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Pour la CSL, «il y a encore trop de gens proches de la pauvreté»
Selon le Président de la CSL, Jean-Claude Reding, le bilan du «panorama social» est «négatif».

Pour la CSL, «il y a encore trop de gens proches de la pauvreté»

Photo: Guy Jallay
Selon le Président de la CSL, Jean-Claude Reding, le bilan du «panorama social» est «négatif».
Luxembourg 3 min. 16.04.2018

Pour la CSL, «il y a encore trop de gens proches de la pauvreté»

La Chambre des Salariés du Luxembourg a rendu ce lundi son bilan annuel du «panorama social». Ce dernier souligne une progression des inégalités sociales au sein du Grand-Duché depuis quelques années.

Par Jean Vayssières

«Après plusieurs années de baisse, les inégalités ainsi que la pauvreté connaissent, en 2016 au Luxembourg, une recrudescence notable». C'est ainsi que le dossier annuel du «panorama social» de la Chambre des Salariés du Luxembourg (CSL) entame sa conclusion. Un accroissement aussi inopiné que malvenu puisque, selon le Président de la CSL, Jean-Claude Reding, «les évolutions positives qu'on a pu observer auparavant sont à nouveau inversées». 

Les ménages monoparentaux sont les plus vulnérables  

Le président de la CSL est formel: le bilan 2018 est «négatif», en attestent plusieurs chiffres significatifs. On constate ainsi que, entre 2015 et 2016, le pouvoir d'achat tendait à augmenter pour les hauts salaires (+0.74%) tout en diminuant pour les salaires plus modestes (-0.2%). La tendance n'a pas toujours été si défavorable, puisqu'en 2013 et 2014, «l'ensemble des salariés luxembourgeois» voyait son pouvoir d'achat augmenter. 

Les ménages monoparentaux sont les plus vulnérables: ils atteignent 46% de taux de risque de pauvreté. La CSL précise que «seule l'Irlande fait pire au sein de la zone euro». La proportion de ménages ayant des difficultés à «joindre les deux bouts» est également trois fois plus élevée chez les ménages monoparentaux que chez les autres: 12% contre 4.2%. 

La situation n'est pas plus engageante du côté de l'emploi: si le taux de chômage tend à baisser depuis 2016, on assiste à un «développement considérable de l'emploi temporaire depuis quelques années», particulièrement chez les moins de 25 ans. Les chiffres bruts des accidents du travail ne sont quant à eux pas inquiétants ; en revanche, on assiste à une chute abrupte de la reconnaissance des accidents professionnels: 94.38% des accidents étaient reconnus en 2000, contre 77.73% en 2016. 

En 2016, le Luxembourg arborait un risque de pauvreté de 16.5%. Un taux historiquement haut, qui le classe aujourd'hui au milieu du classement européen. 

Un salaire minimum «inadéquat pour faire face au haut niveau de vie»

Pour Jean-Claude Reding, il est évident que la crise économique joue un rôle dans l'augmentation des inégalités au Luxembourg. Cependant, «elle n'est pas seule responsable, car la tendance s'amorçait déjà avant». Un autre facteur pourrait être «l'évolution de la politique sociale», qui a mené à une «stagnation et une régression des transferts sociaux». 

L'une des solutions pour contrebalancer la situation serait, selon le Président de la CSL, d'augmenter le salaire minimum, qui demeurerait trop bas au Luxembourg. La Chambre l'affirme : «si celui-ci est relativement élevé en comparaison européenne, il s'avère inadéquat pour faire face au haut niveau de vie au Grand-Duché. Le salaire minimum brut n'est que 13.7% au-dessus du seuil de risque de pauvreté».

«Il y a une différence dans les évolutions salariales»

Au Luxembourg, le coût de la vie augmente, mais les salaires ne suivent pas toujours. «Il y a une différence dans les évolutions salariales» remarque Jean-Claude Reding. «À haut salaire, il est possible de négocier des arrangements, des augmentations. Mais ce n'est souvent pas envisageable pour les bas salaires. Lorsqu'une entreprise s'installe au Luxembourg, sa seule obligation en la matière est de fournir le salaire minimum». 

Alors, vit-on mieux ou moins bien au Luxembourg que dans le reste de la zone euro ? Le Président de la Chambre des salariés n'est pas catégorique car «bien vivre, c'est subjectif. De ce fait, nos analyses sont à la fois factuelles et subjectives. L'important, c'est de toujours nuancer».  En attendant,«dans un pays riche comme le Luxembourg, il y a encore trop de gens proches de la pauvreté. C'est un problème de distribution».





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