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Premier bilan après un an de Bettel II
Luxembourg 14 7 min. 05.12.2019

Premier bilan après un an de Bettel II

La jeune coalition a déjà de nombreuses crises derrière elle et semble caler face aux crises majeures.

Premier bilan après un an de Bettel II

La jeune coalition a déjà de nombreuses crises derrière elle et semble caler face aux crises majeures.
Photo : Guy Jallay
Luxembourg 14 7 min. 05.12.2019

Premier bilan après un an de Bettel II

365 jours après son investiture, l'équipe de Xavier Bettel ne semble pas encore avoir trouvé son rythme de croisière. Une analyse de l'année politique en cinq questions.

(Jörg Tschürtz et Marc Schlammes)

Quelle est la différence la plus frappante avec le gouvernement Bettel I ?

Tout d'abord la valse des ministres. Avec les départs de Nicolas Schmit (LSAP) pour la Commission européenne, et des ministres Déi Gréng Camille Gira et Félix Braz, le gouvernement a perdu trois piliers en peu de temps. Parfois pour des raisons de santé graves.

De plus, le LSAP semble avant tout occupé à se restructurer. D'un côté, le vice-Premier ministre Etienne Schneider prépare déjà sa retraite. De l'autre, le président du groupe parlementaire Alex Bodry flirte ouvertement avec un siège au Conseil d'Etat. 

Cette coalition a montré l'année dernière qu'elle est capable de faire des compromis et qu'elle le restera.

Georges Engel, député du LSAP

Chez les Verts, l'épée de Damoclès de l'affaire Traversini plane toujours au-dessus de la tête de Carole Dieschbourg, ministre de l'Environnement. Les nouveaux venus dans l'équipe gouvernementale, eux, n'ont pas encore réussi à faire leur marque. A l'image de Claude Turmes (Déi Gréng) à l'Energie, Taina Bofferding (LSAP) à l'Intérieur, Paulette Lenert (LSAP) à la Protection des consommateurs et Lex Delles (DP) aux Classes moyennes.  

L'actuelle ministre de la Justice et de la Culture, Sam Tanson (Déi Gréng), a entamé la législature avec une certaine vigueur. Elle a d'ailleurs passé élégamment la «patate chaude» du Logement à son collègue de parti Henri Kox

Qu'en est-il du contenu ?

Face à la réalité du terrain, les réformateurs de la coalition semblent avoir perdu leur courage. «Ce gouvernement ne s'attaque pas aux véritables réformes structurelles», critique David Wagner de Déi Lénk, membre de l'opposition. «Il ne suffit pas de tourner quelques vis sur la question du climat», poursuit-il.


Un peu moins d'une centaine de manifestants se sont réunis devant la Chambre pour rappeler au gouvernement ses engagements en matière de protection du climat.
Youth for Climate fait le siège de la Chambre
Un peu moins d'une centaine de manifestants se sont réunis devant la Chambre, vendredi, pour rappeler au gouvernement ses engagements en matière de protection du climat. Trois jours avant le début de la COP25, lundi, à Madrid.

Au contraire, Georges Engel, député européen qui prendra la présidence du groupe parlementaire LSAP en janvier prochain, qualifie la coopération entre les partis de constructive. «Bien sûr qu'il y a des discussions, après tout il y a trois partis différents. Mais cette coalition a montré l'année dernière qu'elle est capable de faire des compromis et qu'elle le restera.»

Quelles mesures le gouvernement a-t-il déjà appliquées ?

Comme en 2014, l'alliance au pouvoir a dû établir deux budgets en un an, en 2019. Au cours des quatre premiers mois du mandat de Bettel II, l'Etat a ainsi dépensé un «douzième provisoire», avant que la Chambre n'approuve le budget réel pour cette année en avril. 

Avant l'été, le gouvernement a également procédé à l'augmentation du salaire minimum ainsi qu'à l'introduction d'un jour férié supplémentaire et d'un 26e jour férié. Deux points importants du programme électoral du LSAP.


Lokales, Dritter Klimamarsch in Luxemburg - Youth for Climate Luxembourg, Foto: Lex Kleren/Luxemburger Wort
L'engagement climatique passe au degré supérieur
Face à l'urgence, le Luxembourg a décidé de rehausser ses objectifs environnementaux. Ainsi, d'ici 2030, le pays n'entend plus réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 40% mais de 55%. Une loi va bientôt fixer la voie pour y arriver.

