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«Nous sommes presque à la fin de l'épidémie de grippe»
Luxembourg 5 min. 03.05.2022 Cet article est archivé
Joël Mossong

«Nous sommes presque à la fin de l'épidémie de grippe»

Joël Mossong: «Il faut distinguer l'agent pathogène qui est le virus de la grippe et les symptômes qui causent ce qu'on appelle l'état grippal.»
Joël Mossong

«Nous sommes presque à la fin de l'épidémie de grippe»

Joël Mossong: «Il faut distinguer l'agent pathogène qui est le virus de la grippe et les symptômes qui causent ce qu'on appelle l'état grippal.»
Photo d'archives: DR/Joël Mossong
Luxembourg 5 min. 03.05.2022 Cet article est archivé
Joël Mossong

«Nous sommes presque à la fin de l'épidémie de grippe»

Megane KAMBALA
Megane KAMBALA
Epidémiologiste au sein de la direction de la Santé, Joël Mossong est spécialiste de la propagation des virus. Il explique pourquoi cette année l'épidémie a été aussi tardive au Grand-Duché et sur l'importance générale de la vaccination.

L'épidémiologiste Joël Mossong fait le point sur les cas de grippe survenus tard dans l'année et sa vision pour les mesures à conserver ou non dans les mois à venir.


ARCHIV - 11.09.2021, Berlin: ILLUSTRATION - Ein Fieberthermometer, Nasenspray und eine Tasse Tee stehen vor einem Bett, in dem ein Kind mit Kuscheltier sitzt und auf ein Tablet schaut. Kleine Kinder sind oft krank. Das liegt aber nicht daran, dass ihr Immunsystem nicht gut ist, im Gegenteil: Es ist in Topform und arbeitet auf Hochtouren. (Zu dpa «Immunsystem von Kindern ist stärker als oft vermutet») Foto: Annette Riedl/dpa +++ dpa-Bildfunk +++
Le Luxembourg quasi épargné par le virus de la grippe
Depuis que le coronavirus a atteint le Luxembourg, la saison de la grippe n'a pour le moment pas encore vraiment eu lieu. Le Dr Jean-Paul Schwartz explique pourquoi.

Monsieur Mossong, pourquoi un tel décalage par rapport à la période habituelle pour l'épidémie de grippe?

«C'est très probablement dû au fait qu'il y avait encore pas mal de mesures en place qui ont entravé la transmission à la fois du covid et de la grippe.

Beaucoup de personnes ont porté le masque pendant l'hiver, sans oublier la distanciation sociale qui s'est installée depuis deux ans. Les gens ont évité beaucoup d'activités et de sorties car ils avaient peur de tomber malades.

Cet ensemble de facteurs a fait que le virus ne s'est pas transmis comme avant la pandémie. La transmission de la grippe est donc venue beaucoup plus tard. Elle a d'ailleurs commencé au moment de la levée des restrictions de précaution mises en place contre le covid dans pas mal de pays, dont le Luxembourg.

A quel stade se trouve donc l'épidémie actuellement?

«Après une première vague ayant débuté fin février-début mars et un pic épidémique de 1.200 cas par semaine autour du 20 mars, le nombre de cas baisse depuis les deux dernières semaines d'avril. Nous sommes maintenant à environ 420-480 cas par semaine, ce qui signifie que nous sommes presque à la fin de l'épidémie de grippe.

Est-ce qu'il y a déjà eu des précédents, des périodes non habituelles pour des cas de grippe? 

«Non, c'est vraiment la première fois qu'une épidémie commence si tard au Grand-Duché, sans oublier que l'an dernier, il n'y a pas eu de cas sur la période habituelle, ce qui était tout autant une première. Pour 2022, une flambée de cas a débuté au mois de mars, du jamais-vu puisque cela doit normalement survenir au mois de février.

On parle souvent d'une différence entre la grippe et l'état grippal. Quelle est-elle justement?

