Changer d'édition

«Personne n'a été épargné» par la crise du covid-19
Luxembourg 9 min. 17.09.2020

«Personne n'a été épargné» par la crise du covid-19

Lors du futur discours sur l'état de la nation, Xavier Bettel devrait annoncer la mise en place d'«une priorité» pour affronter la situation post-covid.

«Personne n'a été épargné» par la crise du covid-19

Lors du futur discours sur l'état de la nation, Xavier Bettel devrait annoncer la mise en place d'«une priorité» pour affronter la situation post-covid.
Photo: Chris Karaba
Luxembourg 9 min. 17.09.2020

«Personne n'a été épargné» par la crise du covid-19

Annette WELSCH
Annette WELSCH
Six mois après l'arrivée de la pandémie au Grand-Duché et ses conséquences sur la société, l'économie et le monde politique, Xavier Bettel revient sur une période qu'il qualifie de «plus difficile» de son mandat de Premier ministre.

Xavier Bettel, comment avez-vous personnellement vécu la crise du covid-19, survenue il y a six mois?

«Politiquement parlant, ce fut le moment le plus difficile de mes sept années en tant que Premier ministre. C'est une responsabilité pour laquelle l'on est conscient que chaque décision prise peut avoir des effets différents sur chaque personne, qu'ils soient économiques, psychologiques ou sociaux. J'ai aussi beaucoup de respect et de fierté pour différents aspects de l'action menée. Notamment pour les Luxembourgeois et les frontaliers qui ont travaillé au cours de la phase la plus aiguë, pour la solidarité et l'acceptation de la responsabilité qui incombait à chacun et qui a été assumée. De cette façon, le pire a pu être évité.


Poliotik, Conseil de gouvernement Briefing presse, Xavier Bettel une Paulette Lenert: Nouvelles mesures de déconfinement Briefing. Corona Virus, Covid-19, Foto: Chris Karaba/Luxemburger Wort
Ces trois mois qui auront changé la vie du Luxembourg
Depuis le 24 mars et jusqu'à ce mercredi, le Luxembourg se trouve dans une parenthèse autorisée par l'article 32.4 de la Constitution. Celle où le gouvernement possède les pleins pouvoirs pour affronter la pandémie de covid-19. Retour sur ces trois derniers mois, marqués par quelque 160 règlements grand-ducaux.

Mais cet aspect politique ne peut être dissocié du privé. J'ai notamment fait les courses pour ma mère, ce que je n'avais pas toujours fait auparavant. J'ai vécu avec elle ce qui était ma première promenade après des mois d'isolement. Elle s'arrêtait à chaque fleur et en était heureuse. C'est là que j'ai réalisé à quel point le fait d'être enfermé pendant des semaines et de ne pas être informé de l'évolution de la situation peut avoir des effets psychologiques. Nous avons également eu des amis qui ont été touchés par le virus, y compris des personnes jeunes et sportives gravement atteintes, ce qui m'a toujours rappelé  l'importance des règles d'hygiène.

Cette crise aura aussi permis de créer une relation étroite avec Paulette Lenert (LSAP, ministre de la Santé, ndlr). Il n'y a pas un jour où nous ne sommes pas en contact. Chaque ministre a réalisé un travail, avec leurs administrations, que j'apprécie beaucoup en tant que chef de gouvernement. Ces six mois ont été difficiles pour tout le monde, personne n'a été épargné. Et ce n'est pas encore terminé.

Quel aura été le plus grand défi?

Assurer la cohésion sociale, éveiller le sens des responsabilités et ne laisser personne tomber. Coûte que coûte et de la manière la plus simple possible. C'était une situation à laquelle aucun ministre n'était préparé. Il a fallu prendre des décisions difficiles sur le plan humain, comme celle d'isoler les jeunes et les personnes âgées. J'ai travaillé en étroite collaboration avec chaque ministre, car chaque étape et chaque domaine de la vie ont été touchés. Le défi était également différent chaque jour. 


IPO , DP Europakongress , Europawahlen 2019 , Centre Culturel Walferdingen , Xavier Bettel Foto:Guy Jallay/Luxemburger Wort
Le DP récolte les fruits de la gestion de crise
Principale force de la coalition gouvernementale, le parti libéral renforce encore sa position, selon les résultats du Sonndesfro, réalisé pour le Luxemburger Wort et RTL. Si les élections avaient lieu dimanche, il obtiendrait 20,6% des voix et trois sièges supplémentaires à la Chambre.

Au début, il s'agissait de maintenir le système de santé. Il ne faut pas oublier que nous avons eu certains jours avec une centaine de nouvelles infections qui augmentaient de manière exponentielle. Nous avons toujours réussi à éviter les situations extrêmes, comme cela a pu être le cas à l'étranger. Mais le plus grand défi consistait à anticiper et agir en même temps. Et tant qu'aucun vaccin n'est disponible, ce défi demeure. Nous ne devons pas penser que c'est fini.

Il n'a pas été aisé d'expliquer la stratégie du Luxembourg en matière de test à l'étranger. Qu'avez-vous ressenti lorsque les frontières ont été soudainement fermées à nouveau?

C'était affreux. Nous nous sommes mis pendant longtemps en miroir devant les autres pays pour éviter que le virus ne se propage le plus vite possible. Si vous regardez les chiffres aujourd'hui, nous trouvons la moitié des cas au travers des tests. Parce que nous faisons simplement plus que les autres pays. C'était la bonne attitude. Mais nous avons eu beaucoup de pression, car tester moins veut dire moins de cas détectés.

Une pression qui venait de qui?

De l'intérieur, mais aussi de l'extérieur. Mais si j'ai le choix entre figurer sur une liste noire et avoir des hôpitaux surpeuplés, j'accepte la liste noire. Et nous continuerons. Parce que nous pouvons voir que nous avons la situation sous contrôle.