Peu avant Noël, le gouvernement se réveille. La semaine dernière, le projet de loi sur le climat a été mis en route. L'objectif phare étant de réduire les émissions de CO2 de 55 % d'ici 2030. Cependant, on ne sait toujours pas quelles mesures seront prises pour atteindre cet objectif ambitieux. 

Où le gouvernement Bettel II a-t-il échoué jusqu'à présent ?

Dans l'affaire des fichiers de la police, tout d'abord. Avec leurs tactiques de retardement, les ministres écologistes Félix Braz et François Bausch ont commis une faute de communication. 

Un filon pour l'opposition. Les mêmes élus qui prétendaient être tout à fait  transparents après les élections de 2013 ont fait preuve d'opacité dans ce domaine. Comme l'ont constaté avec plaisir les élus du CSV et de l'ADR, notamment. 

Dans l'affaire Traversini également, les Verts n'ont pas fait bonne figure, malgré leur succès électoral de 2018. «Déi Gréng est en crise» a annoncé  François Bausch, l'ancien combattant du parti. 


Malgré les critiques du CSJ, Corinne Cahen assume le contenu de son message envoyé en avril à l'UCVL
«Pas très correct d'utiliser mon compte professionnel»
Au cœur d'une polémique initiée par le CSJ dénonçant un possible «conflit d'intérêts», Corinne Cahen, la ministre de la Famille et de l'Intégration (DP) a réagi ce lundi matin sur sa page Facebook. Elle regrette d'avoir utilisé son adresse ministérielle, mais assume le contenu de son message.

Le DP ne fait pas exception et connaît également des ennuis. Corinne Cahen, ministre de la Famille, a par exemple subi des pressions en raison d'un courriel qu'elle avait envoyé de son adresse gouvernementale à l'association commerciale de la capitale. Le Premier ministre Xavier Bettel a d'abord soutenu sa collègue de parti. Avant de faire volte-face et de porter l'affaire devant le comité d'éthique. L'issue de l'affaire est encore incertaine.

Quelles sont les questions que le gouvernement doit régler en urgence ?

Lutte contre le réchauffement climatique, construction de logements pour résoudre la crise de l'immobilier, réduction de la pauvreté qui progresse dans le pays... Le gouvernement a hésité à s'aventurer sur les terrains les plus compliqués. 

En ce qui concerne les transports, on ne sait toujours pas si l'offensive de l'État en matière d'investissements apportera des améliorations dans la vie quotidienne. Ou si elle s'évaporera comme une goutte d'eau dans l'océan de la croissance démographique et économique.


Jamais le risque de pauvreté des salariés n'a été aussi pesant dans le pays. Le budget 2020 n'en tient pas suffisamment compte pour la Chambre des salariés.
«Il manque un volet social à ce budget»
Les indicateurs du pays étant au vert, la Chambre des salariés regrette que l'Etat n'affecte pas plus de moyens en 2020 à la lutte contre la pauvreté et soit frileux sur les investissements.

Dans son dernier rapport sur le projet de budget, la Chambre du travail (CSL) pointait l'inégalité des revenus au Luxembourg. Une valeur qui a «explosé» depuis 2011 et se situe désormais au-dessus de la moyenne européenne, sur la base du «coefficient de Gini». Selon le Statec, 18 % de la population, soit 105.000 habitants, est menacée de pauvreté. Idem chez les travailleurs : l'année dernière, un employé sur huit était dans une situation précaire.

Une dégradation de la situation qui s'explique notamment par les prix élevés de l'immobilier. Entre 2008 et 2018, le prix du logement au Luxembourg a augmenté de 40 %. Selon l'OGBL, l'Etat échoue dans sa lutte contre la spéculation immobilière. Le syndicat demande non seulement une augmentation de l'offre de logements, mais aussi que la spéculation soit freinée par une réforme de l'impôt foncier. 

Si l'accord de coalition de 2018 promet des changements en matière d'impôt foncier, rien n'a encore été annoncé. Dans ce domaine clé pour l'avenir du pays, tous les espoirs de Bettel II reposent pour le moment sur la réforme du Pacte Logement. Objectif principal : encourager les communes à bâtir plus.


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