulez-vous nous dire?" Ou plutôt ne pas nous dire... 

"Que le stay behind ressort des SOE et que la biographie d'Emile Krieps correspond", lâche-t-il sans pour autant fournir d'élémets concrets car, dit-il, il n'aurait pas réussi à tirer les conclusions. Idem quant à d'éventuelles missions de sabotage au Luxembourg.

André Kemmer se confond à nouveau en explications farfelues et finit par rappeler que le SREL n'enquêtait pas sur l'affaire Bommeleeër mais sur éventuelle implication dans stay behind. Bref, on tourne en rond.

Me Vogel s'énerve. On chercherait à protéger des hautes personnalités et d'ajouter: "De Fatzbéidel ass de Staat!" Ce qui équivaut à dire que l'Etat ne serait pas tout blanc dans cette affaire.

Après ce petit intermède léger, André Kemmer accuse Frank Schneider d'avoir détourné des documents du SREL. Pourquoi? André Kemmer n'a pas de preuves. Pas de preuves, mais des trous de mémoire. Il ne se souviendrait plus de l'auteur des calomnies concernant Robert Biever.

"Si de telles rumeurs devaient être lancées par le SREL, il doit bien y avoir une raison", lance la juge. Le substitut ajoute: "Qu'il nous donne cette raison." Kemmer assure que le SREL a réagi à des informations et qu'il s'est contenté de rédiger un rapport. Il refuse de donner le nom de ses informateurs et se cache derrière son devoir de réserve.

La confrontation des deux André

André Kemmer et André Durand ont été confrontés. Durant prétend avoir été payé 700 euros par mois en cash et au noir pour des missions attribuées par Kemmer. Kemmer prétend quant à lui avoir payé Durand 1.000 euros par mois et que l'argent était déclaré.

Durand dit regretter que toute l'affaire ait éclaté dans la presse, mais il pense que Kemmer a "cru bien faire". Puis les deux hommes assurent qu'ils restent sur leurs déclarations. ce qui veut dire que l'un des deux ment! Kemmer semble alors perdre son sang froid et répète ce qu'il a déjà dit en début d'audience. En Luxembourgeois d'abord et en Français ensuite pour que Durand comprenne.

"Je n'ai jamais demandé à Durand d'espionner les enquêteurs. Pourquoi l'aurais-je fait?", demande Kemmer. "André, c'est à toi de répondre", le prie Durand. Ce dernier maintient aussi sa version quant à ses émoluments.

Kemmer, lui, dit ne pas comprendre pourquoi Durand maintient ses propos quant aux missions qu'il lui aurait attribué. La juge a du mal à le croire.

Il n'aurait jamais été question de discréditer l'ancien procureur d'état dans le cadre de l'affaire Bommeleeër et si son informateur avait voulu le faire, et bien, cela serait parfaitement honteux.

N'arrivant à tirer quoi que ce soit d'André Kemmer, le substitut Oswald suggère de libérer de son droit à la protection des sources. La juge préférerait que la cour constitutionnelle prenne une décision. Les deux André seraient alors à nouveau appelé à témoigner.

Ce jeudi à la barre on retrouvera la juge d'instruction Doris Woltz er l'ancienne chef des enquêteurs, Andrée Colas, entre autres.