Changer d'édition

«Personne ne doit mettre la société en danger»
Luxembourg 7 min. 12.05.2020 Cet article est archivé

«Personne ne doit mettre la société en danger»

Pour Agnès Durdu, la monarchie constitutionnelle apparaît comme une bonne forme de gouvernement pour un petit pays comme le Luxembourg.

«Personne ne doit mettre la société en danger»

Pour Agnès Durdu, la monarchie constitutionnelle apparaît comme une bonne forme de gouvernement pour un petit pays comme le Luxembourg.
Photo: Anouk Antony
Luxembourg 7 min. 12.05.2020 Cet article est archivé

«Personne ne doit mettre la société en danger»

Les dossiers traitant du covid-19 sont aujourd'hui une priorité absolue du Conseil d'Etat. Agnès Durdu, sa présidente, n'exclut pas l'instauration d'un nouvel état de crise si la situation sanitaire le commande.

(DH avec Marc Hoscheid) - Présidente du Conseil d'Etat depuis le 1er avril 2019, Agnès Durdu (DP, 56 ans) se prononce, dans une interview accordée au Luxemburger Wort, sur les mesures de déconfinement entrées en vigueur lundi. Elle regrette d'autre part les derniers développements de la réforme constitutionnelle et indique, pourquoi, selon elle, la monarchie constitutionnelle reste la forme de gouvernement la mieux adaptée au Luxembourg. 

Le «restez chez vous» est terminé depuis lundi. Et les magasins sont à nouveau ouverts. Etait-ce la bonne étape du déconfinement au moment propice?

Agnès Durdu - «C'est bien de rouvrir les magasins. Mais nous devons tous être conscients que les règles de sécurité continueront de s'appliquer après la fin de l'état d'urgence, le 24 juin, car il n'y a toujours pas de vaccin disponible contre le virus.

Les réouvertures des entreprises prennent tout leur sens en termes économiques. Mais, en revanche, vous semble-t-il normal que seulement six personnes peuvent désormais se retrouver dans des appartements privés et pas plus de 20 dans un espace public?

A ce propos, j'ai entendu parler de cas où des gens ont dénoncé leurs voisins à la police parce qu'ils ne respectaient pas les restrictions imposées. Cette forme de mentalité ne doit pas prendre le dessus, mais, d'un autre côté, personne ne doit mettre la société en danger en ne respectant pas les règles.

En Allemagne, surtout, des épidémiologistes affirment que le virus aurait pu être maîtrisé avec un confinement plus long. Par ailleurs, les gens se montraient impatients. Entre ces deux avis, quel est votre sentiment?

Aujourd'hui, vous êtes immunisé et demain vous contractez le virus sans vous en rendre compte. L'un tombe malade, l'autre non. Trop de choses sont encore inconnues de la médecine. Mais nous devons savoir que notre société n'est pas une salle d'opération. Dans la vie de tous les jours, nous ne pouvons pas bafouer les restrictions.


Politik, Chamber, aktuelle Stunde zum Corona-Virus, Ankündigung Xavier Bettel, Paulette Lenert, Foto: Lex Kleren/Luxemburger Wort
Le Luxembourg en état d'urgence
Le Premier ministre a annoncé ce mardi devant le Parlement que le pays sera placé en «état de crise» pour un maximum de trois mois. Il s'agit d'une disposition constitutionnelle qui permet au pouvoir exécutif de prendre des décisions rapides et éventuellement contraires à la loi existante.

Aujourd'hui, les mesures de crise dominent-elles tous les travaux du Conseil d'Etat?

Les dossiers traitant du covid-19 sont une priorité absolue et sont traités dans les meilleurs délais. Nous essayons également de faire notre travail «normal». Pour les dossiers vraiment complexes, qui impliquent parfois de longues discussions, Skype n'est pas l'instrument idéal, il est donc préférable de s'asseoir autour d'une table.

En période de crise, tout doit aller plus vite que d'habitude. Ressentez-vous une pression particulière et n'avez-vous pas peur que cela affecte la qualité du travail du Conseil d'Etat?

Certainement! Dans nos commentaires sur les textes concernant les lois covid-19, nous indiquons toujours que nous n'avons peut-être pas pu vérifier chaque point comme nous l'aurions fait en temps normal. Nous travaillons avec notre expertise aussi sérieusement que possible et, si nécessaire, formulons également des oppositions formelles. Si quelque chose ne va pas, ce sera aux tribunaux de décider plus tard.

