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«Nous n'avons jamais connu une telle situation»
Luxembourg 7 min. 17.04.2022 Cet article est archivé
Artisanat luxembourgeois

«Nous n'avons jamais connu une telle situation»

Tom Oberweis est l'un des visages les plus connus de l'artisanat dans le pays et le président de la Chambre des Métiers.
Artisanat luxembourgeois

«Nous n'avons jamais connu une telle situation»

Tom Oberweis est l'un des visages les plus connus de l'artisanat dans le pays et le président de la Chambre des Métiers.
Photo: Marc Wilwert
Luxembourg 7 min. 17.04.2022 Cet article est archivé
Artisanat luxembourgeois

«Nous n'avons jamais connu une telle situation»

Malgré la crise permanente, le nombre d'entreprises artisanales augmente, mais Tom Oberweis estime que le véritable défi est encore à venir.

(S.MN. avec Marlène BREY) Tom Oberweis est l'un des artisans les plus connus du pays. Son père a fondé la boulangerie Oberweis en 1964. Le fils a lui aussi appris le métier de pâtissier et de chocolatier. Aujourd'hui, il dirige l'entreprise avec son frère. Depuis 2017, il est également président de la Chambre des Métiers. Après cinq ans à sa tête, des élections sont prévues ce printemps. 

Tom Oberweis, l'artisanat luxembourgeois est-il viable ? 

«En Allemagne, en France et en Belgique, le matériel est moins cher, les salaires sont plus bas et les problèmes de relève ne sont pas aussi massifs qu'ici, où l'État fait main basse sur les apprentis. Cette question est complexe. Nous y croyons bien sûr. Pour rendre l'artisanat plus attrayant, la campagne «Makers of Luxembourg» est en cours et elle a beaucoup de succès. Nous aussi, nous voulons bien sûr savoir si nous sommes sur la bonne voie. Pour cela, il y a des chiffres. J'ai commencé en 2017 en tant que président de la Chambre des Métiers. A l'époque, le Luxembourg comptait 7.300 entreprises artisanales employant 91.500 personnes. Maintenant, il y a 8.400 entreprises, soit plus de 1.000 de plus, et 102.550 employés. Chaque année, le nombre d'entreprises et d'employés augmente, même en 2020, année de la pandémie. 

D'abord la pandémie, ensuite les problèmes de la chaîne d'approvisionnement, le matériel augmente, avec en plus deux tranches d'indexation. Et pourtant, vous ne constatez pas encore de baisse massive dans l'artisanat, mais au contraire, des nouvelles créations ? 

«Bien qu'il y ait davantage de créations et plus d'employés, les entreprises existantes ont quand même subi de grosses pertes. Les aides de l'État ont été très importantes pour nous. Elles arrivent maintenant à échéance et nous devons voir ce qui se passe. Des temps difficiles nous attendent encore. Dans le bâtiment, les problèmes deviennent vraiment massifs. 


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Mon collègue du secteur de la construction m'envoie chaque semaine des informations alarmantes sur les prix qui augmentent déjà. Les garages automobiles ne reçoivent pas de nouvelles voitures. En 2021, le niveau des nouvelles immatriculations était inférieur d'environ 19 pour cent à celui de 2019. Les coiffeurs souffrent du travail à domicile. Et les conséquences des dernières années ne sont pas encore tout à fait prévisibles non plus : tous les secteurs qui travaillent avec des produits alimentaires ont vu leur chiffre d'affaires baisser d'environ 35%.

Moi aussi, je me plains de la situation, mais je m'engage aussi pour que les choses s'améliorent et j'invite tout le monde à participer.

Tom Oberweis

Les entreprises n'ont pas pu rattraper ce manque à gagner. Le problème, c'est que nous sortons d'une crise énorme et que la suivante arrive maintenant, sans que nous ayons de réserves. Nous n'avons jamais connu une telle situation. Les entreprises artisanales des pays voisins sont également confrontées à des problèmes similaires. Mais ici, une difficulté supplémentaire s'ajoute : les coûts salariaux élevés. 

Êtes-vous satisfait du résultat de la tripartite ? 

«On ne trouve pas de bons artisans si on ne paie pas correctement. Mais nous devons faire attention où nous allons. L'indice est lié à l'inflation, pas à la productivité. Les prix des matériaux nous échappent, les coûts de l'énergie, les coûts salariaux. Pour s'attaquer à cela, la tripartite était importante. Adapter l'indice était un bon compromis. Le fait qu'il n'y ait plus qu'une seule adaptation salariale au maximum en l'espace d'un an donne aux entreprises une certaine sécurité de planification. Mais cela ne sera pas facile pour autant. Pour beaucoup, le fait que la dernière tranche d'indexation soit tombée en octobre et qu'il y en ait encore une en avril reste un problème. Entre les deux, il y a tout juste six mois.

