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«Nous devons répondre aux grandes questions actuelles»
Luxembourg 8 min. 23.01.2023
Jens Kreisel

«Nous devons répondre aux grandes questions actuelles»

Le nouveau recteur de l'Uni a été officiellement présenté aux côtés de Claude Meisch (DP), le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.
Jens Kreisel

«Nous devons répondre aux grandes questions actuelles»

Le nouveau recteur de l'Uni a été officiellement présenté aux côtés de Claude Meisch (DP), le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.
Photo: Guy Jallay
Luxembourg 8 min. 23.01.2023
Jens Kreisel

«Nous devons répondre aux grandes questions actuelles»

Megane KAMBALA
Megane KAMBALA
C'est depuis le 1er janvier que Jens Kreisel a officiellement succédé à Stéphane Pallage en tant que recteur de l’Uni. Il nous explique les défis à relever pour les prochaines années.

Originaire de Dortmund, Jens Kreisel est arrivé au Luxembourg en 2012, afin de devenir le directeur fondateur du département Materials Research and Technology du List avant d’être nommé vice-recteur à la recherche de l’Uni en 2018.


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Diplômé de Lyon et Grenoble, en physique et en science des matériaux à Karlsruhe, avant d’effectuer un post-doctorat à l’Université d’Oxford; il avait avant tout cela également été directeur de recherche au CNRS en France. 

Monsieur Kreisel, vous succédez cette année à Stéphane Pallage. Comment envisagez-vous les cinq prochaines années?

Je dois avant tout préciser que nous avons eu une période de neuf mois de transition avant que j’accède à mes fonctions, et je peux dire qu’elle s’est excellemment bien passée. Elle m’a permis de me préparer pour ma tâche de recteur qui a démarré le 1er janvier.

Stéphane Pallage m’a vraiment aidé à bien débuter mon mandat. Nous avons travaillé ensemble ces deux dernières années à l’établissement d’une stratégie pour les dix à vingt prochaines années. Et nous avons d’ailleurs défini trois grandes thématiques, qui sont la santé/médecine, la transformation digitale, et la durabilité (sociétale et environnementale). Durant les cinq prochaines années, je compte donc faire vivre et implémenter cette stratégie, notamment avec des projets concrets.

Pour ce qui relève de la médecine, cela passe par exemple par la poursuite de nos efforts dans la formation médicale, de commencer notre offre de formation des sciences infirmières, et par le renforcement de notre positionnement dans le domaine des neurosciences.

L’un des grands projets que j’aimerais également réaliser dans les cinq prochaines années, c’est d’avoir un regard sur l’éthique de la digitalisation.

Quant à ce qui touche à la digitalisation, nous allons poursuivre l’accent mis sur la cybersécurité, en mettant en place des nouvelles formations, telles que la dernière en date, le master en Data Science. Nous allons surtout utiliser ces sciences des données comme un moyen et un accélérateur des collaborations interdisciplinaires. Je vois aujourd’hui que dans la quasi-totalité de nos collaborations interdisciplinaires à l’intérieur de l’Uni, les sciences de données jouent réellement un rôle clé. Finalement, les gens se retrouvent autour des méthodologies.

L’un des grands projets que j’aimerais également réaliser dans les cinq prochaines années, c’est d’avoir un regard sur l’éthique de la digitalisation, pour nous, mais aussi pour les étudiants dans les années à venir.


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Enfin dans la dernière thématique, celle de la durabilité, un de nos projets phares va être d’implémenter un nouveau centre interdisciplinaire sur les systèmes environnementaux.

Par ailleurs, ce qui va beaucoup orienter mon mandat, c’est réfléchir à l’éducation de demain. A comment elle doit être dans dix ans, ou dans vingt ans. Je pense qu’avec les outils digitaux, il y aura des changements majeurs et qu’on doit se préparer, avec nos étudiants, qui savent ce dont ils ont besoin, à les appréhender. Et cela passe par le dialogue entre académiques et étudiants.

Si vous deviez choisir un mantra pour cette année 2023, quel serait-il?

Je pense que ce serait la mise en place des grands chantiers, car ils s’inscrivent dans le temps. Et établir un dialogue avec la communauté universitaire, sur l’ensemble des sujets déjà évoqués. Beaucoup de discussions avec les équipes marqueront mon début de mandat, pour établir de bonnes bases pour la suite.

Vous avez déclaré pendant votre conférence d’introduction officielle que vous étiez là pour communiquer et non pas surcommuniquer, que faut-il entendre par là?

Il suffit de voir les résultats de l’Uni, qui sont excellents et parlent d’eux-mêmes. Ainsi, nous communiquerons pour mettre des sujets concrets en avant.


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Comme le fait que 210 thésards ont validé leur doctorat fin 2022, une preuve supplémentaire que l’Uni, qui a 20 ans cette année, est vraiment bien placée sur la carte de l’Europe concernant le monde de la recherche?

