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Pour Juncker, enregistrer ne signifie pas espionner
Luxembourg 1 3 min. 04.03.2020 Cet article est archivé

Pour Juncker, enregistrer ne signifie pas espionner

C'est la deuxième fois que Jean-Claude Juncker est entendu comme témoin dans un procès.

Pour Juncker, enregistrer ne signifie pas espionner

C'est la deuxième fois que Jean-Claude Juncker est entendu comme témoin dans un procès.
Photo: Guy Jallay
Luxembourg 1 3 min. 04.03.2020 Cet article est archivé

Pour Juncker, enregistrer ne signifie pas espionner

Olivier TASCH
Olivier TASCH
L'ancien Premier ministre a été entendu comme témoin dans le procès du SREL ce mercredi. Il a été interrogé sur des écoutes supposées illégales réalisées par le service de renseignement en 2012 alors qu'il occupait le poste de ministre d'État et donc responsable des agissements du service.

C'est un témoin hors norme qui s'est présenté, ce mercredi, devant le tribunal à Luxembourg. L'ex-Premier ministre (1995-2013) et ancien président de la Commission européenne (2014-2019), Jean-Claude Juncker (CSV) a été entendu par le tribunal au deuxième jour du procès du SREL. Le juge a notamment interrogé le témoin sur la procédure prévue dans le cadre d'écoutes de communication par le service de renseignement. Il s'agit d'un élément crucial puisque les trois prévenus, d'anciens membres du service sont précisément poursuivis pour écoutes illégales. 

Jean-Claude Juncker a ainsi expliqué faire une différence entre l'enregistrement d'un appel téléphonique et la mise sur écoute d'une ligne téléphonique. Là encore un point de bascule puisque l'affaire porte notamment sur l'enregistrement, en janvier 2007, d'un entretien entre André Kemmer, ex-agent du SREL aujourd'hui sur le banc des prévenus, et une source nommée Loris Mariotto. Cet homme intéresse hautement le SREL puisqu'il affirme être en possession d'un CD crypté contenant un enregistrement entre le Grand-Duc et le Premier ministre. 

 Selon l'interprétation de Jean-Claude Juncker, il n'y avait donc pas forcément lieu de donner d'autorisation pour cette conversation. En revanche, la mise sur écoute des téléphones fixe et portable de cette source tomberait sous le coup de la loi. Une interprétation que ne partagent pas forcément les trois prévenus et le ministère public.

Interrogé sur la procédure, l'ancien Premier ministre a exposé deux cas de figure. Soit une écoute est effectuée sur demande du SREL, avec l'autorisation du Premier ministre qui se base obligatoirement sur un avis préalable d'une commission composée de trois juges. Ou alors, le SREL a recours à une procédure d'urgence au cours de laquelle les agents obtiennent directement l'aval par oral ou écrit auprès du Premier ministre sans passer par l'avis des juges. 


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Pour l'ancien directeur du SREL, c'est bien la deuxième option qui aurait été appliquée. A la nuance près que Jean-Claude Juncker ne se souvient pas vraiment avoir validé cette procédure. Les faits se seraient déroulés le 26 janvier 2007. L'ex-Premier ministre n'a pas de souvenir précis de ce jour, mais après avoir consulté son agenda, explique être revenu de Paris la veille. Et en ce fameux 26 janvier, il a présidé le conseil de gouvernement avant de participer à un briefing avec la presse. A son programme figurent également des préparatifs pour l'Eurogroupe qu'il préside alors. «Nous étions au début de la crise financière», rappelle-t-il. 

Mais ce jour-là, a-t-il parlé avec Marco Mille comme celui-ci le prétend? «Je ne sais plus s'il m'a appelé, c'est plausible. Je ne peux pas l'exclure et je pars du principe que cet appel a eu lieu», déclare le Premier ministre. Car sur le fond Jean-Claude Juncker souligne qu'il voulait savoir si Loris Mariotto était crédible ou pas. 


Pressekonferenz Prinz Jean - Foto: Serge Waldbillig
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«Je voulais entendre cet enregistrement », explique le Premier ministre. «Je désirais comprendre cette rumeur qui, en fait, remettait en question le fonctionnement de l'Etat». Si cet enregistrement existe, ce que personne n'a pu démontrer jusqu'à ce jour, Jean-Claude Juncker a souligné qu'il ne contiendrait «pas un contenu dangereux». Il explique simplement que lors d'une conversation avec le Grand-Duc, «nous avons évoqué la rumeur de l'implication du prince Jean» dans l'attentat du Findel en 1986. Les débats reprendront jeudi à 15h et doivent perdurer jusqu'au 13 mars.


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