«Il faut distinguer l'agent pathogène qui est le virus de la grippe et les symptômes qui causent ce qu'on appelle l'état grippal.

La différence fondamentale entre les deux est bien sûr l'intensité des symptômes. Dans le cas d'une grippe, on observe une très forte fièvre au-dessus de 39 degrés qui vient très rapidement, des symptômes respiratoires, une toux sèche, et surtout le fait de devoir rester au lit.

La grippe se transmet plus facilement quand on est jeune et les enfants ont peu d'immunité pendant les premières années de leur vie.

Joël Mossong, épidémiologiste à la direction de la Santé

L'état grippal peut durer plusieurs jours mais d'une façon plus modérée qui n'empêche pas de rester debout et de mener des activités.

Quels sont les principaux vecteurs?

«Ce sont exactement les mêmes que pour le covid: par voie aérienne et par contacts proches. Cette année, ce sont principalement les enfants du fondamental qui ont été touchés.

Ce qui est logique et normal, car la grippe se transmet plus facilement quand on est jeune. Les enfants ont peu d'immunité pendant les premières années de leur vie et attraper la gripper participe alors à renforcer leur système immunitaire.

Les gens se sont-ils fait plus vacciner que d'habitude cette année? 

«Je ne dispose pas des chiffres précis pour le Luxembourg, mais j'ai lu les données de vaccination en France qui sont très similaires. Le taux de vaccination contre la grippe est très élevé cette année par rapport à l'avant-pandémie, mais paradoxalement moins élevé que pour l'année 2021 qui a bénéficié de campagnes de vaccination simultanées pour le covid et la grippe.

Mais il ne faut vraiment pas oublier que le but des vaccins est vraiment de prévenir et que cela reste toujours d'actualité.

Joël Mossong, épidémiologiste à la direction de la Santé

Ce qui explique pourquoi l'impact est actuellement très limité chez les personnes âgées, puisqu'une surmortalité en raison de la grippe n'a pas été constatée cette année chez cette tranche de population. La vaccination de l'année dernière a en quelque sorte 'amorti' le choc. D'ordinaire, on observe toujours 3 ou 4 semaines de surmortalité en raison d'une flambée de cas.

Une preuve encore s'il en fallait une que la vaccination a bien des vertus. Un sujet qui remonte encore un peu plus en surface suite aux cas d'hépatite inconnue sévissant chez les enfants...

«Il faut selon moi suivre les recommandations de vaccination dans tous les cas. Pour ce qui relève de ces hépatites nouvellement découvertes, les causes n'ont pas encore été identifiées, nous attendons de voir ce que les spécialistes vont trouver. 


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Mais il ne faut vraiment pas oublier que le but des vaccins est vraiment de prévenir et que cela reste toujours d'actualité, il est bon de veiller à être à jour. On constate que certaines maladies reviennent comme avant le covid à l'instar de la rougeole, il faut continuer à s'en prémunir!

Comment envisagez-vous la suite des opérations par rapport au climat actuel? 

«Je dirais que cela dépend de la vulnérabilité de chacun. Certains gestes barrières que nous avons instaurés sont utiles, mais il faut voir comment ils vont perdurer dans le temps. Actuellement, quand on ne se sent pas bien, rien n'empêche de porter un masque par précaution.

Dorénavant, ce n'est ni bien ni mal de porter ou de ne pas porter un masque, il convient d'accepter et respecter les choix de chacun pour se protéger ou protéger les autres. Le masque sera selon moi encore là pendant quelques mois.

Etes-vous justement pour une démocratisation des masques?

«Je préconiserais plutôt de mesurer les bénéfices et les coûts selon chaque situation. Même le port du masque ne résout pas tout, il n'a pas toujours été là, il doit bien y avoir une raison... Il ne faut pas prendre des précautions juste pour en prendre, il faut vraiment que ce soit utile. C'est une chose qu'on déterminera dans les mois à venir.»

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