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«Pour sauver les abeilles, il faut planter, planter, planter!»
Luxembourg 6 min. 20.05.2022
Journée mondiale des abeilles

«Pour sauver les abeilles, il faut planter, planter, planter!»

En une décennie d’activité, l’apiculteur peut déjà attester de l’impact du réchauffement climatique sur ses abeilles.
Journée mondiale des abeilles

«Pour sauver les abeilles, il faut planter, planter, planter!»

En une décennie d’activité, l’apiculteur peut déjà attester de l’impact du réchauffement climatique sur ses abeilles.
Photo: Marc Thiel
Luxembourg 6 min. 20.05.2022
Journée mondiale des abeilles

«Pour sauver les abeilles, il faut planter, planter, planter!»

Laura BANNIER
Laura BANNIER
Alors que les menaces qui pèsent sur les insectes pollinisateurs se multiplient, l'apiculteur Hugo Zeler salue une prise de conscience généralisée quant à l'importance de la sauvegarde des abeilles.

Du nord au sud du Luxembourg, Hugo Zeler ne s’occupe pas moins d’une centaine de ruches. D’abord installées sur son verger, il y a 13 ans, l’apiculteur a ensuite conquis la capitale en y ramenant ses abeilles, proposant des miels de quartier. Petit à petit, la demande s’est accrue, lui permettant d’installer ses ruches d’Huldange à Mondorf, d’Ettelbruck à Luxembourg-Ville.


Hugo Zeler a placé un cadre sous verre pour montrer l'activité des abeilles et la reine, à peine plus grande que les insectes qui l'entourent.
Miel du Kirchberg ou miel de la Cloche d'Or?
Un apiculteur a implanté une quarantaine de ruches dans plusieurs quartiers de Luxembourg et produit du miel de quartier. Au Kirchberg, ses ruches sont installées sur le toit d'un hôtel de luxe.

«Autrefois, c'était difficile de trouver des terrains pour y installer des abeilles, et maintenant les gens demandent spontanément à en avoir chez eux», fait savoir Hugo Zeler, en cette Journée mondiale des abeilles. À l’image de l’ours polaire, cet insecte pollinisateur est devenu un véritable emblème de la dégradation climatique et environnementale, estime le professionnel. «J’ai le sentiment d’assister à une véritable évolution des mentalités. De plus en plus d’apiculteurs amateurs se lancent, et c’est une bonne chose, car avant tout le monde avait une ruche au fond de son jardin et ça s’était un peu perdu.»

C’est d’ailleurs en tant que semi-professionnel qu’Hugo Zeler s’est lancé il y a désormais 13 ans. «Quand j’ai eu des enfants, j’ai pris la décision de ramener mes ruches en ville, car mon verger était très loin», se souvient l’apiculteur. Rapidement, il s’est retrouvé sollicité par des entreprises, intéressées par ses miels. «Je ne pensais pas que ça deviendrait forcément un métier, mais la demande était là, du coup j’ai pu y répondre en me faisant plaisir.»

Le menaçant frelon asiatique

Mais tout n’est pas si rose dans le quotidien professionnel d’Hugo Zeler. Il doit notamment composer avec des menaces de plus en plus pesantes sur ses abeilles. Le premier cité par l’apiculteur est le varroa. Ce parasite, dont les abeilles sont victimes, l’oblige à traiter régulièrement ses ruches. «C’est vraiment la menace numéro un à laquelle on fait face aujourd’hui.»


Plus d'un million de signatures pour sauver les abeilles
Lancée en 2019 à l'échelle de l'UE, une pétition sur la protection des abeilles et des agriculteurs a reçu suffisamment de soutiens pour contraindre la Commission européenne à agir en ce sens.

L’arrivée récente du frelon asiatique au Luxembourg inquiète par ailleurs les apiculteurs. «Ce n’est qu’une question de temps avant qu’il ne devienne un problème, comme il l’est déjà en France, en Belgique ou en Espagne.» Pour empêcher la prolifération de l’espèce tueuse d’abeilles, rien ne pourra être fait. «Le piégeage sélectif est impossible, malheureusement, et le frelon remonte partout où les températures lui conviennent…»

Les températures, justement, ne manquent pas, elles aussi, de perturber le travail d’Hugo Zeler. En une décennie d’activité, l’apiculteur peut déjà attester de l’impact du réchauffement climatique sur ses abeilles. «Cela devient de plus en plus compliqué de faire hiverner les abeilles correctement. Ces dernières années, on a eu des mois de février avec des jours où il fait plus de 15 degrés», indique le professionnel. Ce temps, anormalement doux pour la période, fait sortir les insectes de leur ruche à un moment où aucune ressource n’est disponible à l’extérieur. «Et ça, c’est très gênant, car elles consomment leurs réserves de miel en revenant épuisées à la ruche.»

Cela devient presque plus facile de faire du miel en ville qu’en rase campagne.

Hugo Zeler, apiculteur

Difficile, alors, pour les abeilles de finir leur hivernage sur leurs réserves, qui sont censées leur durer d’octobre à avril. De cette météo changeante résultent aussi d’autres inconvénients. Si en 2021, le Luxembourg a connu un mois de mars particulièrement ensoleillé, il s'est ensuivi un mois de mai extrêmement pluvieux. «Je n’ai pour ainsi dire pas fait de miel de printemps, alors qu’il s’agit normalement de la période pendant laquelle on fait le plus de miel. Il a vraiment fallu s’occuper des abeilles.»

Prendre soin de ces insectes pollinisateurs, un geste que chacun peut faire, rappelle Hugo Zeler. «Pour sauver les abeilles, il faut planter, planter, planter, tout simplement. C’est vraiment ce qu’on peut faire de mieux !» Il conseille, par exemple, de préférer les végétaux aux cailloux dans la cour de sa maison, ou encore de choisir des haies fleuries, plutôt que des végétaux stériles, comme le thuya. «C’est très simple de trouver des alternatives, et au-delà d’aider les abeilles, les haies fleuries vont profiter aux oiseaux, les fleurs devenant des baies par la suite», ajoute le professionnel.

Une multitude d’astuces que l’Etat luxembourgeois et les communes ont bien comprises et appliquent déjà, à en croire l’apiculteur. «Je trouve qu’il y a beaucoup d’efforts fournis pour la préservation des abeilles, mais également des insectes en général. Je vois tellement de choses qui sont faites sur le terrain tous les jours, comme les plantations fleuries, ou le fauchage tardif», se réjouit l’intéressé. Des actions qui font réellement la différence : «Cela devient presque plus facile de faire du miel en ville qu’en rase campagne.»

Des efforts qu’il convient donc de poursuivre, pour continuer à aider les insectes, et pas seulement les abeilles domestiques. Car si l’apiculteur est confiant quant à la capacité de l’humanité à conserver sa capacité à produire du miel, il ne cache pas son inquiétude par rapport aux abeilles sauvages, dont beaucoup d’espèces sont méconnues. «Plus on connaît quelque chose, plus il est facile d’en prendre soin. Malheureusement, beaucoup d’insectes disparaissent sans même qu’on ne les connaisse. Maintenant, j’ai l’impression que les gens ont pris conscience de l’ampleur du problème, et j’ai bon espoir que les esprits continuent de s’éveiller pour préserver les insectes.»

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