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«Nous ne sommes pas dans la même situation qu'avec le covid»
Luxembourg 8 min. 25.05.2022
Le Dr Schockmel évoque la variole du singe

«Nous ne sommes pas dans la même situation qu'avec le covid»

«Je pense que l'on n'aura pas d'épidémie comme celle que nous avons vécue avec le covid-19», insiste le Dr Gérard Schockmel.
Le Dr Schockmel évoque la variole du singe

«Nous ne sommes pas dans la même situation qu'avec le covid»

«Je pense que l'on n'aura pas d'épidémie comme celle que nous avons vécue avec le covid-19», insiste le Dr Gérard Schockmel.
Photo: Gerry Huberty
Luxembourg 8 min. 25.05.2022
Le Dr Schockmel évoque la variole du singe

«Nous ne sommes pas dans la même situation qu'avec le covid»

Simon MARTIN
Simon MARTIN
Le Dr Gérard Schockmel, médecin spécialiste en maladies infectieuses aux Hôpitaux Robert Schuman et expert auprès de l'Agence européenne du médicament, évoque la propagation de la variole du singe.

Le monde entier retient son souffle face à la propagation actuelle du virus de la variole du singe. Plusieurs cas sont recensés un peu partout en Europe, y compris dans des pays frontaliers du Luxembourg. De quoi faire craindre une nouvelle épidémie alors que le covid-19 vient tout juste de nous accorder du répit. Pour le Dr Gérard Schockmel, médecin spécialiste en maladies infectieuses aux Hôpitaux Robert Schuman et expert auprès de l'Agence européenne du médicament, les deux virus sont fort différents. S'il ne néglige pas une possible propagation du virus au Grand-Duché, il assure que nous ne sommes pas démunis face à ce danger émergent. 

Dr Gérard Schockmel, depuis plusieurs jours maintenant, la variole du singe ne cesse de faire parler d'elle. Que sait-on réellement de ce virus?

Gérard Schockmel: «Sur son origine tout d'abord, il faut savoir qu'en réalité, ce n'est pas le singe qui est le réservoir animal de ce virus. Tout comme l'homme, le singe est infecté accidentellement par d'autres réservoirs comme les petits rongeurs que sont les souris, les rats, les écureuils ou d'autres petits mammifères. On sait ensuite que, chez nous, la variole est éradiquée depuis 1980 grâce à la vaccination.


20.05.2022, Baden-Württemberg, Stuttgart: Eine Narbe einer Pockenimpfung ist an einem Oberarm sichtbar. Die Pocken zählten lange zu den gefährlichsten Krankheiten überhaupt für den Menschen. Impfstoffe brachten die Rettung, seit 1980 gilt die Welt als pockenfrei. Inzwischen werden aus immer mehr Ländern Nachweise und Verdachtsfälle von Affenpocken gemeldet. Eine zugelassene Impfung speziell gegen Affenpocken gibt es nicht. Historischen Daten zufolge schützt aber eine Pockenimpfung gut vor Affenpocken - und das wohl lebenslang. Foto: Bernd Weißbrod/dpa +++ dpa-Bildfunk +++
La variole du singe continuera à se propager selon l'OMS
Les voies d'infection doivent être retracées et les personnes infectées isolées. Mais les experts estiment qu'il n'y a pas de risque de nouvelle pandémie.

Une fois la personne contaminée, le temps d'incubation peut varier de deux à trois semaines. Pendant cette période, les premiers symptômes apparaissent généralement: fièvre, fatigue, frissons, maux de tête et douleurs musculaires. Les ganglions enflammés sont un autre symptôme caractéristique. Viennent ensuite les éruptions cutanées typiques de la variole, on peut voir apparaître sur un seul patient des centaines d'éruptions cutanées. Les taches rouges, qui se manifestent d'abord sur le visage, puis sur tout le corps, se transforment en pustules qui finissent par éclater et deviennent des croutes. 

La variole du singe est beaucoup moins transmissible que le covid.

