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Prévention: Morsures de tiques: le ministère alerte le public
Luxembourg 7 min. 13.05.2016

Prévention: Morsures de tiques: le ministère alerte le public

Prévention: Morsures de tiques: le ministère alerte le public

Photo: dépliant du ministère de la Santé
Luxembourg 7 min. 13.05.2016

Prévention: Morsures de tiques: le ministère alerte le public

Christelle BRUCKER
Christelle BRUCKER
Le ministère de la Santé alerte la population sur les risques liés aux morsures de tiques au Luxembourg. Comment se prémunir? Quoi faire en cas de morsure? Un site web d'information est lancé, des dépliants vont être distribués, et chacun pourra demander gratuitement une pince à tique.

Par Christelle Raineri

Six mois après notre enquête sur la maladie de Lyme chronique au Luxembourg et trois mois après le passage de Tania Silva à la Chambre des députés, le ministère de la Santé a décidé de lancer une vaste campagne d'information afin de rendre le public attentif aux risques liés aux morsures de tiques.

Un nouveau site web en deux langues (tiques.lu et zecken.lu) a été lancé cet après-midi par la ministre de la Santé. C'était un engagement de Lydia Mutsch en février.

Une morsure de tique n'est pas anodine

Le site explique clairement au public qu'une morsure de tique n'est pas anodine comme on pourrait le croire: "En nous mordant, elle peut nous transmettre des maladies. Les 2 infections principales en Europe sont la maladie de Lyme (borréliose) ou la méningoencéphalite à tiques (MET). Des gestes simples peuvent nous protéger."

On trouve sur le site tous les conseils nécessaires pour se protéger efficacement des tiques lors d'activités en forêt, prairies ou tout espace vert, et aussi quoi faire en cas de morsure. Surtout, le ministère recommande de surveiller la zone du corps dans les semaines suivantes à la recherche d'une rougeur: "consulter votre médecin en cas d'apparition des symptômes suivants après la morsure:"

  • plaque rouge
  • maux de tête
  • fièvre
  • douleurs articulaires

"Trop de gens ignorent encore les risques que peuvent entraîner des piqûres de tiques. Cette campagne a donc pour objectif premier d'informer le grand public davantage sur les risques et les moyens de protection contre les piqûres de tiques ainsi que sur les bons gestes à adopter en cas de morsure", a indiqué la ministre.

Photo: ministère de la Santé

Animation vidéo, dépliants, pince à tiques, panneaux

Dans le cadre de la campagne, une animation vidéo, ainsi que des affiches et dépliants informatifs seront envoyés aux écoles, aux communes, cabinets médicaux, clubs de sport et autres associations.

Des pinces à tique seront distribuées gratuitement sur simple demande au ministère de la Santé. Et en collaboration avec l'administration de la Nature et des Forêts, des panneaux informatifs seront mis en place à des endroits stratégiques dans les bois.

Par ailleurs, selon nos informations, le Laboratoire national de santé organisera prochainement une conférence destinée à mieux informer les médecins du Luxembourg sur les dernières avancées en matière de recherche scientifique sur la borréliose de Lyme et sa prise en charge.

Ce qu'en pense Tania

Sans elle, cette campagne d'information n'aurait sans doute pas eu lieu. Mais le ministère va-t-il dans le bon sens? Nous avons posé la question à Tania Silva, atteinte d'une borréliose de Lyme et fondatrice de l'association Lyme Lux asbl.

"J'espère que la prévention sera à la hauteur du danger! Il ne faut pas essayer de minimiser la situation au Luxembourg. Il est temps de prévenir la population sur les réels dangers de Lyme afin que chacun puisse se protéger. Les tiques sont également présentes dans les jardins, les parcs publics, il ne faut pas l'oublier."

"Si l'examen clinique est fait, une analyse fiable devrait être faite, nous n'en sommes pas encore là car les tests de dépistages actuels passent à côté de près de 60% des infections (borrelia burgdorferi) selon l'université catholique de Strasbourg. En gros, si l'examen clinique est fait par le médecin qui soupçonne une borréliose de Lyme, il devrait traiter par antibiotiques même si le test sanguin revient négatif (car les tests ne sont pas assez sensibles)."

