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Politique luxembourgeoise: ce qu'il faut savoir avant d'aller voter
Luxembourg 7 min. 14.09.2018

Politique luxembourgeoise: ce qu'il faut savoir avant d'aller voter

Politique luxembourgeoise: ce qu'il faut savoir avant d'aller voter

Photo: Pierre Matgé
Luxembourg 7 min. 14.09.2018

Politique luxembourgeoise: ce qu'il faut savoir avant d'aller voter

Sophie WIESSLER
Sophie WIESSLER
Cinq années après les élections anticipées de 2013, les Luxembourgeois sont rappelés aux urnes pour élire un nouveau gouvernement. Que faut-il savoir à un mois de l'échéance? Petit rappel pour les non-initiés.

En 2017, 1.958 Français et 1.334 Belges ont bénéficié de l'article 89 de la nouvelle loi sur la double nationalité et ont ainsi pu acquérir la nationalité luxembourgeoise (grâce à un aïeul né avant 1900, ndlr).

Pour beaucoup donc, c'est la première fois qu'ils se rendront aux urnes, le dimanche 14 octobre prochain et il peut être difficile de s'y retrouver, notamment au niveau politique.

Voici donc une liste des principaux faits à connaître à un mois des élections législatives de 2018 (une liste non exhaustive, bien évidemment):

La campagne électorale 2018 a officiellement débuté le 10 septembre

C'est ce lundi 10 septembre que les premiers panneaux électoraux ont commencé à fleurir le bas-côté de vos routes et les différentes places des villes du pays. Chaque parti ayant déposé une requête préalable auprès du ministère du Développement durable peut ainsi déposer autant de panneaux qu'il le souhaite.

A seulement 35 jours de l'échéance, c'est la période électorale la plus courte jamais vue au Luxembourg. Celle-ci commence en général cinq semaines avant le jour du vote. En ce qui concerne les spots électoraux, les partis se limiteront à ceux accordés par l'État. Officieusement, la campagne bat son plein depuis plusieurs mois, en coulisses.

Onze partis en lice, six à la Chambre

En 2018, une douzaine de partis politiques sont actifs au Luxembourg. Six partis en tout sont représentés à la Chambre des députés depuis les élections législatives de 2013:

  • le Chrëschtlech-Sozial Vollekspartei, CSV
  • le Demokratesch Partei, DP
  • le Lëtzebuerger Sozialistesch Aarbechterpartei, LSAP
  • Déi Gréng, les Verts
  • déi Lénk, la Gauche
  • l'Alternativ Demokratesch Reformpartei, l'ADR

Pour ces élections 2018, d'autres partis sont en lice pour acquérir des sièges à la Chambre:

  • le Piratepartei Lëtzebuerg, parti Pirate
  • le Partei fir Integral Demokratie, parti pour la démocratie intégrale
  • le parti communiste luxembourgeois
  • les Conservateurs
  • le parti Démocratie

Quels résultats aux élections de 2013?

Il y a cinq ans, c'est le CSV qui est arrivé en tête des élections avec 23 sièges à la Chambre. Le DP et le LSAP ont chacun gagné 13 sièges et Déi Gréng, six. L'ADR et Déi Lénk ont également remporté respectivement trois et deux sièges.

Mais les choses ne se sont pas déroulées aussi simplement: pour espérer gouverner à la Chambre, il faut avoir minimum 31 sièges. Reprenant cette logique, le DP, le LSAP et Déi Gréng ont donc décidé de s'allier et en cumulant leur nombre de sièges, ont ainsi court-circuité le CSV, en totalisant 32 sièges à la Chambre: la majorité.

Une coalition à trois: du jamais-vu à l'époque

Le gouvernement actuel est donc une coalition DP-LSAP-Déi Gréng, une première au Luxembourg. A l'époque, on parle d'une coalition "Gambie", en référence aux trois couleurs des partis: rouge, bleu et vert qui reprennent également les couleurs du drapeau de la Gambie.

Jamais, dans toute l'histoire d'après-guerre du pays, le Luxembourg n'a été gouverné par plus de deux partis politiques.

Les Verts au gouvernement: une première en 2013

Encore du jamais-vu pour ces élections de 2013! C'est la première fois que le parti Déi Gréng accède au pouvoir. Jusqu'ici, et malgré leur nombre de sièges non négligeable (sept aux élections de 2009 par exemple), le parti des Verts n'avait jamais figuré dans une coalition.

