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Luxembourgeois sans parler la langue
Luxembourg 3 min. 02.08.2021
Pétition publique

Luxembourgeois sans parler la langue

L'an passé, plus de 9.300 étrangers ont obtenu leur naturalisation luxembourgeoise, et le passeport qui va avec.
Pétition publique

Luxembourgeois sans parler la langue

L'an passé, plus de 9.300 étrangers ont obtenu leur naturalisation luxembourgeoise, et le passeport qui va avec.
Photo archives : Guy Wolff
Luxembourg 3 min. 02.08.2021
Pétition publique

Luxembourgeois sans parler la langue

Les auteurs d'une nouvelle pétition publique demandent que la connaissance du français ou de l'allemand soit suffisante pour acquérir la nationalité luxembourgeoise.

(pj avec jt) Jusqu'à présent, quiconque souhaitait obtenir la nationalité luxembourgeoise se devait d'avoir un peu plus que des notions en luxembourgeois. Une barrière sur laquelle venaient se heurter nombre de prétendants. Mais à l'heure où le Grand-Duché vise le million d'habitants en 2050 ne faudrait-il pas ouvrir la naturalisation à celles et ceux qui peuvent prétendre d'un bon niveau dans la langue de Molière ou celle de Goethe? La demande vient de refaire surface dans le cadre des pétitions publiques déposées à la Chambre, et il reste encore 39 jours pour y souscrire.


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Le luxembourgeois, cette langue «superflue»
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Les auteurs de cette proposition s'appuient d'abord sur un fait pour justifier leur demande : le français, l'allemand et le luxembourgeois sont bien les trois langues officielles du pays. Cependant, paradoxe, la langue nationale luxembourgeoise reste la seule des trois idiomes qui est pertinente lors d'une demande de citoyenneté.  

Pas question d'obtenir la nationalité sans avoir réussi au préalable le «Sproochentest» en luxembourgeois et obtenir au moins la moitié des points à l'épreuve d'expression orale au niveau A2 du Cadre européen commun de référence pour les langues». Les candidats doivent donc pouvoir «se présenter et parler en termes simples de leur famille, des autres, de leurs conditions de vie, de leur formation ou de leur travail» en luxembourgeois. 

Pour les dépositaires de la pétition, «si vous parlez une de ces langues, il est possible de mener une vie normale au Luxembourg. Les conditions actuelles d'obtention de la nationalité luxembourgeoise sont discriminatoires (...) Le fait que quelqu'un parle l'une des trois langues officielles devrait suffire pour obtenir la nationalité luxembourgeoise.» 

Clairement, même si le texte obtient les 4.500 signatures nécessaires pour l'ouverture d'un débat public, peu de chance que le pays révise ses conditions d'accès à la nationalité. Et cela même si depuis le référendum de 2015 (au cours duquel une majorité de Luxembourgeois a rejeté l'introduction du droit de vote pour les étrangers) le nombre de demandes d'acquisition de la nationalité luxembourgeoise a explosé. 

La langue luxembourgeoise fait non seulement, logiquement, partie de l'ADN du pays, mais elle reste aussi un facteur majeur d'intégration. Dernièrement, le ministre du Travail, Dan Kersch (LSAP), notait par exemple que plus d'un tiers des offres d'emploi gérées par l'Agence pour l'emploi (Adem) exigeaient que les candidats puissent parler en luxembourgeois. Une exigence bien réelle, même dans la plupart des cas le français est également mentionné comme critère de recrutement.

En 2019, le Statec avait relevé que la langue luxembourgeoise reste celle la plus parlée sur le territoire, mais le français était celle la plus usitée sur les lieux de travail. 

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