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Où résident exactement les frontaliers du Luxembourg ?
Luxembourg 6 min. 24.09.2019

Où résident exactement les frontaliers du Luxembourg ?

Où résident exactement les frontaliers du Luxembourg ?

Luxembourg 6 min. 24.09.2019

Où résident exactement les frontaliers du Luxembourg ?

Nécessaires au fonctionnement de l'économie, les salariés qui franchissent quotidiennement la frontière pour se rendre sur leur lieu de travail habitent majoritairement dans un rayon de 30 km autour du pays. Des zones densément peuplées et amenées à l'être encore plus.

Jean-Michel Hennebert avec Mariella de Crouy Chanel - Véritable moteur économique de la Grande Région, le Luxembourg attirait pas moins de 198.125 frontaliers au premier trimestre 2019. Soit 45% de la population active. Tendance à la hausse au cours des dernières décennies, puisque les salariés résidant hors du pays ne représentaient que 33% de la population active au premier trimestre 1999. 

Composée principalement d'Allemands, de Belges, de Français - mais aussi de Luxembourgeois -, cette population de salariés se caractérise avant tout par un profil hétérogène, résultat des attentes des différents secteurs d'activité luxembourgeois. Que ce soit ceux de la place financière, des commerces ou bien encore de la construction.

Seul véritable point commun: la localisation de leur lieu de résidence, située majoritairement dans un rayon de 30 kilomètres autour des frontières, le long des principaux axes routiers, selon les données recensées par le Centre commun de la sécurité sociale (CCSS). Côté français, principal pays d'origine des frontaliers en 2019, les plus fortes concentrations s'observent non seulement aux abords directs des frontières, mais aussi le long de l'A31, parfois au-delà de Metz. En Belgique, la densité la plus importante est relevée dans les environs directs d'Arlon, tandis que Trèves et sa région apparaît comme le véritable épicentre de résidence des frontaliers allemands.

Répartis dans 903 communes lorraines, les quelque 104.000 frontaliers vivant en France se retrouvent majoritairement dans les principales agglomérations du sillon lorrain. Thionville en tête. Avec 8.140 frontaliers officiellement recensés au premier trimestre 2019, la commune enregistre une progression de 35% de cette partie de la population au cours de la décennie écoulée. Au total, l'agglomération nord-mosellane héberge pas moins de 20.000 personnes, soit un cinquième des salariés français enregistrés auprès du CCSS . Avec toutes les difficultés de mobilité et de logement directement liées à cette situation de cités-dortoirs.

Si Metz - et dans une moindre mesure Longwy et Villerupt - ont également vu leur population de frontaliers croître entre 2009 et 2019, l'attrait pour les communes rurales reste également vivace. 25% des salariés du Grand-Duché vivant en France ont ainsi fait le choix de vivre dans des zones plus éloignées des grands axes de circulation, dans des villages où le nombre de frontaliers ne dépasse pas les 250.

Globalement, sur les communes lorraines recensées par le CCSS, la tendance observée au cours de la décennie écoulée va à la hausse puisque sur les 771 communes possédant des données complètes au début 2019, 544 ont vu leur population frontalière augmenter et 208 rester stable. Seules 19 d'entre elles ont officiellement enregistré un recul. A noter enfin que le CCSS fait état de certains cas spécifiques, puisqu'au premier trimestre 2019, elle fait état de 180 personnes officiellement résidentes à Paris et 90 salariés possédant une adresse à Strasbourg. Des cas qui peuvent être associés à des salariés détachés ou à des «frontaliers administratifs», ces salariés ayant gardé une résidence dans leur pays d'origine pour le week-end mais résident de fait au Luxembourg en semaine.

Les 47.170 frontaliers vivant en Belgique se concentrent pour leur part dans quelque 450 communes, situées principalement le long des frontières. Avec comme épicentre Arlon et ses environs. A elle seule, la zone comprise entre Attert et Aubange héberge pas moins de 16.300 frontaliers, selon les données du CCSS. Soit près de 45% de l'ensemble. Entre 2009 et 2019, Arlon a ainsi gagné pas moins de 1.720 résidents passant leurs journées au Luxembourg, contre 1.220 pour Aubange ou 370 pour Attert. 

Le reste de la population se retrouve dispersé dans le reste de la Province de Luxembourg - Bastogne a gagné 560 frontaliers au cours de la décennie écoulée, contre 420 pour Saint-Vith -, mais également en Province de Liège, en Province de Namur ou bien encore dans le Hainaut.  Comme du côté français, les communes belges proches du Grand-Duché enregistrent globalement une progression du nombre de frontaliers au cours des dix dernières années, seule une trentaine d'entre elles voyant cette population reculer.

A noter enfin que certaines communes situées à 200 kilomètres du Grand-Duché, comme Charleroi ou Wavre, hébergent officiellement plusieurs dizaines de salariés travaillant pour une entreprise installée sur le territoire grand-ducal.

L'Allemagne enfin hébergeait, au premier trimestre 2019, pas moins de 46.863 frontaliers sur son sol. Dans quelque 670 communes implantées dans les Länder de Rhénanie-Palatinat et de Sarre. Si Trèves et ses environs constituent le principal lieu de résidence avec pas moins de 12.500 salariés du Grand-Duché, des centres secondaires émergent nettement. 

Que ces derniers soient situés le long de l'A8, autoroute qui relie Särrebrucken à Schengen, ou dans les environs de Bitburg. La ville connue pour son usine de bière abritait, au premier trimestre 2019, ainsi pas moins de 1.150 frontaliers, tandis que Särrebrucken en possédait 420, contre 1.870 pour Mertzig ou 1.540 pour Mettlach. Des communes situées dans un rayon de 30 kilomètres, voire un peu au-delà, de Schengen.

Comme en Belgique et en France, la tendance observée au cours des dix dernières années est à la hausse.

Si le phénomène frontalier touche bien d'autres pays en Europe, comme la Suisse ou l'Allemagne, il se caractérise dans le pays par une croissance annuelle non négligeable. A savoir 3,9% en 2017 et 4,5% en 2018, selon les données les plus récentes du Statec. Une tendance qui, sauf crise économique majeure, devrait se poursuivre au cours des décennies à venir, selon les différentes projections actuelles. 

Pour l'UEL, ce nombre devrait atteindre la barre des 580.000 personnes en 2040, alors que la fondation Idea table, elle, sur des scénarios variant entre 600.000 et 800.000 personnes à l'horizon 2060. Soit le triple, voire le quadruple de la situation actuelle. Des hypothèses de travail qui seraient alors synonymes non seulement de pression supplémentaire sur des territoires parfois déjà densément peuplés mais aussi d'opportunité pour mettre en place une gestion coordonnée, de part et d'autre des frontières, de l'aménagement du territoire. Celui de la Grande Région.


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