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«Nous ne pouvons pas mettre une famille à la rue»
Luxembourg 3 6 min. 22.05.2022
Expulsion pour cause d'occupation personnelle

«Nous ne pouvons pas mettre une famille à la rue»

Une dernière photo de famille devant leur "encore maison" : depuis deux ans, la famille Berkhli de Pétange est à la recherche d'un logement - sans succès jusqu'à présent.
Expulsion pour cause d'occupation personnelle

«Nous ne pouvons pas mettre une famille à la rue»

Une dernière photo de famille devant leur "encore maison" : depuis deux ans, la famille Berkhli de Pétange est à la recherche d'un logement - sans succès jusqu'à présent.
Photo: Guy Jallay
Luxembourg 3 6 min. 22.05.2022
Expulsion pour cause d'occupation personnelle

«Nous ne pouvons pas mettre une famille à la rue»

Franziska JÄGER
Franziska JÄGER
Une famille de six personnes de Pétange doit quitter lundi la maison dans laquelle elle vit depuis sept ans. Elle n'a pas de nouveau logement.

Une famille nombreuse à faibles revenus au Luxembourg, pour laquelle personne ne se sent responsable : l'histoire de la famille Berkhli, dans une situation quasiment sans issue, qui cherche un logement depuis deux ans et qui entend toujours la même réponse : «Nous ne pouvons rien faire pour des cas comme vous». 


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Depuis des mois, Céline Berkhli n'arrive pas à dormir correctement, car elle ne sait pas comment les choses vont évoluer pour elle et sa famille. Elle se demande : «Qu'y a-t-il de si spécial dans notre cas?» Et répond aussitôt elle-même : «Peut-être que d'autres locataires n'ont pas quatre enfants, sont au chômage ou portent le voile». 

Céline Berkhli vit avec son mari Youssef et leurs quatre enfants Maryam (22 mois), Dounia (5 ans), Yassine (9 ans) et Doha (10 ans) en location depuis sept ans dans une maison individuelle à Pétange. La maison, située au bout de la rue Belair, se trouve dans un quartier résidentiel bien entretenu, la forêt est à quelques pas et les enfants passent beaucoup de temps dehors.

Depuis deux ans, la famille Berkhli de Pétange cherche un nouveau foyer.
Depuis deux ans, la famille Berkhli de Pétange cherche un nouveau foyer.
Photo: Guy Jallay

Céline est belge et s'est convertie à l'islam il y a trois ans, son mari a des origines marocaines et a grandi à Montpellier. La famille élargie voulait rester au Luxembourg, leurs enfants vont à l'école ici, parlent le luxembourgeois et le français, ils sont bien intégrés.  

Résiliation pour cause d'occupation personnelle

Mais depuis 2020, tout a changé : après que le propriétaire a vendu la maison, la nouvelle propriétaire résilie le bail de la famille en août : besoin personnel. La même année arrive aussi le covid. Youssef, électricien de formation, perd son emploi à durée indéterminée dans une usine de papier après un arrêt maladie de plusieurs mois. Céline se retrouve à l'hôpital après un accident de cheval. Le moral est au plus bas. Cette assistante sociale de formation n'a jamais travaillé au Luxembourg. Elle s'occupait des enfants, il ramenait l'argent à la maison. 3.000 euros nets et d'autres allocations familiales suffisaient à payer les 1.200 euros de loyer et à joindre les deux bouts dans une certaine mesure.  

Youssef dit que le covid, sa maladie, la perte de son travail et la résiliation de son bail l'ont rendu morose. Céline s'efforce de trouver du travail. «Mais comment faire pour nourrir une famille avec 1.500 euros à plein temps ?», demande-t-elle. Car l'un d'eux doit rester à la maison, la petite Maryam n'a pas de place dans une crèche. «Parce que je n'ai pas d'activité professionnelle», dit Céline. Un cercle vicieux.

Entre-temps, la propriétaire de la maison fait monter la pression : au lieu d'un loyer de 1.200 euros, elle avait essayé de demander 2.250 euros en juillet 2021. Impossible pour les Berkhli. Pour Youssef, c'est un indice de plus que les propriétaires «veulent juste que la famille quitte la maison».

