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Pour en finir avec le sexisme, tout commence par l'éducation
Luxembourg 2 4 min. 28.10.2022
Festival «Rock de Rack»

Pour en finir avec le sexisme, tout commence par l'éducation

Au-delà des connaissances acquises pendant la journée, les élèves présents ont pu repartir avec une photo souvenir.
Festival «Rock de Rack»

Pour en finir avec le sexisme, tout commence par l'éducation

Au-delà des connaissances acquises pendant la journée, les élèves présents ont pu repartir avec une photo souvenir.
Photo: Guy Jallay
Luxembourg 2 4 min. 28.10.2022
Festival «Rock de Rack»

Pour en finir avec le sexisme, tout commence par l'éducation

Laura BANNIER
Laura BANNIER
À travers des ateliers participatifs et ludiques, 350 lycéens luxembourgeois se sensibilisent au sexisme et aux stéréotypes de genre le temps de deux journées, dans le cadre du festival «Rock de Rack».

Dans la publicité, dans la science, ou encore dans l'intelligence artificielle, le sexisme perdure. Parfois frontalement, parfois insidieusement, des idées stéréotypées infusent toutes les sphères de notre quotidien, de telle sorte qu'il soit, dans certains cas, difficile de le déceler. Pourtant, pour pouvoir le combattre, il faut d'abord pourvoir le repérer.


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Ce constat guide la programmation de la troisième édition du festival «Rock de Rack», organisé ces 27 et 28 octobre au Kinépolis du Kirchberg. Imaginé par le ministère de l'Égalité entre les femmes et les hommes (MEGA), cet événement s'adresse aux lycées du pays qui y ont inscrit leurs classes. «Face à la demande grandissante, cette année, le rendez-vous s'étale sur deux jours au lieu d'un, afin de pouvoir recevoir 350 élèves et enseignants en provenance de 14 lycées», explique la ministre Taina Bofferding (LSAP).

Au programme: neuf ateliers visant à briser les stéréotypes, autant féminins que masculins. Si certaines discussions abordent frontalement le sujet du sexisme, d'autres sont moins directes. Ainsi, la vingtaine d'étudiants affairés autour de tables disposées dans la salle 10 du cinéma avaient tout l'air de participer à une banale expérience scientifique.

Un format participatif

Pourtant, au-delà de construire une tour composée de spaghettis, de ruban adhésif et d'une ficelle, le tout surmonté d'un chamallow, les adolescents sont bel et bien invités à réfléchir à l'importance de l'égalité dans le domaine des sciences. «L'idée du challenge est de montrer que les équipes mixtes, mais également celles qui communiquent bien, réussissent mieux», explique Linda Wampach du Fonds national de la recherche, qui propose l'atelier.

En proposant ce format participatif aux élèves, les professionnels entendent bien montrer que la recherche est ouverte à toutes et à tous. «Le temps de cette expérience, les élèves utilisent toutes les qualités nécessaires au métier de chercheur. C'est important qu'ils puissent se sentir légitimes, et qu'ils soient sensibilisés aux questions d'égalité», estime Linda Wampach.

Une opinion évidemment partagée par la ministre, qui estime que «ça se joue à cet âge-là, même plus tôt». En prenant part à deux ateliers lors de la matinée, chaque élève peut ainsi être sensibilisé à la thématique. Suffisant pour opérer un changement d'état d'esprit chez les adolescents les plus perméables aux stéréotypes? Le ministère l'espère. «Il s'agit avant tout pour les élèves de prendre conscience que cette situation n'est pas normale. Au-delà de leur apprendre à repérer le sexisme, les workshops leur enseignent comment réagir quand ils en sont témoins, et comment aider les victimes», poursuit Taina Bofferding.

Briser les stéréotypes

Et les principaux concernés sont plutôt réceptifs, à en croire Angelina et Ibrahim, élèves en classe de sixième au Lycée Michel Lucius. «Cette journée d'activité, c'est un excellent début pour se diriger vers une société plus égalitaire. En tant que jeunes, on a la responsabilité de changer l'avenir, de faire que les stéréotypes soient brisés. Cela va être long, mais je sais qu'un jour, ils auront disparu», confie Angelina.


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Si les deux élèves sont lucides quant aux mentalités sexistes qui persistent au sein même de leur classe, ils estiment que ce genre d'atelier a le pouvoir de faire basculer certains états d'esprit. «On est à l'écoute, on participe et on découvre que l'on peut tous faire la même chose, exercer le même métier, si on a l'envie et la motivation pour le faire», poursuit l'élève de 13 ans. 

«On a des frères et des sœurs plus jeunes et c'est important qu'on leur transmette ce que l'on a appris aujourd'hui. Chaque génération représente ce que celle d'avant lui a inculqué, et l'on doit tout faire pour que les choses changent dans le bon sens», renchérit Ibrahim.

Je nourris l'idée que d'ici cinq à six ans, nous aurons une génération complètement sensibilisée au sexisme et aux stéréotypes de genre.

Jean-Claude Bisenius, chargé de l'égalité dans l'éducation au MEGA

Présents à l'initiative de leur professeure d'allemand, Anne Hienckes, les élèves ont ensuite participé à la projection du film «Misbehaviour», avant de prendre part à un débat interactif en fin de journée. «C'est crucial pour eux de savoir d'où viennent ces stéréotypes et comportements sexistes afin que l'on puisse collectivement travailler contre», souligne l'enseignante.


Photo: Shutterstock
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Paré de son t-shirt «Sexism makes me grumpy», comprendre «Le sexisme me rend grognon», Jean-Claude Bisenius, chargé de l'égalité dans l'éducation au MEGA, se réjouit des retours positifs dont bénéficie l'événement. Ce dernier n'est d'ailleurs pas le seul outil mis en place par l'institution pour former les jeunes à ces questions. 

Tout au long de l'année, Jean-Claude Bisenius intervient dans le cadre d'ateliers dispensés dans les lycées à travers le pays. À ces journées sur le terrain s'ajoutent des webinaires et toute une série de supports matériels à disposition des enseignants. «Je nourris l'idée que d'ici cinq à six ans, nous aurons une génération complètement sensibilisée au sexisme et aux stéréotypes de genre.»

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