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Philippe Martinez stimule les Gilets jaunes depuis le Luxembourg
Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT: «Pour l'instant le patronat est complètement épargné par les Gilets jaunes»

Philippe Martinez stimule les Gilets jaunes depuis le Luxembourg

Photo: Maurice Fick
Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT: «Pour l'instant le patronat est complètement épargné par les Gilets jaunes»
Luxembourg 3 min. 15.01.2019

Philippe Martinez stimule les Gilets jaunes depuis le Luxembourg

Maurice FICK
Maurice FICK
«L'Europe sociale est très loin» et face à la situation préoccupante qui y règne, le travail en commun des syndicats est devenu «très important» estiment OGBL et CGT qui ont signé mardi un accord de coopération. De passage au Luxembourg, le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, a incité les Gilets jaunes à plutôt agir la semaine et dans les entreprises.

Faire perdurer le mouvement des Gilets jaunes, qui a été lancé le 17 novembre 2018 en France, «le samedi c'est bien. Mais la semaine ce n'est pas mal non plus! Parce que pour l'instant le patronat est complètement épargné par les Gilets jaunes!», a lancé mardi le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, lors d'une conférence de presse coorganisée avec l'OGBL, en son fief à Esch-sur-Alzette. 

Avant de rajouter directement à l'intention du mouvement des Gilets jaunes qui «a un problème de structuration» mais qui «ne dérange pas du tout» la CGT: «Ce patronat qui a fait la leçon à tout le monde pour réduire les dépenses publiques, il faut aller le chatouiller, mais pas sur les ronds-points, dans les entreprises!»

Dix-huit mois après les promesses de Macron de changement de politique avec des idées nouvelles, «on est en train de vivre un mouvement social inédit avec 70 à 80% de la population qui se dédit du président. Mais ce qui est plus inquiétant c'est que presque 35% expriment du dégoût vis-à-vis de la politique», a résumé Philippe Martinez.

A l'heure où le président Emmanuel Macron lançait le grand débat national en France et tandis que les députés britanniques allaient se prononcer sur le Brexit, le secrétaire général de la CGT, était de passage au Luxembourg, mardi, pour renouveler l'accord de coopération, conclu pour la première fois en 2005, avec le plus grand syndicat luxembourgeois.

André Roeltgen, président de l'OGBL (à droite): «Nous nous opposons à l'idée du gouvernement luxembourgeois d'initier des zones franches. Le danger étant de créer des situations de non-droit».
André Roeltgen, président de l'OGBL (à droite): «Nous nous opposons à l'idée du gouvernement luxembourgeois d'initier des zones franches. Le danger étant de créer des situations de non-droit».
Photo: Maurice Fick

En renouvelant cet accord entre le Luxembourg et la Région Grand Est «ce n'est pas un acte diplomatique mais un acte militant que nous faisons», a souligné Philippe Martinez.

Son homologue, André Roeltgen, président de l'OGBL, a expliqué «la longue coopération avec la CGT dans la région transfrontralière». L'accord stipule que «lorsque des sujets importants touchent directement les salariés frontaliers alors on va se rencontrer et prendre des décisions, voire organiser des actions communes. Nous avons reconduit cette dynamique aujourd'hui et avons introduit, et c'est la nouveauté, la possibilité de poursuivre des activités culturelles communes», sans que celles-ci soient davantage précisées.

«Plus cette Europe avance et moins il y a de social»

Les deux leaders syndicaux sont d'accord pour dire qu'à l'heure actuelle, l'Europe sociale, tant revendiquée, «est très loin». Au lieu de quoi «persévère un système qui met les pays en concurrence: c'est la mauvaise voie», estime le président de l'OGBL. Puisque «le résultat on le connaît: le dumping au niveau social, le dumping au niveau des salaires, le dumping au niveau de la fiscalité, la régression des services publics, leur privatisation, les attaques permanentes contre les assurances sociales. La conclusion, c'est que les inégalités sociales se sont profondément creusées en Europe et presque dans tous les pays. S'ensuivent des crises politiques et sociales comme le mouvement des gilets jaunes en France».

«On nous a promis beaucoup de social dans la construction européenne. Mais plus cette Europe avance et moins il y a de social», estime Martinez. Une tendance le montre bien à ses yeux: «Les Etats essaient de plus en plus de créer des zones de non-droit, c'est-à-dire que ni le droit d'un pays, ni de l'autre s'y applique et où on va pouvoir implanter des entreprises avec des salariés qui auront très peu de statut social et en favorisant le dumping social à l'intérieur même des pays et entre les pays puisqu'on aura des salariés hors statut, hors convention collective».

Un sujet qui, dans la perspective des élections sociales du 12 mars, fait se hérisser les poils d'André Roeltgen: «Nous nous opposons à l'idée du gouvernement luxembourgeois d'initier des zones franches. Le danger étant de créer des situations de non-droit». 


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