Changer d'édition

Plus de 100.000 Luxembourgeois fument tous les jours
Luxembourg 5 min. 31.05.2022
Des chiffres alarmants

Plus de 100.000 Luxembourgeois fument tous les jours

Selon l'étude annuelle de TNS Ilres réalisée pour le compte de la Fondation Cancer, 56% des fumeurs luxembourgeois souhaitent arrêter la cigarette.
Des chiffres alarmants

Plus de 100.000 Luxembourgeois fument tous les jours

Selon l'étude annuelle de TNS Ilres réalisée pour le compte de la Fondation Cancer, 56% des fumeurs luxembourgeois souhaitent arrêter la cigarette.
Photo: Shutterstock
Luxembourg 5 min. 31.05.2022
Des chiffres alarmants

Plus de 100.000 Luxembourgeois fument tous les jours

Laura BANNIER
Laura BANNIER
Le Luxembourg compte de plus en plus de fumeurs. De quoi inquiéter Lucienne Thommes, directrice de la Fondation Cancer, qui revendique davantage de prévention afin d'éviter une «catastrophe sanitaire».

Pour la troisième année consécutive, le tabagisme est à la hausse au Luxembourg. En 2021, pas moins de 28% des résidents de plus de 16 ans ont allumé une cigarette, contre 26% en 2020. Et parmi eux, plus de 100.000 effectuent ce geste tous les jours, soit 19% de la population totale. Un tel chiffre n'avait pas été atteint depuis 2009, d'après la Fondation Cancer qui révèle les résultats de cette enquête annuelle publiée par TNS Ilres à l'occasion de la journée mondiale sans tabac.


Un tiers des 18-24 ans fument au Luxembourg
Si le nombre de fumeurs tend à augmenter au Luxembourg, la Fondation cancer s'inquiète surtout de la forte consommation de tabac chez les jeunes. En cause selon elle: la démocratisation de la chicha, et le faible coût des paquets de cigarettes.

Une situation qualifiée d'alarmante par Lucienne Thommes. «Nous étions vraiment choqués lorsque nous avons reçu les résultats de cette enquête, car, après deux années d'augmentation successives, nous ne nous attendions pas à avoir une augmentation d'encore deux points», souligne la directrice de la fondation. «Nous n'avons pas eu de chiffres aussi catastrophiques depuis 2004.»

Des résultats qui s'expliquent difficilement. Entamée en 2019, cette hausse du tabagisme au Luxembourg s'est confirmée avec la crise sanitaire. Une tendance qui s'observe également dans les pays voisins. «Pendant la pandémie, les comportements à risque tels que l'alcoolisme et le tabagisme ont augmenté, il est donc certain que la crise a joué un rôle.» Mais elle est loin d'être la cause unique de ce problème.

Des nouveaux produits qui inquiètent

Si l'augmentation de la consommation de cigarettes concerne l'ensemble de la population, elle est particulièrement impressionnante chez les jeunes. En 2021, les résidents âgés de 18 à 24 ans étaient 12% plus nombreux à fumer qu'en 2020. Le plus grand taux de fumeurs se trouve ainsi chez les jeunes de 18 à 34 ans qui étaient un sur trois à fumer en 2021, soit 68% de plus qu'il y a cinq ans pour la tranche 18-24 ans, et 37% de plus pour les 25-34 ans. 


Many different disposable e-cigarettes in hand with delicious tastes.
Les nouvelles cigarettes électroniques inquiètent
Les nouvelles cigarettes électroniques au goût fruité font un carton auprès des jeunes en France. Au Grand-Duché, elles ne sont pas autorisées à la vente. Mais elles suscitent des inquiétudes.

Outre la cigarette, les adolescents sont extrêmement friands de chicha. Plus d'un ado sur trois en fume, sa consommation étant plus fréquente chez les 16 à 24 ans, qui étaient ainsi 17% de plus qu'en 2020. Un constat qui a de quoi inquiéter la Fondation Cancer, alors que l'arrivée des nouvelles cigarettes électroniques fruitées prénommées «puff» plane sur le Luxembourg. «Ces nouveaux produits ne sont pas encore autorisés, mais il y a de fortes chances pour qu'on y arrive, et c'est clair que ça nous inquiète.»

D'autant plus que lorsqu'elle est précoce, la consommation de tabac est synonyme d'une dépendance accrue, ainsi que de conséquences plus graves sur la santé. Pour contrer ces risques, la Fondation Cancer préconise des actions ciblées à destination des jeunes. «Il y a urgence de faire quelque chose. Pour nous, cela passe par la sensibilisation là où se retrouvent les jeunes, par exemple sur les réseaux sociaux, mais également par une augmentation importante du prix des cigarettes», appuie Lucienne Thommes.

Il faut savoir prendre les mesures adéquates pour éviter que les jeunes ne commencent à fumer. Il en va du futur des prochaines générations.

