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Nouvelle loi sur les psychothérapeutes: Les psychanalystes, bientôt en prison?
Luxembourg 5 min. 25.02.2015

Nouvelle loi sur les psychothérapeutes: Les psychanalystes, bientôt en prison?

Nouvelle loi sur les psychothérapeutes: Les psychanalystes, bientôt en prison?

Photo: Shutterstock
Luxembourg 5 min. 25.02.2015

Nouvelle loi sur les psychothérapeutes: Les psychanalystes, bientôt en prison?

La nouvelle loi sur les psychothérapeutes met-elle les psychanalystes à mal en les inscrivant dans une insécurité juridique et en marginalisant leurs pratiques? Jean-Claude Schotte, psychanalyste et président de la Société Psychanalityque du Luxembourg (SPL) dresse un état des lieux des plus pessimistes.

PAR VIRGINIE ORLANDI

La nouvelle loi sur les psychothérapeutes met-elle les psychanalystes à mal en les inscrivant dans une insécurité juridique et en marginalisant leurs pratiques? Jean-Claude Schotte, psychanalyste et président de la Société Psychanalityque du Luxembourg (SPL) dresse un état des lieux des plus pessimistes.

La nouvelle loi sur les psychothérapeutes qui va être votée dans les prochains mois, devrait changer le paysage de la psychothérapie au Luxembourg en cadrant exactement la pratique de celle-ci tant au niveau de la formation, des techniques utilisées que de la déontologie.

Son exercice sera réglementé aux seuls thérapeutes possédant "un master en psychologie clinique ainsi qu'une pratique clinique d’au moins 500 heures dans le champ de la psychopathologie supervisée par un psychothérapeute, effectuée dans un établissement hospitalier doté d’un service de psychiatrie (...) comprenant la documentation d’au moins 10 cas supervisés dans le cadre de la formation“.

Un projet de loi qui n'est pas sans poser question aux psychanalystes qui estimaient jusque là que "le discours ministériel et politique a toujours exprimé sa bienveillance à l'égard de la psychanalyse" mais qui s'inquiètent aujourd'hui pour leur profession: 

"Cette nouvelle loi ne nous offre aucune place et risque de faire disparaître la psychanalyse du Luxembourg. Il ne faut surtout pas croire que les analysants viennent nous voir pour le pur plaisir d’une exploration plutôt intellectualiste de leur vie, sans qu’ils y soient personnellement engagés. La plupart viennent parce que cela fait mal quelque part", explique Jean-Claude Schotte, psychanalyste depuis 12 ans et président de la  Société Psychanalityque du Luxembourg (SPL).

Qu'ils soient Freudiens, Lacaniens ou Jungiens, les psychanalystes luxembourgeois redoutent cette nouvelle loi car elle marginalise leur pratique et les met dans une insécurité juridique. Le projet de loi cadre de manière plus stricte l'exercice de la psychothérapie et prévoit des amendes allant jusqu'à 100.000 euros et des peines d'emprisonnement de six mois à un an.

"Avec cette nouvelle loi, nous ne remplissons plus les conditions de formation et nous sommes considérés comme exerçant illégalement la psychothérapie", poursuit le psychanalyste, "Il ne nous reste qu'à ôter nos plaques de nos portes si on ne veut pas avoir de problème".

A-t-on créé un monopole?

D'après le projet de loi luxembourgeois, seuls les médecins et les psychologues ayant reçu la formation pourront exercer la psychothérapie. Or, dans d'autres pays européens, les autorités ont réfléchi un peu différemment à l'image de la France où l'exercice de la psychanalyse est légal, il existe même un master en psychanalyse à Paris VIII et Montpellier.

D'après l'article 1, les professionnels peuvent exercer de deux manières: soit ils sont reconnus psychothérapeutes et "traitent les troubles mentaux chez l'adulte, l'adolescent et l'enfant", soit ils ne sont pas reconnus par les autorités compétentes et ils ne peuvent assurer un "accompagnement sous forme d'aide psychologique visant à faire face aux difficultés courantes ou d'un rapport de conseils ou de soutien".

Pour Jean-Claude Schotte, il s'agit d'un non-sens qui détourne son métier de sa fonction première: soigner: "Réduire le métier de psychanalyste à de l'accompagnement revient à dire que nous n'avons aucune légitimité à soigner un patient et que ceci est exclusivement réservé au corps médical ou aux universitaires", déclare-t-il, "une rupture amoureuse peut être "une difficulté courante" mais si elle cache autre chose, quelque chose de plus profond et qui se réveille pendant le travail, le psychanalyste doit-il abandonner son patient et l'envoyer répondre aux questionnaires des psychologues ou continuer à soigner son patient au risque de se voir taxer "d'exercer illégalement la psychothérapie"?"

"On ne veut pas un remboursement de la CNS mais un espace"

Pour l'instant, seules les personnes consultant un psychiatre voient leurs factures remboursées par la Caisse Nationale de Santé (CNS). Avec la nouvelle loi, les patients des psychologues et médecins ayant reçus la formation, pourront percevoir un remboursement dont on ne connait pas encore le montant

A l'heure actuelle, une consultation chez un psychothérapeute coûte entre 80 et 150 euros et chez un psychanalyste au maximum 60 euros: "On ne veut pas un remboursement de la CNS", précise Jean-Claude Schotte "mais un espace où exercer."

Vivre et laisser vivre

Les psychologues et les psychanalystes ne procèdent pas de la même manière et face à la pluralité des maladies, les psychanalyses estiment qu'il faut une pluralité des soins en psychothérapie.

"Chez nous, les analysants ne font pas la théorie de leur vie", note Jean-Claude Schotte, "Il vaut mieux qu’ils la vivent et qu’ils en parlent, sans censure, sans questionnaire établi depuis l’extérieur. L'objectif d'une analyse, c'est de pouvoir lâcher prise avec ce qui bloquait afin de retrouver sa liberté".

En somme, vivre et laisser vivre... à l'image de ce que demandent les psychanalystes pour leur profession.


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