Dr Gérard Schockmel, médecin spécialiste en maladies infectieuses aux Hôpitaux Robert Schuman

En fait, ce sont ces pustules qui sont contagieuses et qui peuvent donc conduire à la transmission dans le cadre d'un contact direct de peau à peau. Mais le virus peut également se transmettre par voie indirecte. Par exemple, dormir dans le lit d'une personne contaminée est très risqué, car les pustules s'effritent et peuvent infecter d'autres personnes.  Il existe aussi une transmission par gouttelettes, mais de ce point de vue-là, la variole du singe est beaucoup moins transmissible que le covid.

Quels sont les publics les plus à risques?

«Tout dépend du rapport que l'on pourrait entretenir avec une personne contaminée. Forcément, dans le cadre de relations intimes, le risque est plus grand. Mais d'une manière générale, une personne contaminée dans un ménage peut également transmettre le virus à son entourage, via les gouttelettes. Je pense aussi aux professionnels de santé qui ont quand même des contacts étroits avec les patients, et ce, malgré toutes les précautions prises. Mais forcément, les personnes les plus ''à risque'' sont les personnes immunodéprimées ainsi que les enfants et les femmes enceintes. 

Et qu'en est-il du point de vue de la létalité du virus? 

«Cela dépend. Il existe une certaine famille de virus en Afrique centrale et une autre en Afrique de l'Ouest qui ont un taux de mortalité différent. On estime dans nos contrées que le taux de mortalité se situe entre 3 et 6%.


Scientist chemist in protective anti-plague suit looking through microscope in laboratory. Scientific research on coronavirus infection concept
Plusieurs cas de variole du singe détectés en Europe
Plusieurs dizaines de cas suspects ou confirmés de variole du singe ont été détectés depuis début mai en Europe et en Amérique du Nord, laissant craindre un début de propagation de cette maladie endémique en Afrique de l'Ouest.

Des traitements existent-ils déjà contre la variole du singe?

«D'abord, il y a le vaccin contre la variole. Si le vaccin original qui est basé sur la vaccine (aussi appelée variole de la vache, NDLR) n'existe plus, un autre vaccin nouvelle génération a vu le jour aux Etats-Unis. Pourquoi aux USA? Tout simplement parce qu'ils considèrent la variole comme une arme biologique. On possède également, depuis quelques années, un autre vaccin spécialement dédié contre la variole du singe. Il y a par ailleurs des médications utilisées généralement contre l'hépatite C, mais qui ont démontré une certaine efficacité contre la variole du singe. Mais il existe aussi un traitement médicamenteux qui a pu voir le jour spécialement contre la variole du singe. Bref, nous ne sommes pas démunis et les armes à notre disposition ne manquent pas.  

Nous ne sommes pas démunis face à la variole du singe et les armes à notre disposition ne manquent pas.

Dr Gérard Schockmel, médecin spécialiste en maladies infectieuses aux Hôpitaux Robert Schuman

Le Luxembourg doit-il s'inquiéter de la propagation de la variole du singe un peu partout en Europe et y compris dans des pays frontaliers comme en Belgique ou en France?

«Je pense qu'il faut être très vigilant chez nous, au Luxembourg. Pourquoi? Car il y a maintenant plus de 50 cas qui ont été confirmés au Royaume-Uni. Il y a aussi des cas à Lisbonne et à Madrid. Bref, ce virus est déjà en circulation depuis un moment. Et puis, on se rend compte que les premiers cas au Royaume-Uni étaient importés du Nigeria, tandis que, désormais, les nouveaux cas ne semblent pas avoir de lien avec des récents voyages en Afrique. Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives, mais on a tendance à voir que le virus se transmet davantage chez des personnes qui ont des contacts sexuels multiples ainsi que chez les personnes homosexuelles et bisexuelles. Mais cela reste à confirmer, car il ne s'agit pas de stigmatiser ces groupes de personnes. 


Die Krankheit äußert sich durch grippeähnliche Symptome und Hautausschläge.
Le risque d'une vaste contagion est «très faible»
Au total, 85 cas de variole du singe ont été recensés jusqu'ici dans huit pays de l'UE

Aucun cas n'a jusqu'ici été recensé au Grand-Duché, pensez-vous que le Luxembourg est capable de contenir une possible épidémie?

