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Place aux femmes
Luxembourg 3 min. 20.09.2019

Place aux femmes

La politique belge, au niveau francophone, tutoie aujourd’hui la parité des sexes

Place aux femmes

La politique belge, au niveau francophone, tutoie aujourd’hui la parité des sexes
Photo: Shutterstock
Luxembourg 3 min. 20.09.2019

Place aux femmes

Elles sont presque à parité avec les hommes au sommet de la politique et rêvent de changer le visage de la société belge.

Par Max Helleff (à Bruxelles)

Trois femmes sur sept ministres au gouvernement wallon et trois femmes sur quatre ministres au gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Alors que l’on disait la politique belge sexiste, ne s’accordant au féminin qu’au titre de la symbolique, elle tutoie aujourd’hui la parité des sexes au niveau francophone. On est loin du gouvernement fédéral de Charles Michel qui fut d’abord une «affaire de mecs». Seules trois femmes figuraient sur la première photo de famille, en 2014.

Ce basculement est particulièrement sensible à la Fédération Wallonie-Bruxelles, l’institution chargée d’organiser l’enseignement et la culture des francophones. Ici, les femmes sont en majorité, même si c’est le libéral Pierre-Yves Jeholet qui est ministre-président. Les médias belges n’ont pas manqué de souligner cette révolution. «Girls power», titrait ainsi L’Avenir, le 13 septembre dernier.

La ministre Christie Morreale (PS) qui a hérité de l’Emploi évoque une normalisation: «On a, dans la population, 50% d’hommes et de femmes. Donc, ce n’était pas logique que dans les représentations politiques, nous n’ayons pas cette parité. C’était une distorsion importante et historique, et nous avions envie de rompre avec ça.» 

«Le renouveau est là»  

Pour la libérale Valérie Glatigny, chargée de l’Enseignement supérieur, la compétence a prévalu sur les considérations de genre: «Je pense que ça faisait aussi du sens de prendre un portefeuille comme celui de l’enseignement, qui était une priorité, et de choisir une personne qui avait déjà une certaine connaissance du dossier. Je me réjouis que des portefeuilles aussi significatifs que ceux-là soient confiés à des femmes. Le renouveau est là.»

Quant à l’écologiste Bénédicte Linard, chargée des droits des femmes, elle estime que «plus on aura de femmes en politique, plus il y en aura sur les plateaux de télévision». Une référence à l’émission «Les Grenades» qu’anime sur la chaîne publique RTBF la journaliste Safia Kessas et où se prône la diversité au sein des médias.

Tout cela pourrait passer pour un «coup de com'» politique si la société belge n’avait progressivement mis la question du genre au centre des débats. Ces dernières semaines ainsi, les violences faites aux femmes ont occupé une large place au parlement fédéral comme au parlement régional bruxellois.

Des progrès à faire

Mardi, le ministre de la Justice sortant Koen Geens a été interrogé sur l’insertion dans le Code pénal de l’infraction spécifique de «féminicide». Le chrétien-démocrate flamand a rappelé à cette occasion que le Code pénal ne prévoit «aucune différence entre un homme et une femme concernant l’assassinat ou le meurtre», mais qu’une circonstance aggravante peut être invoquée dans des affaires moins graves «lorsque la violence commise est motivée par la haine envers la victime à cause de son sexe».

Ecolo voudrait pour sa part que le juge du fond puisse prononcer l’arrestation immédiate à l’audience d’un condamné, notamment dans les affaires de violences conjugales et de viols si un risque de récidive est établi. Les humanistes du CDH ont dénombré 89 féminicides depuis 2017, «soit trois par mois».

Mais il reste du chemin, affirment les associations féministes, avant d’arriver à ôter de la tête des jurés et des magistrats la «notion de crime passionnel» qui profite trop souvent aux hommes, estiment-elles. Aux assises de Bruxelles ainsi, un septuagénaire vient d’être condamné à une peine légère de cinq ans de prison avec sursis pour avoir tué son épouse.