Tania Silva à la sortie du débat public à la Chambre des députés le 3 février 2016
Tania Silva à la sortie du débat public à la Chambre des députés le 3 février 2016
Screenshot: vidéo wort.lu

"Pour le vaccin, nous sommes sceptiques car il y a déjà eu des vaccins sur le marché et cela a été un échec: ils ont été retirés du marché peu de temps après."

"Les mesures simples préconisées par le ministère sont excellentes! Les pinces à tiques, c'est une très bonne décision, contente qu'elle ait été retenue lors du débat public."

"Pour finir, n'oublions pas que le test actuel ne sert à dépister que la souche borrelia burgdorferi (souche surtout présente aux Etats-Unis) mais borrelia afzelii et borrelia garinii sont également présentes au Luxembourg qui attaquent les nerfs et la peau, et pour se faire diagnostiquer, il faut aller en Allemagne faire des tests qui ne sont pas remboursés ici. C'est dommage de passer à côté de ces souches pourtant très très présentes chez nous."

La saison des tiques a commencé au Luxembourg

Les tiques sont actives surtout au printemps et en automne. Après des hivers doux et pendant des printemps humides, elles sont beaucoup plus nombreuses.

On observe plus de maladies transmises en mai-juin et en septembre-octobre. Elles vivent dans les feuillages et les hautes herbes jusqu'à 1,50m au-dessus du sol, surtout dans les sous-bois, les arbustes et les chemins ruraux en bordure de forêt.

Plus la borréliose est traitée tôt, mieux c'est

Les maladies transmises à l’homme par la piqûre ou morsure d’une tique ont augmenté au cours des dernières années. Celles-ci peuvent avoir des conséquences graves pour la santé, comme notamment la borréliose (ou maladie de Lyme) ou encore la méningoencéphalite à tiques.

Au Luxembourg, le nombre de cas de borréliose, et plus particulièrement les cas de borréliose chronique, n'est pas connu. La borréliose est une maladie infectieuse scientifiquement reconnue qui guérit le plus souvent spontanément mais qui, dans certains cas, évolue vers des stades plus graves pouvant aller d’atteintes cutanées jusqu’à des atteintes du système nerveux ou atteintes cardiaques.

S'il est vrai que, diagnostiquée de manière précoce, par un examen clinique et une analyse de sang, la maladie est curable par des antibiotiques, il en va autrement pour les cas où le patient n'a pas remarqué la morsure ou les symptômes correspondants, et pour lesquels l'infection s'est installée. Les scientifiques sont divisés sur ces cas de Lyme à un stade avancé.

Le Luxembourg Institute of Health (ex-CRP Santé) travaille au développement de tests plus efficaces et à la création d'un vaccin contre les tiques
Le Luxembourg Institute of Health (ex-CRP Santé) travaille au développement de tests plus efficaces et à la création d'un vaccin contre les tiques
Photo: Shutterstock

Le LIH travaille sur un vaccin

"Actuellement, un groupe de chercheurs du Luxembourg Institute of Health recense les personnes mordues par une tique au Luxembourg et espère pouvoir améliorer les tests de dépistage", a précisé la ministre.

Il n'existe actuellement aucun vaccin contre la maladie de Lyme, transmise par les tiques mais le LIH travaille à sa conception et il pourrait voir le jour dans deux ans.

Maladie à déclaration obligatoire

Au Luxembourg, la maladie de Lyme est identifiée comme maladie à déclaration obligatoire suivant le règlement grand-ducal du 10 septembre 2004 sur les maladies infectieuses ou transmissiblesLes médecins sont censés déclarer cette maladie à l’autorité sanitaire. Néanmoins, il semble que ces déclarations fassent souvent défaut.

Lydia Mutsch a donc rappelé qu'un avant-projet de loi obligeant les médecins et les laboratoires à déclarer les maladies infectieuses diagnostiquées, dont la borréliose, sera soumis sous peu au Conseil de gouvernement.

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