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«Nous avons besoin de nouvelles restrictions»
Luxembourg 6 min. 30.11.2021
Pandémie au Luxembourg

«Nous avons besoin de nouvelles restrictions»

Pour l'épidémiologiste Michel Pletschette, la lutte contre le covid doit passer par un taux de vaccination supérieur à 85%.
Pandémie au Luxembourg

«Nous avons besoin de nouvelles restrictions»

Pour l'épidémiologiste Michel Pletschette, la lutte contre le covid doit passer par un taux de vaccination supérieur à 85%.
Photo : dpa
Luxembourg 6 min. 30.11.2021
Pandémie au Luxembourg

«Nous avons besoin de nouvelles restrictions»

Alors que le nombre d'infections ne cesse de grimper au Luxembourg, l'épidémiologiste luxembourgeois Michel Pletschette prédit un hiver «très difficile» si de nouvelles mesures ne sont pas mises en place.

Les Luxembourgeois ont encore échappé à de nouvelles restrictions sanitaires. Si Xavier Bettel et Paulette Lenert ont annoncé le renforcement du dispositif CovidCheck certes, mais aucune fermeture d'activité, ni aucun confinement n'est pour le moment programmé au Grand-Duché. Mais pour l'épidémiologiste Michel Pletschette, le pays ne pourra pas éviter le durcissement de ses mesures très longtemps. 

Le nouveau variant du covid suscite de sérieuses inquiétudes parmi les experts. Quelle évaluation faites-vous d'Omicron ? 

Michelle Pletschette : «Les premières données suggèrent que ce variant B.1.1.529 pourrait être deux fois plus transmissible que le variant Delta. Si cela se confirmait, ce serait inquiétant. L'augmentation de la transmissibilité signifie qu'il y aura plus de personnes malades. Le taux de vaccination actuel ne suffira certainement pas [ndlr : actuellement 77% au Luxembourg]. Jusqu'à ce que l'on sache ce qui se passe exactement, il faut prendre des mesures de quarantaine maximales. S'il n'est pas déjà trop tard, car près de 100 infections ont déjà été détectées en Europe.

Comment évaluez-vous la situation actuelle au Luxembourg ? 


Dans la tête des soignants
Alors qu’une nouvelle vague d’infections au covid remet la pression sur les hôpitaux, rencontre avec cinq personnels d’une unité de réanimation du CHEM. Entre abnégation, doute et lassitude après 20 mois de pandémie.

«En termes de chiffres absolus, nous sommes loin de la situation que nous avions il y a un an. Mais les courbes sont à la hausse. Combien de temps veut-on encore attendre? Le système de santé est tout de même déjà à la limite de la tension. Chaque jour compte. Veut-on attendre que des patients covid+ se retrouvent dans la rue et s'étouffent comme en 2020 au Pérou?

De manière générale, ces décisions sont toujours prises assez tard. Nous sommes dans un état de procrastination et d'impréparation. Si le vaccin n'était pas encore disponible, nous aurions aujourd'hui au moins deux fois plus de cas et deux fois plus de morts à cause du variant Delta.

Jeudi dernier, une minute de silence a été observée par le personnel de santé au Luxembourg. Vous travaillez vous-même dans un hôpital. Comprenez-vous la frustration des soignants? 

«Oui, de nombreux infirmiers et médecins se demandent s'ils font un travail utile en ce moment. Avec un patient covid+, vous ne pouvez souvent pas faire grand-chose à long terme dans le traitement. Vous devez regarder les gens mourir après des semaines de soins. C'est quelque chose d'incroyablement décourageant. Mais les patients non-covid subissent également les répercussions de cette situation. Dans les mois à venir, de très nombreux Luxembourgeois seront à nouveau moins bien soignés, car, à cause de covid, il y a moins de moyens disponibles pour le traitement d'autres maladies. 


26.11.2021, Schleswig-Holstein, Eutin: Krankenschwester Swenja Grandke impft in der Impfstelle Eutin gegen das Corona Virus. Heute starten in ganz Schleswig-Holstein zunächst 24 Impfstellen, um die Geschwindigkeit bei den COVID-19-Auffrischimpfungen zu erhöhen und die Praxen der niedergelassenen Ärztinnen und Ärzte bei den Corona-Impfungen zu unterstützen und zu entlasten. Foto: Markus Scholz/dpa +++ dpa-Bildfunk +++
La vaccination des jeunes adultes à la traîne
La ministre de la Santé a détaillé l'avancée de la campagne de vaccination par catégorie d'âge au terme de 11 mois d'injections anti-covid. Une des leçons étant qu'un 20-29 ans sur trois ne dispose pas d'un schéma vaccinal complet.