«Je pense que l'on n'aura pas d'épidémie comme celle que nous avons vécue avec le covid-19. Ce dernier étant particulièrement transmissible, on n'est pas du tout dans le même cas de figure. Cela dit, empêcher le virus de pénétrer le Luxembourg sera difficile dans le sens où il y a un flux constant de personnes qui arrivent et qui partent du Grand-Duché. Nous avons un échange intense avec le monde entier, et forcément, les contacts sont nombreux. Si le risque de transmission par des contacts conventionnels est faible, le risque zéro n'existe toutefois pas, d'autant qu'une personne peut transmettre le virus lors de la période d'incubation. Et puis, lors de la détection d'un cas, il faut pouvoir isoler le cas, et s'affairer à réaliser le «tracing» de celle-ci, en entrant en contact avec toutes les personnes que le patient a pu croiser, comme on a su le faire avec le covid. De ce point de vue là, nous sommes d'ailleurs prêts à gérer de possibles cas.

Et la vaccination? Ne représenterait-elle pas la solution pour endiguer la propagation du virus?

«Comme expliqué plus tôt, il existe effectivement un vaccin spécifique contre la variole du singe. Si nous sommes en face d'une personne contaminée, on pourrait tout à fait imaginer une vaccination des cas contact, c'est ce qu'on appelle la ''vaccination en anneau''. Cela a du sens, puisque le temps d'incubation du virus est très long, entre deux et trois semaines. Mais s'il y a une prise en charge rapide, les cas contact pourraient être protégés. C'est quelque chose qui est tout à fait possible. 

Si nous sommes en face d'une personne contaminée, on pourrait tout à fait imaginer une vaccination des cas contact, c'est ce qu'on appelle la ''vaccination en anneau''.

Dr Gérard Schockmel, médecin spécialiste en maladies infectieuses aux Hôpitaux Robert Schuman

D'autant plus que le vaccin contre la variole est plus ou moins efficace contre la variole du singe...

«Effectivement, il est même très efficace. On estime que le vaccin contre la variole est efficace à 85 % contre l'actuelle variole du singe. Et comme je l'ai déjà mentionné, il existe un vaccin dédié spécifique depuis quelques années justement. Ceux-ci ne sont juste plus administrés depuis 1980 vu que la variole était considérée comme éradiquée. J'avais moi-même été vacciné contre la variole, mais comme c'est le cas pour chaque vaccin, son efficacité s'estompe au fil des années. 


HANDOUT - 20.05.2022, München: Eine Frau arbeitet im Institut für Mikrobiologie der Bundeswehr in München (Bestmögliche Bildqualität). Das Institut hat auch erstmals in Deutschland bei einem Patienten das Affenpockenvirus zweifelsfrei nachgewiesen. (zu dpa «Erstmals Affenpocken-Infektion in Deutschland nachgewiesen») Foto: Martin Bühler/Bundeswehr/dpa - ACHTUNG: Nur zur redaktionellen Verwendung im Zusammenhang mit der aktuellen Berichterstattung und nur mit vollständiger Nennung des vorstehenden Credits +++ dpa-Bildfunk +++
Le ministère de la Santé appelle à la vigilance
Ce samedi, le ministère de la Santé indique qu'aucun cas de variole du singe n'a, pour le moment, pas été confirmé au Luxembourg, alors que des cas ont été détectés en France et en Belgique.

Le Luxembourg dispose-t-il de stock de vaccins contre la variole afin de réagir en cas de multiplication de cas?

«Difficile à dire mais des pays comme les États-Unis disposent d'un stock conséquent de vaccins et de médicaments dans le but de vacciner la population au cas où le virus serait utilisé comme une arme biologique par un autre pays, ou s'il venait à se répandre suite à une fuite d'un laboratoire. Chez nous, l'idée n'est clairement pas de vacciner toute la population, mais plutôt vacciner de manière un peu plus ciblée. Et dans l'éventualité où la variole du singe venait à se répandre davantage, les États-Unis pourraient servir beaucoup de pays si cette politique de vaccination des cas contact venait à se démocratiser. Nous ne serons pas le premier pays à appliquer une telle politique (déjà en discussion aux USA, NDLR) mais je pense que c'est une perspective qui est réaliste.

Quel est votre message à la population?

«Il ne faut pas céder à la panique, car des moyens sont à notre disposition pour lutter contre la variole du singe. Je pense que chacun connait ses habitudes par rapport à ses contacts rapprochés et ses contacts intimes. Ensuite, le risque par infection respiratoire reste quand même faible.»

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