Fin de l'ère Juncker en 2013

Le CSV a largement dominé la politique luxembourgeoise depuis sa création en 1944. Tous les Premiers ministres en furent issus, à l'exception des démocrates Gaston Thorn entre 1974 et 1979 et Xavier Bettel depuis 2013.

En 1974, le CSV se retrouve dans l'opposition pour la première fois de son histoire après que le Parti démocratique a formé une coalition avec le Parti ouvrier socialiste luxembourgeois (LSAP).

Quant à Jean-Claude Juncker, il aura dirigé le gouvernement de 1995 à 2013. Cette défaite lors de ces législatives anticipées de 2013 marque la fin de son ère, longue de 18 ans.

Des élections anticipées suite au scandale du SREL

Prévues à l'origine en même temps que les élections européennes de 2014, les élections législatives luxembourgeoises ont été anticipées, pour la première fois depuis 1969, à la suite de la rupture de la coalition au pouvoir; en effet, le LSAP a cessé de soutenir le gouvernement en juillet, à la suite d'un scandale impliquant les services secrets.


Le Service de renseignement de l'Etat sous les feux de la rampe
Depuis quelque temps, le Service de renseignement de l'Etat (SREL) est sous le feu des projecteurs avec cette affaire d'enregistrement non-autorisé d'une conversation entre le Premier ministre Jean-Claude Juncker et Marco Mille, ancien directeur du SREL. Un document qui a fait surface quatre ans après avoir été enregistré. Retrouvez ici tous nos articles par rapport à ce sujet.

C'est le scandale du SREL (Service de renseignement de l'Etat, ndlr)   L'affaire a été révélée en novembre 2012 avec la publication par l'hebdomadaire D'Lëtzebuerger Land du verbatim d'un entretien entre l'ancien directeur du service SREL et le Premier ministre, Jean-Claude Juncker, datant de 2007.

Au cours de cette conversation, le directeur du SREL, Marco Mille, révèle l'existence de 300.000 fiches individuelles de citoyens et de personnalités politiques.

Il dévoile aussi l'existence d'une écoute, datant de 2005 ou 2006, d'un entretien au Palais entre Juncker et le chef de l'Etat, le Grand-Duc Henri. Marco Mille fait part également à Jean-Claude Juncker d'informations crédibles de ses services sur l'existence de contacts réguliers entre le souverain luxembourgeois et les services secrets britanniques.

Une enquête a alors lieu et révèle bien d'autres problèmes au sein de ce service, pourtant contrôlé par le Premier ministre. C'est la fin annoncée du gouvernement.

Les Verts risquent de créer la surprise en 2018...

Pour ces élections législatives à venir, la surprise pourrait se trouver du côté de Déi Gréng. Leur arrivée au pouvoir et leur bon bilan, après ces cinq années, a sans conteste marqué l'opinion publique.

En témoignent les derniers sondages du Politmonitor publiés en juin dernier. A la question: "Si les élections législatives avaient lieu ce dimanche, quelle coalition souhaiteriez-vous voir au gouvernement?", 18% des sondés souhaiteraient une coalition CSV-Déi Gréng pour prendre les rênes du Luxembourg.

Mieux encore, interrogés sur la sympathie et les compétences des hommes et femmes politiques du pays, les électeurs luxembourgeois ont offert à François Bausch, ministre du Développement durable et Carole Dieschbourg, ministre de l'Environnement, les plus fortes progressions du classement, soulignant un vrai plébiscite.

... Tout comme l'ADR

Les Verts ne sont pas les seuls à sortir un peu du lot pour ces élections, selon les derniers sondages du Politmonitor. Le parti populiste ADR tire également son épingle du jeu. C'est la première fois que ce parti sera représenté dans chacune des circonscriptions du pays.

Le Politmonitor de juin 2018 montre une forte progression d'intentions de vote et donc potentiellement d'acquisition de sièges à la Chambre pour ce parti. En gagnant un siège au Centre, un autre à l'Est, deux dans le Sud et en réalisant la plus forte progression avec 7% d'intentions de vote au Nord, il va falloir être très attentif aux résultats de ce petit parti le 14 octobre prochain au soir.

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