La recherche d'un nouveau logement de deux ou trois pièces se solde toujours par des refus. Les 5.000 euros de Revis et d'allocations de chômage dont dispose actuellement la famille ne suffisent pas au Luxembourg pour mettre à disposition de six personnes un logement adapté. «Nous ne pouvons pas trouver plus de 1.500 euros pour le loyer», dit Céline. Les bailleurs veillent à ce que pas plus d'un tiers du revenu ne soit consacré au loyer. 

Crise du logement : personne ne se sent responsable

En 2014, Youssef Berkhli s'était déjà inscrit à la commune de Pétange pour obtenir un logement social. Comme il a ensuite obtenu la maison de la rue Belair, la demande a été mise en pause. En 2020, elle est mise à jour. La même année, Youssef s'inscrit au Fonds de Logement. Temps d'attente : cinq à sept ans. 

Finalement, le père de famille est envoyé à l'agence immobilière sociale AIS-Kordall. Là encore, la situation précaire du Luxembourg en matière de logement social apparaît clairement. En cas de crise du logement, il semble que personne ne veuille prendre ses responsabilités. 


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Comme les Berkhlis n'y arrivent pas, l'affaire est portée devant les tribunaux. Le 18 mars, la justice de paix rend sa décision : la famille doit partir parce que la propriétaire a déclaré un besoin personnel. Mais comme le délai de préavis n'a pas été respecté, l'avocat de la famille conteste le jugement. Résultat : un mois de sursis. Celui-ci prend fin ce dimanche 22 mai. 

Entre-temps, la propriétaire de la maison fait monter la pression : au lieu d'un loyer de 1.200 euros, elle demande 2.250 euros à partir de juillet 2021. Impossible pour les Berkhli. Pour Youssef, c'est un indice de plus que les propriétaires «veulent juste que la famille quitte la maison».

Dernière option, l'hôtel

Youssef a également demandé des attestations à une douzaine d'agences immobilières. «Malheureusement, nous n'avons rien à proposer à M. Berkhli qui convienne». «Cela montre au tribunal que nous faisons vraiment quelque chose», dit Youssef. 

«Nous ne pouvons tout de même pas mettre une famille à la rue», dit Rui Valente. Il représente les Berkhli depuis septembre 2021 et doute des intentions d'occupation personnelle de la propriétaire de la maison. «La maison est dans un état épouvantable et n'est plus habitable. C'est une aberration que la commune ait même accepté l'augmentation du loyer», s'indigne l'avocat au téléphone. 


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Youssef répare régulièrement les toilettes depuis qu'ils ont emménagé, les sacs-poubelles dans l'évier de la cuisine flottent sur un mince tapis d'eau parce que le robinet goutte toutes les 15 minutes. À l'étage, du papier peint noirci s'écaille sur le mur humide. Céline se demande si c'est pour cette raison que ses enfants ont développé de l'eczéma.

Rui Valente a déposé des photos au tribunal. «Des gens veulent emménager là?», demande-t-il. Et de la maison dans laquelle vit actuellement la propriétaire. Une belle et grande maison.» Le tribunal dit qu'ils ne vivent là que chez des amis, que ce n'est pas du tout leur maison. Et qu'ils n'ont pas besoin de preuves de l'occupation personnelle».

Une deuxième demande de sursis d'expulsion déposée

La commune de Pétange admet au Luxemburger Wort que l'Office social a fait plusieurs demandes de logements sociaux et qu'une solution est recherchée. «En cas d'expulsion, la commune est tenue d'entreposer temporairement les meubles et l'inventaire pendant six mois maximum, aux frais des propriétaires», explique Mike Braun. «Pour l'instant, nous n'avons pas de logement d'urgence disponible, de sorte que si la famille Berkhli ne trouve rien entre-temps, elle n'aura d'autre choix que d'aller à l'hôtel».

Rui Valente a entre-temps déposé une deuxième demande de sursis d'expulsion. Peut-être que Céline, Youssef, Yassine, Dounia, Doha et la petite Maryam obtiendront encore un, voire deux mois de grâce. Une troisième tentative dans le cas de Berkhli n'est pas possible. 

Cet article a été publié pour la première fois sur wort.lu/de

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