L'état d'urgence a été déclaré pour la première fois. Selon vous, a-t-il fait ses preuves? D'autre part, que pensez-vous des allégations d'abus de la part de l'opposition dans le cadre du vote au Parlement concernant le CETA?

Il appartient toujours au Parlement de décider de son ordre du jour. Sur l'état d'urgence, si je compare notre situation à celle de l'Espagne ou de l'Angleterre, deux pays qui ont recensé de nombreux morts, déclarer l'état d'urgence était la meilleure chose que les autorités pouvaient faire. 

Les décisions prises lors d'une pandémie impactent sur d'autres domaines  

L'état de crise peut-il être prolongé après trois mois?

Il ne peut pas y avoir d'extension en tant que telle, mais le fait de savoir s'il est possible de déclarer un deuxième état d'urgence est une autre question. Dans une crise, les politiques doivent toujours rester en capacité d'agir.

Le gouvernement n'a pas demandé de prolongation de l'état de crise, mais la loi sur la pandémie doit être adaptée. Qu'attendez-vous de ce texte?

A ce stade, je ne peux dire que nous attendons d'examiner le texte. Mais il faut être conscient que les décisions prises par un ministre de la Santé lors d'une pandémie impactent immanquablement d'autres domaines.


15.1. Staatsarchiv / Konstitution 1868 / Originaldokument / Crise Constitutionelle / Verfassung / Verfassungsaenderungen foto: Guy Jallay
La grande réforme de la Constitution abandonnée
En discussion depuis une décennie, la modification de la Loi fondamentale ne verra finalement pas le jour. Le texte de 1868 devra cependant être progressivement adapté, mais sans la tenue d'un référendum, ont annoncé lundi soir les membres de la commission parlementaire ad hoc.

Concernant la constitution, les partis de la majorité et le CSV s'étaient accordés avant que ces derniers ne se retirent. Que dites-vous de ces récents événements?

J'en suis assez désolée, mais la politique reste la politique. Maintenant, chaque sujet doit être voté individuellement. Une réunion des commissions compétentes de la Chambre et du Conseil d'Etat devait avoir lieu, mais, en raison de la crise, elle n'a pas encore eu lieu.

Par ailleurs, il n'y aura pas de référendum...

Cela aurait été quelque chose de nouveau et aurait permis à la population de davantage s'impliquer. L'organisation d'un référendum pour chaque chapitre est illusoire en raison de l'effort organisationnel. Organiser un seul référendum n'aurait pas posé de problème, mais les gens auraient peut-être voté contre l'ensemble du texte en raison d'un seul article.

 Après cette crise, chaque institution analysera ce qui a fonctionné, ou non  

Le rôle du Conseil d'Etat devrait-il évoluer selon vous?

Les lois sur le Conseil d'Etat ont été modifiées pour la dernière fois en 2016 et 2017. Nous devrions maintenant être autorisés à travailler avec ces règles. Mais je peux imaginer que des changements interviendront. Après cette crise, chaque institution analysera ce qui a fonctionné, ou non.

Récemment, des discussions concernant la famille grand-ducale et notre système politique se sont posées. Quelle est votre position concernant la monarchie constitutionnelle?

Le Conseil d'Etat n'avait aucune raison de parler des problèmes récents car nous n'étions confrontés à aucun texte juridique. Mais la Maison grand-ducale a toutefois été le dernier enjeu pour nous en matière de réforme constitutionnelle. Je pense que la monarchie constitutionnelle est une bonne forme de gouvernement pour notre petit pays. La famille grand-ducale a toujours bien représenté notre pays. Pour les voyages d'affaires à l'étranger, mais aussi lors des périodes de crise. Un exemple, pendant la Seconde Guerre mondiale, la grande-duchesse Charlotte a veillé à ce que le pays reste solidaire et prenne conscience de son identité.


Le Grand-Duc Henri et la Grande Duchesse Maria Teresa arrivent au Palais de l'Elysée avec le Président Francais Emmanuel Macron et son épouse Brigitte Macron, à Paris, France, le 19 Mars 2018 . Photo: Chris Karaba
Quelles suites pour le rapport Waringo?
Six jours après la publication de la mission sur le fonctionnement de la Cour grand-ducale, Xavier Bettel la présente ce mercredi aux députés. Le résumé des enjeux politiques du document et des pistes de réflexion qu'il suggère.