Absolument, et cela ne fait aucun doute. Je pense qu’au-delà de mon opinion, ce qui est important, c’est le reflet qu’on a à l’extérieur. Quand on se voit attribuer 14 bourses ERC, quand on se voit bien positionné dans les classements, avec le succès européen que nous avons et l’intérêt que le monde public et les entreprises portent à nos recherches, pour moi, il n’est plus discutable que nous sommes bien placés sur la carte de l’Europe.

Et il est vrai qu’un chiffre qui illustre bien cette force de recherche significativement, ce sont nos thésards. Nous avons aujourd’hui 1.000 thésards qui sont enregistrés à l’Uni et l’année 2022 marque en effet un record car nous avons, pour la première fois, diplômé plus que 200 thésards. Ce qui m’importe vraiment beaucoup là-dedans, c’est qu’on forme des experts et sur ces thésards, entre 40 et 50% restent au Luxembourg. C’est vraiment la preuve que nous sommes un attracteur de talents énorme.

Vous évoquiez lors de votre discours penser l’éducation de demain et justement, il se dit que finalement, les métiers de demain n’existent pas encore. Pensez-vous à mettre plus l’accent sur la formation continue pour les personnes qui sont déjà sur le marché du travail et qui reviennent sur les bancs de l’Uni pour parfaire leurs compétences? Il y a dix ans encore, les vieux étudiants étaient un phénomène marginal et maintenant cela s’observe beaucoup plus.

C’est tout à fait vrai, mais aujourd’hui notre première mission, cela reste la formation initiale: les bachelors, les masters et les doctorats. Et je pense qu’il faut déjà envisager comment nous allons enseigner dans le futur. Observer comment nous pouvons tirer avantage du digital tout en gardant un regard critique, et comment répondre aux besoins des étudiants d’aujourd’hui.

Je veux aussi mettre en valeur les alumnis, les gens qui ont été étudiants chez nous, et montrer leur parcours après l’Uni.

Cela se manifeste par exemple par une plus grande demande en flexibilité, par un mélange de plusieurs outils d’enseignement. Et surtout, nous devons répondre aux grandes questions actuelles: les étudiants sont beaucoup plus attentifs à ce que l’Université fait pour le climat, et pour la démocratie de demain.

Tout cela représente notre mission primaire, mais bien sûr, il est également important de considérer que la formation continue va constituer un enjeu énorme dans les années à venir à l’échelle mondiale. En tant qu’université, il conviendra de se positionner clairement. Je pense que le but ne sera pas d’être en concurrence avec d’autres établissements. Nous devrons nous focaliser sur la formation continue académique, car le sujet va prendre de la vitesse et je crois que c’est très important pour notre université de se positionner.

Pour rester sur la thématique du digital, de la cybersécurité, une offre de formation concernant le droit de l’information est-elle prévue? Nous avons observé une vague de fake news assez inédite pendant la crise sanitaire notamment…

Pour cela nous n’avons pour le moment pas encore de projet concret. Par contre, il existe une appétence très forte des gens de notre département de droit sur cette question, mais aussi pour ce  qui relève de l’éthique, de la vie privée aussi. Nous avons donc un bon nombre d’experts qui pourraient aborder ces questions-là.

Je tiens également à souligner que nous avons une chaire du droit des médias, qui s’intéresse déjà à ces problématiques. Et nous avons lancé une chaire en cyber policy tout récemment. Le volet légal est important certes, mais ce qui sera déterminant dans le futur, c’est la technologie d’aujourd’hui mais surtout celle de demain, et nous préparer à ça en tant qu’Etat est un enjeu majeur.


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Dernière question concernant cette fois les 20 ans de l’Uni cette année. Beaucoup d’évènements ou de célébrations sont-ils à l’ordre du jour?

Nous n’avons pas encore totalement fixé tout le planning mais nous allons distinguer ceux qui ne concerneront que la communauté universitaire, que nous planifierons avant l’été. Un évènement pour nos étudiants et notre staff sera prévu pour l’été.

Et il y aura un évènement d’ordre plus formel avec l’ensemble des parties prenantes associées à l’Uni, comme l’Etat, les industriels, les entreprises et nos partenaires. Cela aura lieu en septembre prochain. Les deux points d’orgue de ces 20 ans sont bien entendu le chemin parcouru par l’Uni mais aussi de prendre un moment pour partager tout cela avec ceux qui nous ont accompagnés tout du long.

Je veux aussi mettre en valeur les alumnis, les gens qui ont été étudiants chez nous, et montrer leur parcours après l’Uni. Car ce qui est certain, c’est qu’il y a 20 ans, personne ne se serait douté de tout ce que l’Uni a accompli jusqu’à aujourd’hui.

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