Changer d'édition

 "Pollution de base" découverte au Lac d'Esch-sur-Sûre: Le pesticide était déversé "régulièrement" avant l'incident
Avant que le métazachlore déversé accidentellement le 17 septembre n'arrive jusqu'au lac d'Esch-sur-Sûre, les analyses ont montré que des produits de dégradation du pesticide se trouvaient déjà dans l'eau du lac.

 "Pollution de base" découverte au Lac d'Esch-sur-Sûre: Le pesticide était déversé "régulièrement" avant l'incident

Photo: Jacques Ganser
Avant que le métazachlore déversé accidentellement le 17 septembre n'arrive jusqu'au lac d'Esch-sur-Sûre, les analyses ont montré que des produits de dégradation du pesticide se trouvaient déjà dans l'eau du lac.
Luxembourg 4 min. 07.10.2014

 "Pollution de base" découverte au Lac d'Esch-sur-Sûre: Le pesticide était déversé "régulièrement" avant l'incident

La pollution accidentelle au métazachlore qui a conduit à la coupure d'eau potable au lac d'Esch-sur-Sûre a révélé que le pesticide incriminé a "été envoyé de manière régulière dans le bassin versant du lac" par les agriculteurs. Mais sans qu'il y ait de risque pour la santé humaine, assure le Dr Zwank au ministère de l'Environnement.

La pollution accidentelle au métazachlore qui a conduit à la coupure d'eau potable au barrage d'Esch-sur-Sûre, vendredi 3 octobre, a permis de découvrir que le pesticide incriminé a "été envoyé de manière régulière dans le bassin versant du lac" par les agriculteurs. Mais sans qu'il y ait de risque pour la santé humaine, assure le Dr Zwank au ministère de l'Environnement.

Ce sont les analyses pointues réalisées dans la foulée de l'accident -l'après-midi du 17 septembre, un agriculteur avait déversé accidentellement du métazachlore dans un affluent wallon de la Haute-Sûre- qui ont permis de mettre à jour une "pollution de base" qui n'avait jamais été détectée jusqu'ici dans la plus grande réserve d'eau potable du Luxembourg.

Le métazachlore -un pesticide produit par BASF et utilisé pour traiter la culture du colza- fait partie de la liste des 50 substances phytosanitaires sous "haute surveillance" dans les eaux de la Haute-Sûre. Cinquante substances chimiques qui font l'objet d'analyses systématiques et coûteuses menées dans les eaux du lac d'Esch-sur-Sûre.

Et "nous n'avons jamais trouvé de concentrations en métazachlore dans l'eau qui posaient problème", assure le Dr Luc Zwank, directeur-adjoint de l'Administration de la gestion de l'eau.

En revanche, les produits de dégradation de ce métazachlore, eux, ne figuraient pas sur la liste et n'étaient donc pas recherchés lors des analyses de routine! Pour résumer, la substance active du pesticide, le métazachlore, se dégrade au fil du temps et de son parcours en d'autres substances chimiques, moins toxiques, que l'on appelle les métabolites.

50 substances phytosanitaires sont régulièrement analysées dans l'eau non traitées du lac. C'est plus que dans de nombreux pays d'Europe.
50 substances phytosanitaires sont régulièrement analysées dans l'eau non traitées du lac. C'est plus que dans de nombreux pays d'Europe.
Photo: Gerry Huberty

L'incident du 17 septembre a eu pour conséquence de révéler, dès le 19 septembre, l'existence de métabolites dans les eaux du lac. Suite à l'incident et sachant qu'une quantité importante de métazachlore venait de se déverser dans la Sûre, "un réseau de surveillance a été mis en place le long de la Sûre et dans le lac pour localiser et suivre la propagation de la substance", explique le Dr Zwank. Dans le collimateur: le métazachlore et, cette fois, ses deux plus importantes métabolites.

C'est alors qu'"on s'est aperçu, avant l'arrivée du pesticide dans le lac, que s'y trouvaient déjà des traces de métabolites. Cela nous a conduits à la conclusion que la présence des substances de dégradation devait s'expliquer par le fait que du métazachlore avait été envoyé de manière régulière dans le bassin versant du lac, qu'il s'était dégradé dans le sol avant d'être lessivé dans le lac", résume le directeur-adjoint de l'Administration de la gestion de l'eau.

Mais à quelle dose?

Dans l'eau non traitée du lac, les traces de métabolites retrouvées variaient "entre 200 et 400 nanogramme par litre (ng/l). Mais dans l'eau traitée, on était toujours bien en-dessous des 100 ng/l de substance phytosanitaire dans l'eau, la norme de potabilité appliquée", explique Luc Zwank. Avant d'assurer que l'eau potable distribuée par le SEBES "restait toujours conforme aux valeurs limites".

Au Luxembourg, et ce n'est pas le cas dans tous les pays d'Europe, cette norme de potabilité de 100 ng/l s'applique aussi bien aux substances phytosanitaires qu'aux substances de dégradation. Et avec une liste de 50 substances phytosanitaires à surveiller en permanence, "nous nous trouvons dans le tiers supérieur des pays de l'Union européenne quant au nombre des substances à surveiller", explique le spécialiste de l'Administration de la gestion de l'eau.

Interdire les produits dans certaines zones

L'incident a permis de mettre une chose au clair pour l'avenir: c'est d'"avoir un très bon échange entre l'agriculture et le fournisseur d'eau afin de connaître les types de cultures, les substances et les quantités appliquées pour définir ensuite un plan d'analyses. Et s'il y a des substances, il faut pouvoir les réduire ou même en interdire l'application dans certaines zones", pose le Dr Zwank.

Des zones de protection existent bien au Luxembourg mais elles sont en train d'être prises sous la loupe et devront être redéfinies à l'horizon du 22 décembre 2015 au plus tard, afin de redessiner les zones à risques et de fixer quelles activités y sont possible ou plus du tout.

Maurice Fick


Sur le même sujet

Pesticides dans l'eau potable: Un tiers des sources sont polluées au Luxembourg
Le résultat des analyses de pesticides dans l'eau potable est sans équivoque. Dans 9 communes, des captages d'eau souterraine ont été mis hors service. Dans 3 communes, l'eau contaminée doit être diluée. Et 37 communes bénéficient de la dérogation temporaire. La qualité de l'eau du lac d'Esch-sur-Sûre s'est, en revanche, "fortement améliorée".
Des traces de pesticides ont été repérées dans 75% des sources d'eau souterraine.
L'eau de source polluée par le pesticide: Les ministres relèvent de 30 fois la valeur limite pour le métazachlore
Conférence de crise jeudi soir au ministère du Développement durable: des produits de dégradation du pesticide métazachlore ont été découverts à grande profondeur dans l'eau de source. Une mauvaise surprise. Les ministres de l'Environnement et de la Santé ont aussitôt  pris une dérogation pour augmenter la valeur limite de 100 ng/l à 3.000 ng/l de métazachlore dans l'eau potable.
Carole Dieschbourg, ministre de l'Environnement: "Nous avons relevé la valeur limite pour le métazachlore dans l'eau potable de 100 ng/l à 3.000 ng/l. Cette dérogation sera valable pour trois ans au maximum".