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«On n'avait pas besoin de ça au Luxembourg!»
Luxembourg 5 min. 09.06.2015 Cet article est archivé
Débat sur le Référendum

«On n'avait pas besoin de ça au Luxembourg!»

Débat sur le Référendum

«On n'avait pas besoin de ça au Luxembourg!»

Photo:Gerry Huberty
Luxembourg 5 min. 09.06.2015 Cet article est archivé
Débat sur le Référendum

«On n'avait pas besoin de ça au Luxembourg!»

C'est un débat d'analyses d'après Référendum tendu qui s'est joué, mardi à la Chambre des députés. Leader de l'opposition, le CSV a accusé le Premier ministre, Xavier Bettel d'avoir détérioré le climat dans le pays et juge qu'il se retrouve «affaibli» après le triple «non». A quoi le DP répond qu'il «respectera à 100% le vote de l'électeur» qui «ne doit pas être interprété» à ses yeux.

Comme l'a rappelé la cloche du président de la Chambre qui a tinté à plusieurs reprises pour exiger un retour au silence, c'est un débat d'analyses d'après Référendum tendu qui s'est joué, mardi après-midi à la Chambre. Une ambiance devenue nerveuse au point que Xavier Bettel a même -au bout de deux heures trente de débat- lancé un «on ne peut même pas parler ici!» 

Leader de l'opposition, le CSV a accusé le Premier ministre d'avoir détérioré le climat dans le pays et juge qu'il se retrouve «affaibli» après le triple «non». A quoi le DP répond qu'il «respectera à 100% le vote de l'électeur» qui «ne doit pas être interprété» à ses yeux.

«Jamais un gouvernement n'a encore été désavoué d'une telle manière suite à un Référendum!», a balancé Claude Wiseler. Le président de fraction du parti chrétien-social n'a pas réclamé directement la démission du Premier ministre mais c'était tout comme.

La majorité se retrouve «devant un tas de débris»

«Si j'étais à votre place et si j'avais été puni à 80% par la population je sais ce que j'aurais eu à faire. Avec un tel résultat, j'aurais clairement pris mes responsabilités». Claude Wiseler serait allé présenter sa démission au Grand-Duc le lundi matin précisera-t-il.

A quoi Eugène Berger, chef du groupe parlementaire du DP, répondra posément que «pousser le gouvernement à la démission suite au référendum, signifierait clairement qu'on ne pourra plus faire de Référendum. C'est un lien qu'on ne doit pas faire».

Claude Wiseler n'y est pas allé de main morte quant aux dégâts causés, à ses yeux, par le résultat du référendum du 7 juin 2015 au sein de la société luxembourgeoise. En interne «le pays et les gens ont été divisés», il y a eu «un dommage créé entre les communautés» et «vous avez été affaibli» a-t-il lancé en direction du Premier ministre. A l'étranger, «vous avez nui au pays» et «à votre crédibilité».

«A présent le Premier ministre et cette majorité sont devant un tas de débris» et «le pays se retrouve divisé». Et à Claude Wiseler de conclure: «On n'avait pas besoin de ça dans ce pays!»

«Nous n'avons pas fait assez d'efforts pour emmener les gens»

«Après dix-huit mois au pouvoir, la coalition a plus cassé que toutes les générations précédentes n'ont réussi à construire», estime pour sa part Gast Gibéryen de l'ADR. Depuis ce 7 juin «vous n'êtes plus le gouvernement pour le peuple mais contre le peuple!»

«Le pays n'est pas divisé et n'est pas un tas de débris», s'est défendu Xavier Bettel. Le premier ministre reconnaît que «c'était un vote clair et unanime. Nous avons compris le message. Les propositions n'ont pas été acceptées et nous l'acceptons comme tel.»

Fort de notes d'ambassades, il rétorque que «ce n'est pas un message qui nuit au pays ou qui nous place dans une mauvaise lumière».

Xavier Bettel, «ne regrette pas d'avoir organisé un référendum» car la coalition gouvernementale DP-LSAP-Les Verts défend l'idée d'une démocratie participative et parce que le débat autour du référendum a l'avantage d'avoir «créé une dynamique» qui le satisfait.

Mais le Premier ministre a aussi fait un mea culpa quant à la manière de son gouvernement d'avoir abordé le référendum: «Nous avons fait des fautes et n'avons pas fait assez d'efforts pour emmener les gens dès le départ». Il martèle l'importance de pouvoir discuter les controverses, ouvertement. Et non derrière des portes closes.

«C'est une défaite politique»

«Ce triple «non» est décevant, c'est un revers et une défaite politique», a clairement reconnu le chef de fraction du parti socialiste, Alex Bodry, pour qui «ce résultat appartient aux Luxembourgeois qui ont eu la possibilité, trop rare, de donner leur avis, sur des questions politiques» via ce référendum.

Mais «je ne partage pas la vision apocalyptique de l'état du pays. Je n'ai rien vu de ces tensions», répond-il à Claude Wiseler. Pour Alex Bodry, «s'il y a des fissures, il faut les reconnaître» mais, pas de doute, «elles étaient là avant le référendum». Réponse de Claude Wiseler: «Vous verrez ce qui arrivera dans les mois à venir...»

Pour le chef du LSAP à la Chambre, l'électeur «a répondu à trois questions et rien de plus». Sous-entendu ce ne sont ni des partis, ni des personnes qui ont été sanctionnés à travers le vote de dimanche. Une ligne de défense qui reviendra dans le discours des trois fractions gouvernementales.

«Nous avons besoin d'un plan pour un mieux vivre ensemble, une coexistence  paisible et avoir un échange interculturel entre communautés», esquisse Alex Bodry. Mais pour y parvenir «il n'y a pas "une" grande solution mais beaucoup de petites initiatives sur le terrain à mener», comme c'est le cas à Dudelange, exemplifie-t-il.

Davantage de cours gratuits de luxembourgeois

Une autre leçon du référendum, qui apparaît clairement aux yeux de nombre de partis est que l'offre d'apprentissage de la langue luxembourgeoise n'est pas adaptée. «Nous devons proposer plus de cours et des cours plus adaptés aux étrangers», résume Alex Bodry. 

L'ennui c'est que «pour apprendre une langue il faut beaucoup d'énergie» et il faut  donner les moyens aux gens de le faire, explique David Wagner de Déi Lénk. Avant de rappeler le rôle de précurseur de l'ASTI dans ce domaine précisément.

Il faut, aux yeux de l'ADR, «investir dans la langue avant tout. Nous devons offrir des cours gratuits à l'échelle de tout le  pays et y investir massivement», propose Gast Gibéryen. Il note au passage qu'au vu de la clarté des votes exprimés, les trois thèmes abordés au référendum de dimanche, «doivent définitivement sortir de notre débat politique».

Mais alors «d'où vient l'insatisfaction? Une moitié a le droit de vote, l'autre non. Le problème reste entier à nos yeux», glisse David Wagner.

Maurice Fick





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