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Parler plutôt que subir les violences conjugales
Luxembourg 4 4 min. 08.12.2020 Cet article est archivé

Parler plutôt que subir les violences conjugales

Aujourd'hui, la jeune femme de 29 ans estime avoir clos le chapitre des violences.

Parler plutôt que subir les violences conjugales

Aujourd'hui, la jeune femme de 29 ans estime avoir clos le chapitre des violences.
Photo: Chris Karaba
Luxembourg 4 4 min. 08.12.2020 Cet article est archivé

Parler plutôt que subir les violences conjugales

Alors que l'«Orange Week» touche à sa fin ce jeudi, les agressions au sein du couple restent une réalité au Grand-Duché. Si peu de victimes acceptent de parler de ce qu'elles ont vécu, Anne Kirsch-Wagner, 29 ans, a elle décidé de partager son histoire.

(ASdN avec Sarah Cames) - Bien qu'omniprésentes, les violences faites aux femmes restent souvent invisibles. Un fait de société auquel les Nations Unies tentent chaque année de sensibiliser le grand public lors de l' «Orange Week», qui se déroule du 25 novembre au 10 décembre. Mais covid oblige, cette treizième édition a pris une tournure digitale.


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Une version en ligne qui a permis de libérer la parole de certaines victimes, à l'image d'Anne Kirsch-Wagner, dont le témoignage a été recueilli par nos confrères du Luxemburger Wort. La jeune femme de 29 ans a ainsi levé le voile sur les violences que lui a fait subir son ancien compagnon. «Au début, c'était presque parfait», se souvient-elle. La relation a toutefois rapidement changé. Son compagnon s'est éloigné, la menaçant de partir. 

La jeune femme a alors redoublé d'efforts pour ne pas le perdre. «J'y ai mis toute mon énergie. J'ai commencé à laisser mes intérêts de côté». Bon gré, mal gré, l'homme est resté. Mais critiques et accusations ont alors fusé. Des attaques verbales qui ont vite affecté la confiance en soi de la jeune femme. Après un an de relation, le comportement de son partenaire a encore changé. Souffrant du «syndrome du sauveur», Anne a alors fait de son conjoint une priorité, se négligeant elle-même et perdant peu à peu contact avec ses amis.


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«Nous étions ensemble depuis environ un an et demi lorsqu'il a levé la main sur moi pour la première fois», raconte Anne. Ce soir-là, une dispute s'est intensifiée. Se sentant coupable, la jeune fille ne s'en est pas formalisée. «Je n'ai fait qu'empirer les choses», pensait-elle alors.  

Croyant à un «faux pas», Anne a vite trouvé des excuses : elle s'est blessée au basket. «Dans une relation comme celle-là, on apprend à mentir. Vous vous mentez à vous-même, mais vous mentez aussi aux autres.», explique celle qui estime désormais que «si vous essayez de cacher le comportement de votre partenaire, il est déjà trop tard». 

C'est alors le début d'un cercle vicieux. «Les attaques deviennent plus fréquentes, plus brutales», se souvient-elle. Si presque toutes les disputes se terminaient alors par des violences, la jeune femme de 29 ans se souvient néanmoins d'une soirée en particulier. Ce soir-là, «il m'a étranglée. J'ai essayé de résister de toutes mes forces pour le repousser». Malgré ça, Anne a gardé le silence.  


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Accompagnée d'un ami, elle s'est néanmoins rendue à l'hôpital peu après, s'en sortant avec une commotion cérébrale, un nerf douloureux, une entorse au pouce, des bleus et des griffures sur le visage, au cou et sur le haut des bras. C'est alors à ce moment-là qu'elle a décidé de dire la vérité au médecin. 

Si elle a longtemps hésité à porter plainte, Anne s'est finalement rendue à la police. Ce jour-là, c'est un sentiment de soulagement qui l'envahit. Un sentiment qui n'a toutefois pas duré. Quelques mois après l'incident, elle a tenté de retirer les accusations, mais l'affaire a tout de même été portée devant les tribunaux. «Heureusement, au Luxembourg, les affaires que le tribunal considère comme suffisamment graves doivent être traitées - même si la victime a changé d'avis». 


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Lors du procès, Anne a tenté de minimiser ses blessures. Elle a renoncé à l'indemnisation pour la douleur et la souffrance, mais le tribunal a ordonné à son ex-partenaire de suivre une thérapie. Le regard neutre des avocats l'a aidée sur la voie de l'émancipation. Elle est devenue plus indépendante. «A un certain moment, j'ai réalisé qu'il ne me manquait plus. J'avais clos le chapitre», explique-t-elle ajoutant ne pas savoir si elle avait «vraiment connu» celui qui a partagé sa vie pendant plus d'un an et demi. 

S'il est difficilement quantifiable, reste que le Grand-Duché n'est pas épargné par ce phénomène de violences conjugales. Et le confinement instauré en mars n'a pas amélioré la situation, entraînant une légère hausse des violences. De l'ordre de 15%, estimait au printemps Taina Bofferding (LSAP), la ministre de l'Égalité entre les femmes et les hommes.


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Pour rappel, en 2019, la police a dû intervenir 849 fois pour cause de violence domestique. Dans 265 cas, une expulsion a même été prononcée. En tout, la police a recensé 1.337 victimes de violence domestique au Luxembourg, dont 63,6% de femmes. Trois personnes (deux femmes et un homme) sont décédées suite à des violences domestiques. 


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