Comment peut-on encore convaincre les sceptiques d'aller se faire vacciner ? 

«J'ai parlé avec des infirmiers réticents à l'idée de se faire vacciner, mais qui ont fini par se laisser convaincre. Je leur ai dit : ''écrivez-moi vos questions et j'essaierai de répondre à chacune d'entre elles et d'évaluer avec vous vos sources d'information''. C'est un processus laborieux, mais incroyablement efficace. 

En tant que médecin, il faut absolument veiller à gagner la confiance de ses patients. Lors de mes consultations, j'ai parfois été trop rigide et parfois même arrogant avec certains patients qui exprimaient leur scepticisme vis-à-vis de la vaccination. Dans certains cas, je m'y suis mal pris. Mais on est aussi parfois confronté à des attitudes très agressives, auxquelles on réagit alors trop vite. 

Les politiques n'ont-ils pas commis des erreurs dans l'organisation de la campagne de vaccination ? 

«Il est frappant de constater que les décisions concernant la vaccination sont toujours prises très tard, alors que les données scientifiques justifieraient en fait une action plus précoce. Qui doit être vacciné en premier, qui doit recevoir le vaccin de rappel, les vaccins anti-covid peuvent-ils également être administrés aux enfants ? Il a fallu attendre très longtemps avant d'obtenir des réponses à ces questions. On pourrait supposer que de tels processus s'accélèrent pendant une crise. Mais c'est le contraire qui se produit. 

Le virologue Michel Pletschette travaille au département des maladies tropicales et infectieuses de l'Université Ludwig-Maximilian de Munich.
Le virologue Michel Pletschette travaille au département des maladies tropicales et infectieuses de l'Université Ludwig-Maximilian de Munich.
Photo : privée

Quelle est votre position sur l'obligation vaccinale ? 

«La politique n'aurait pas dû exclure la vaccination obligatoire dès le départ. Historiquement, cela a déjà existé. En 1875, l'Allemagne et le Luxembourg ont introduit une obligation de vaccination contre la variole car on avait constaté dans les Balkans que cette maladie décimait 40% de la population. Et il y avait déjà à l'époque un mouvement anti-vaccination, avec des schémas narratifs similaires à ceux exprimés aujourd'hui. 

Pour les professions de santé, il devrait bien entendu y avoir une obligation de se faire vacciner (qui existe d'ailleurs dans ce domaine pour d'autres maladies). Une vaccination obligatoire a également un sens pour les enseignants et les éducateurs. Le risque d'un événement contaminant à l'école est tout simplement trop grand. 

Selon vous, quelles décisions devraient être prises par le Grand-Duché maintenant ? 

«Je pense que nous avons besoin de nouvelles restrictions de contact. Les grands événements comme les concerts ou les matchs de football sont autant de possibilités de contamination. Si l'on n'impose pas de restrictions, on n'a aucune garantie qu'il n'y aura pas de nouvelle flambée. Ces mesures ne devraient être assouplies que lorsque la circulation du virus sera proche de zéro. 

En même temps, nous devons continuer à vacciner jusqu'à ce que nous atteignions un taux de vaccination d'au moins 85%. On observera alors, comme au Portugal, uniquement des petits foyers de contamination, que l'on pourra maîtriser en renforçant le suivi des contacts. Et nous devons également vacciner les enfants pour qu'ils puissent grandir normalement. Eux aussi, peuvent souffrir davantage de complications tardives (comme le covid long). Un jour ou l'autre, les enfants pourraient être victimes d'une nouvelle mutation qui pourrait entraîner des formes plus graves. C'est pourquoi nous devons agir maintenant.

Dans quelle phase de la pandémie nous trouvons-nous actuellement ? 

«L'idée exprimée par certains que nous passerons un jour à une endémie (une circulation permanente du virus dans une région déterminée, ndlr) n'est pas fondamentalement fausse. Mais cela peut prendre beaucoup de temps, cinq ans voire 50 ans. En tout cas, l'hiver sera très difficile. Nous constatons que le nombre de cas en Allemagne s'envole en ce moment à une vitesse folle. La vague va également toucher massivement le Luxembourg et les autres pays européens.»

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