La hausse des prix est un nouveau problème. Et puis il y en a un autre, plus ancien : le souci de la relève...

L'artisanat est le formateur numéro un dans le pays. L'année dernière, nous avons atteint un record : les entreprises ont mis au concours 1.068 places d'apprentissage. En 2019, il y en a eu 765 et en 2020, 788. Et je voudrais ajouter que nous avons également formé de nombreuses personnes qui ont fui la Syrie ou l'Afghanistan. C'est ce que nous voulons maintenant proposer à nouveau à des personnes venant d'Ukraine. Ces personnes seront embauchées immédiatement.


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Le nombre d'apprentis est une chose. Mais ce que l'on entend régulièrement de la part des entreprises, c'est qu'à un moment donné, elles arrêtent la formation, car les apprentis partent de toute façon à l'État par la suite. Il s'agit donc aussi de la fidélisation à l'entreprise. Si les apprentis disparaissent par la suite, c'est frustrant. Il y en a beaucoup qui disent : «Tom, je n'ai plus envie de former». Cela fait mal. Nous avons alors proposé une fois qu'il devrait y avoir, comme dans le football, une sorte de paiement de transfert lorsque les apprentis partent. Ce que nous pouvons faire, c'est augmenter l'attractivité de l'artisanat. Et c'est ce que nous faisons. Nous allons par exemple dans les écoles avec une action intitulée «Bonjour l'artisanat». Les enfants sont ensuite enthousiastes. Et les parents peuvent être rassurés. 90% de ceux qui terminent leur formation trouvent un emploi dans le secteur dans l'année qui suit. 

Nous cherchons désespérément des terrains pour y installer des entreprises artisanales. Vous pouvez me croire, nous travaillons constamment avec notre ministre

Tom Oberweis

Vous êtes vous-même un artisan passionné, à savoir un pâtissier. Que diriez-vous aux jeunes, pourquoi cela vaut-il la peine d'apprendre ce métier ? 

«Dans l'artisanat, il y a beaucoup d'entreprises familiales, les relations humaines y ont une autre place que dans une grande entreprise. De plus, on fait quelque chose de ses propres mains. Ensuite, j'entends souvent parler de jeunes qui obtiennent leur diplôme et qui se disent qu'ils peuvent enfin se mettre à leur propre compte. C'est précisément ce rêve de créer sa propre entreprise que très peu de gens pourront s'offrir, car les loyers sont extrêmement élevés dans le pays. 

Y a-t-il des solutions ? 

«Nous avons de très nombreuses personnes qui ont obtenu une maîtrise et qui restent dans leur entreprise d'apprentissage. Ils peuvent aussi y former d'autres personnes, prendre des responsabilités, gravir les échelons. Mais bien sûr, vous avez raison, créer sa propre entreprise est difficile. 

Pourquoi n'y a-t-il pas de solutions plus innovantes, par exemple des pop-ups pour les artisans ? 

«Nous y travaillons avec le ministre des Classes moyennes. Il doit par exemple y avoir un registre dans lequel on peut voir quels magasins sont libres. De même, nous cherchons désespérément des terrains pour y installer des entreprises artisanales. Vous pouvez me croire, nous travaillons constamment avec notre ministre. 

Vous êtes président de la Chambre des Métiers depuis cinq ans. Ces années ont été difficiles. Que pensez-vous de cette période ? 

«Je pense justement au début. Il y a d'abord eu le confinement, puis on nous a dit que l'on pouvait reprendre le travail. Mais personne ne savait comment, car les entreprises n'avaient pas de masques. Il y avait des pleurs et des grincements de dents. Ensuite, nous avons ouvert un stand à Luxexpo en tant que Chambre des Métiers, l'armée nous a aidés, et toutes les entreprises artisanales sont venues chercher des masques et nous ont remerciés. Ce sont des petites choses, mais cette collaboration était tellement importante. Lors du premier confinement, nous avons reçu 7.000 appels sur notre hotline d'aide.

Actuellement, les crises se succèdent. Pourquoi voulez-vous reprendre le flambeau ? 

«Nous avons beaucoup appris pendant la crise. C'est un plaisir de travailler dans une telle équipe. Il y a des gens qui ne font que se plaindre. Moi aussi, je me plains, mais je m'engage aussi pour que les choses s'améliorent et j'invite tout le monde à participer.»

 

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