Lucienne Thommes, directrice de la Fondation Cancer

Cette revendication, la fondation la porte aux oreilles du gouvernement depuis des années, sans grand succès. Mise en place en France depuis 2017, en même temps que l'introduction du paquet neutre, la hausse du prix du tabac a pourtant fait reculer le tabagisme de 12% en deux ans dans l’hexagone, 1,6 million de personnes ayant renoncé à la cigarette, selon Santé publique France. À noter cependant que la France a aussi connu une recrudescence de tabagisme liée à la pandémie.


Lokales, Lucienne Thommes Direktorin, Fondation Cancer, Weltkrebstag, Krebspatienten währen der Corona-Krise, Foto: Luxemburger Wort/Anouk Antony
«Le cancer est en train de devenir une maladie chronique»
A l'occasion de la 22e Journée mondiale de lutte contre le cancer, Lucienne Thommes, directrice de la Fondation Cancer, fait le point sur les actions de l'établissement, et de leur évolution en raison de la pandémie de covid-19.

«Le grand souci qu'on a au Luxembourg, c'est le tourisme lié au prix du tabac et de l'essence. L'État gagne énormément sur les accises liées au tabac. Mais il faut savoir prendre les mesures adéquates pour éviter que les jeunes ne commencent à fumer. Il en va du futur des prochaines générations», martèle la directrice de la Fondation Cancer. En constante augmentation depuis cinq ans, la vente de tabac a en effet rapporté la coquette somme de 752 millions d'euros à l'État luxembourgeois en 2021.

Au total, 4.672 tonnes de tabac ont été vendues au cours de l'année dernière, soit l'équivalent de 3.628.068.516 cigarettes, rien que cela. Une augmentation constante qui s'explique notamment par la hausse de prix incessante que connaissent les paquets de cigarettes dans les pays voisins. Alors, quid d'un prix unique à l'échelle européenne, ou du moins de la Grande Région, pour venir à bout du tabagisme? «Le combat sera long, on peut toujours rêver, mais je pense que ce serait déjà bien que le Luxembourg puisse agir rapidement, sans attendre que les choses bougent au niveau européen», répond la directrice de la fondation.

Des actions à la rentrée

Alors que 100.092 résidents allument au moins une cigarette quotidiennement, Lucienne Thommes ne manque pas d'idées pour voir ces statistiques s'inverser. Outre l'augmentation des prix, «et ce n'est pas 10 centimes qui vont nous sauver», elle compte sur l'interdiction de toute forme de publicité, y compris sur le lieu de vente, ainsi que l'introduction des paquets neutres et la multiplication des campagnes de prévention. «Il faut agir sur tous les fronts afin d'éviter une catastrophe sanitaire qui pourrait survenir dans les décennies à venir», alerte-t-elle.

Sans en révéler plus, la directrice indique que de nouvelles actions de sensibilisation sont prévues à la rentrée. D'ici là, quelques résidents auront peut-être décroché de la cigarette. Ils sont en effet 56% à avoir l'envie d'arrêter. 21% de fumeurs souhaitent par ailleurs réduire leur consommation. L'étude révèle enfin qu'un quart des consommateurs de tabac n'ont aucunement l'intention d'arrêter.

Mais, si la courbe ne s'inverse pas, les conséquences risquent d'être dévastatrices en termes de santé publique, prévient la Fondation Cancer. «La pandémie de covid-19 en est le meilleur exemple, les fumeurs souffraient davantage des séquelles liées à la maladie que les non-fumeurs. Il est urgent d'agir.»

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

Il y a de plus en plus de fumeurs parmi les résidents. Selon une enquête menée par la Fondation cancer en collaboration avec TNS Ilres, cette augmentation concerne en particulier les jeunes: plus d'un tiers des 16-24 ans déclarent avoir fumé en 2019.
ARCHIV - 04.05.2011, Berlin: Ein Mann raucht eine Zigarette. Im vergangenen Jahr sind in Deutschland etwas mehr Zigaretten versteuert worden als 2018. Nach Angaben des Statistischen Bundesamtes vom Mittwoch stieg die Menge um 0,3 Prozent auf 75 Milliarden Stück. (zu dpa «Etwas mehr Zigaretten versteuert») Foto: Robert Schlesinger/zb/dpa +++ dpa-Bildfunk +++
Près de 1.100 personnes meurent d'un cancer au Luxembourg chaque année. Les hommes sont plus touchés que les femmes car ils sont «plus soumis à des facteurs de risques», explique la directrice de la Fondation cancer. Mais le facteur de risque le plus important reste l'âge.
Le gouvernement américain veut interdire l’utilisation d’arômes dans les cigarettes électroniques. Au Grand-Duché, pareille mesure ne figure pas à l'ordre du jour. Mais le Luxembourg reste vigilant sur la toxicité de la «vapoteuse».
(FILES) In this file photo taken on October 02, 2018 a man exhales smoke from an electronic cigarette in Washington, DC. - British American Tobacco on September 12, 2019 said it planned to cut 2,300 jobs globally by January as its new boss seeks to drive revenues in controversial e-cigarettes. (Photo by EVA HAMBACH / AFP)
L'Organisation mondiale de la Santé a surpris avec un jugement très sévère sur les cigarettes électroniques dans son rapport mondial sur le tabac, affirmant qu'on ne pouvait pas les recommander comme aide au sevrage.