Le Grand-Duc héritier est membre du Conseil d'Etat, mais pas en raison de ses qualifications. Est-ce exact?

Oui. Il est membre du Conseil d'Etat afin de se familiariser avec les dossiers, comprendre les problèmes du pays et connaître le discours politique sans s'impliquer.

Une question personnelle pour la fin de notre entretien. Quelle mesure d'assouplissement attendez-vous le plus?

La chose dont je voudrais me débarrasser est celle-ci (dit-elle en montrant son masque). Mais je crains que nous ne le gardions longtemps. Je serais heureuse si la pression et l'humeur malsaine que j’ai ressenties dans les supermarchés disparaissent. Ce n'est tout simplement pas une vie normale.

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

Après deux mois de confinement, c'est avec une protection sur le nez que le pays s'est réveillé lundi du long cauchemar de la crise sanitaire. Les lycéens sont rentrés, commerces et salons de coiffure ont rouvert. Timidement, sans effusion.
Lokales, Corona: Geschäfte öffnen wieder - Massnahmen und Vorbereitungen in Luxemburg Stadt, Foto: Lex Kleren/Luxemburger Wort
Il ne fait guère de doute, pour Rudi Balling (directeur du Luxembourg center for systems Biomedecine) que le covid-19 peut à nouveau frapper, et même fort. Le spécialiste rappelle qu'une partie de la réponse ne tient qu'au respect des consignes sanitaires. Donc à nous.
A member of the Red Cross takes the temperature of a man in a car as a preventive measure against the spread of the novel coronavirus, COVID-19, on the Guadalajara-Morelia highway, Jalisco State, Mexico, on May 2, 2020. (Photo by Ulises RUIZ / AFP)
Ce jeudi matin, les ministres de l'Education nationale et de la Santé recevront l'auteure de la pétition à succès contre la réouverture des écoles. Mais l'issue de la discussion est connue. L'école reprendra bien, tous les partis politiques y sont favorables.
Près de 6.000 élèves de terminale ont repris ce lundi le chemin des classes de cours.
Inviter ses amis, fréquenter bibliothèques ou musées, pousser la porte d'un commerce : vous en rêviez? La seconde phase du déconfinement le permettra dès lundi prochain. Sans oublier la distribution de 50 masques par habitant de plus de 16 ans et pour chaque salarié frontalier.
STUART, FLORIDA - MAY 04: Michelle Davis helps a shopper, wearing a protective mask, at the Island Cotton Company store, as the state of Florida enters phase one of the plan to reopen the state on May 04, 2020 in Stuart, Florida. Restaurants, retailers, beaches and some state parks reopen today with caveats, as the state continues to ease restrictions put in place to contain COVID-19. The counties of Palm Beach, Broward and Miami Dade continue to have their restrictions in place.   Joe Raedle/Getty Images/AFP
== FOR NEWSPAPERS, INTERNET, TELCOS & TELEVISION USE ONLY ==
Le Parlement a validé, ce samedi, l’allongement de la période de l'état de crise à trois mois. Au cours de cette période, le gouvernement pourra agir rapidement et sans l'aval du Parlement afin de prendre les mesures nécessaires dans la lutte contre la propagation du covid-19.
Chambre des Députés - Séance publique - Budget - Photo : Pierre Matgé
Le Premier ministre a annoncé ce mercredi - comme il l'avait déclaré mardi - que le pays se trouve désormais officiellement en état de crise pour dix jours dans un premier temps. Il a reconnu qu'il ne savait pas combien de temps aller durer l'épreuve à laquelle est confronté le pays.
Lokales,Livestream Briefing Premier Xavier Bettel zur Corona Krise. Foto: Gerry Huberty/Luxemburger Wort
Les députés ont enfin pu recevoir, ce mercredi, les explications du Premier ministre sur le rapport Waringo. Une chose est sûre, les parlementaires seront mis à contribution pour réformer la monarchie.
Politik, Waringo-Bericht, Jeannot Waringo und Xavier Bettel auf dem Weg vom Staatministerium in die Abgeordentenkammer,  Foto: Guy Wolff/Luxemburger Weg
Pour la première fois depuis la publication du rapport Waringo, le Premier ministre s'est officiellement positionné sur le fonctionnement de la Cour. Pour Xavier Bettel, les conclusions rendues par son émissaire spécial serviront de «base solide» en vue d'une «modernisation de la monarchie»