Pour la première fois, l'état de crise a été déclaré. L'instrument a-t-il fait ses preuves alors qu'il n'a pas été pensé pour répondre à une crise sanitaire?

Lorsque le texte a été adopté, il s'agissait davantage d'une réaction aux attentats, tels que ceux survenus à Paris. L'état de crise n'est pas quelque chose que je souhaitais. Nous vivons dans une démocratie et il est important que le Parlement soit le premier pouvoir. Nous n'avons pas prolongé l'état de crise comme dans d'autres pays, mais cela nous a permis de réagir très rapidement lorsque cela était dans l'intérêt du pays. 

Néanmoins, nous avons informé le Parlement à chaque fois, nous y avons eu des échanges de vue, comme avec les partenaires sociaux. C'était important pour nous. Nous ne nous sommes pas retranchés dans une tour d'ivoire et évité tout contact. A cet égard, la situation d'urgence dans laquelle nous nous trouvions - où chaque heure comptait dans certains cas - était une réponse proportionnée dont nous n'avons pas abusé. La décision était également nécessaire, rétrospectivement, et a été prise à l'unanimité à la Chambre. Mais je ne souhaite pas qu'un Premier ministre ait à demander la mise en place de l'état de crise.


Chambre des Députés - Séance publique - Budget - Photo : Pierre Matgé
L'état de crise prolongé jusqu'en juin
Le Parlement a validé, ce samedi, l’allongement de la période de l'état de crise à trois mois. Au cours de cette période, le gouvernement pourra agir rapidement et sans l'aval du Parlement afin de prendre les mesures nécessaires dans la lutte contre la propagation du covid-19.

Il serait pourtant tentant de penser qu'il est plus facile de gouverner dans une telle situation, puisque les décisions ne sont plus soumises à une quelconque  autorisation...

C'est plus simple en termes de procédures, mais vous êtes seul à en porter la responsabilité. Vous décidez seul, sans responsabilité partagée avec le Parlement. Et c'est une restriction des droits civils. Je ne souhaite vraiment plus me retrouver dans cette situation.

Avec le recul, jugez-vous que toutes les mesures prises étaient nécessaires?

Oui. Avec les connaissances que nous avions à l'époque, elles étaient toutes judicieuses et nécessaires. Après tout, nous étions dans une situation différente, nous avions moins de matériel, moins de connaissances et nous ne pouvions pas prévoir ce qui allait arriver.

Comment se poursuit le dialogue social?

Nous avions organisé une réunion tripartite parce qu'il était important de trouver des réponses rapides à un certain nombre de questions sociales. Je rencontrerai également les partenaires sociaux en prévision du discours sur l'état de la nation en octobre prochain pour échanger les points de vue. C'est important pour moi. Mais en principe, le dialogue est plus important que la mise en place d'une tripartite.

Photo: Chris Karaba

Quelles sont les principales préoccupations pour les années à venir?

A l'heure actuelle, personne ne peut dire, même avec la meilleure volonté et les meilleures connaissances, la manière dont vont évoluer les choses sur le plan économique. Le fait est que l'économie a besoin de fonds. Quiconque pense aujourd'hui pouvoir augmenter les impôts ou resserrer le budget et les investissements fait une grave erreur. Je suis un libéral, mais je soutiens toujours que le pays a besoin à l'heure actuelle de prêts afin de combler la situation. Après tout, nous obtenons des intérêts négatifs pour les emprunts. Un prêt-relais constitue la bonne réponse, car nous ne pouvons pas laisser l'économie s'effondrer, nous ne pouvons pas laisser les citoyens s'effondrer. Les impôts - quel que soit leur nom - sont un poison pour le moment. 

Un poison pour les entreprises et pour les personnes qui doivent retrouver la confiance dans le commerce et l'activité économique. Nous devons nous en donner les moyens, car si nous ne le faisons pas, cela coûtera plus cher par la suite que de rembourser un prêt. Je suis heureux que nous ayons pris soin de nos finances au préalable, car nous sommes dans une bonne situation de départ. Nous n'aurions pas récupéré notre AAA si nous avions tout fait de travers, car les agences de notation savent que la pandémie aura un impact sur notre économie.


(FILES) - Photo shows Standard & Poor's headquarters in the financial district of New York on August 6, 2011. Standard & Poor's has decided to downgrade France's top-notch credit rating but will spare Germany, Belgium, Luxembourg and the Netherlands, an EU government source told AFP on January 13, 2012. AFP PHOTO/Stan HONDA
Standard & Poor's confirme le triple «A» du Luxembourg
L'agence américaine a appuyé vendredi la notation accordée il y a une dizaine de jours par Fitch et DBRS Morningstar. Une confirmation qui ne manque pas de réjouir Pierre Gramegna, le ministre des Finances.

Le programme du gouvernement sera-t-il à nouveau révisé au vu des conséquences de la pandémie?

Pour l'instant, je n'ai pas l'intention de jeter le programme de coalition par-dessus bord. Mais il est bien possible que j'annonce une priorité lors du discours sur l'état de la nation. Je rencontrerai mes collègues du gouvernement dans les semaines à venir pour en discuter.

En d'autres termes, les taxes sur les successions et les biens immobiliers actuellement en discussion...

... qui ne font pas partie du programme de la coalition et que je n'ai pas l'intention d'introduire. Au même titre qu'un impôt sur le fortune ou un impôt sur les successions. Je suis tout à fait d'accord que la crise covid n'était pas non plus dans cet accord, mais augmenter les impôts maintenant constitue un poison pour les citoyens et un poison pour l'économie.

Traduction et adaptation en français du texte original, Jean-Michel Hennebert

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.