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Le covid, «terreau idéal» des théories du complot
Luxembourg 3 4 min. 23.07.2021
Pandémie au Luxembourg

Le covid, «terreau idéal» des théories du complot

«La détresse, la dépression ou l'anxiété» amènent certaines personnes à affirmer que le vaccin est «cancérigène» ou comprend «un code génétique avec un adjuvant toxique pour l'homme» quand ce n'est pas une puce 5G...
Pandémie au Luxembourg

Le covid, «terreau idéal» des théories du complot

«La détresse, la dépression ou l'anxiété» amènent certaines personnes à affirmer que le vaccin est «cancérigène» ou comprend «un code génétique avec un adjuvant toxique pour l'homme» quand ce n'est pas une puce 5G...
Photo: Gerry Huberty
Luxembourg 3 4 min. 23.07.2021
Pandémie au Luxembourg

Le covid, «terreau idéal» des théories du complot

Marie DEDEBAN
Marie DEDEBAN
Depuis mars 2020 et l'apparition du covid, une frange de la population réfute en bloc les effets de la pandémie. Un «mécanisme de protection» auquel n'échappe pas le Luxembourg, explique Claus Vögele, professeur en psychologie au sein de l'Uni.

Six mois après son lancement, la campagne vaccinale bat son plein au Luxembourg: avec 669.767 doses de sérum administrées, 309.600 personnes présentent un schéma vaccinal complet. L'engouement ne tarit pas, au vu des inscriptions sur les listes pour recevoir le sérum fabriqué par AstraZeneca ou Johnson&Johnson qui comptabilisaient 781 nouvelles inscriptions au début du mois.

Toutefois, une partie de la population y reste réfractaire, en témoigne la vague d'indignation qu'a suscitée la semaine dernière la condamnation du Dr Benoît Ochs. Le médecin généraliste, exerçant à Gonderange, a récemment été interdit d'exercer pendant un an par ses pairs, pour avoir qualifié la vaccination des 12-15 ans «d'infanticide», et avoir prescrit la controversée hydroxychloroquine à ses patients. Sur les réseaux sociaux et dans la rue, les réactions de soutien au praticien se sont multipliées.

Une adhésion à ces théories controversées qui relève selon Claus Vögele, docteur en psychologie au sein de l'Uni, d'un mécanisme de protection. «Simplifier le monde est un réflexe humain», explique le chef du département des sciences comportementales et cognitives à Belval, ajoutant que celui-ci apporte «soulagement immédiat» face à une situation irrationnelle. En l'occurrence, la lutte contre un ennemi invisible et ses variants, qui évoluent rapidement, plaçant à plusieurs reprises les scientifiques dans l'incertitude.

Voué à permettre à chacun de dépasser des situations difficiles, ce mécanisme peut aussi induire certains individus en erreur. Selon Claus Vögele, les personnes les plus réceptives à ces discours sont notamment issues de milieux socioculturels défavorisés, «perdants des processus politiques».

«Détresse, dépression ou anxiété» peuvent ensuite amener ces individus à affirmer que le vaccin est «cancérigène» ou comprend «un code génétique avec un adjuvant toxique pour l'homme» quand ce n'est pas une puce 5G... 

«Ajoutez à cela des informations contradictoires sur le virus et les vaccins, ainsi qu'un degré décent d'imprévisibilité, et vous avez le terreau idéal pour les théories du complot», détaille l'expert en psychologie. Il n'existe cependant pas de profil type, le professeur de l'Uni citant notamment Donald Trump comme «parfait exemple de créateur de ce genre de doctrines».

Comme lui, les individus adhérant à ces idées ont tendance à classer «toute preuve ne confirmant pas leurs opinions» comme fausse. Ce qui rend le travail des scientifiques et des médias pour déconstruire ces scénarios complotistes très difficile, malgré la rigueur des recherches scientifiques sur le sujet.

Le fait que certains médecins comme Benoît Ochs ou l'épidémiologiste français Didier Raoult défendent publiquement des théories controversées sous l'argument de la liberté d'expression n'arrange pas les choses. S'il ne nie pas le droit de chacun à exprimer ses opinions, Claus Vögele met toutefois en garde: celle-ci a des limites, notamment «lorsqu'elle porte préjudice à autrui».

«En tant que scientifique ou médecin, nous ne devons pas utiliser notre pouvoir, notre statut ou nos connaissances pour faire pencher la balance bénéfice-risque d'un côté ou de l'autre», rappelle le professeur en psychologie. Une notion notamment mentionnée dans le serment d'Hippocrate.

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