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«Nous allons pouvoir établir nos propres règles»
Luxembourg 4 min. 31.01.2020 Cet article est archivé

«Nous allons pouvoir établir nos propres règles»

John Marshall fêtera en avril son quatrième anniversaire à la tête de l'ambassade de Grande-Bretagne.

«Nous allons pouvoir établir nos propres règles»

John Marshall fêtera en avril son quatrième anniversaire à la tête de l'ambassade de Grande-Bretagne.
Photo: Luc Deflorenne
Luxembourg 4 min. 31.01.2020 Cet article est archivé

«Nous allons pouvoir établir nos propres règles»

Le Brexit et ses conséquences, le secteur financier ou encore les futures négociations avec l'UE, John Marshall, l'ambassadeur britannique au Luxembourg, s'est confié au Luxemburger Wort.

(ER avec dv) - John Marshall a été nommé ambassadeur au Luxembourg en avril 2016. Le Brexit l'a donc accompagné depuis le début de son mandat. Et en ce jour particulier où le Royaume-Uni s'apprête à quitter l'UE, il ne ressent aucune excitation particulière mais il avoue aussi que l'ambiance n'est pas non plus à la nostalgie. Sa principale préoccupation est de renforcer les relations bilatérales entre Londres et le Luxembourg. Une mission qui n'est pas trop affectée par le départ du Royaume-Uni de l'Europe. 

John Marshall, ce 31 janvier à minuit, le Royaume-Uni quitte l'UE. En quoi cela change-t-il votre travail d'ambassadeur au Luxembourg?

John Marshall: «Les négociations sur les futures relations entre l'UE et le Royaume-Uni commencent maintenant. Cela signifie, bien sûr, qu'il y a des incertitudes, car l'issue de ces négociations est ouverte. En même temps, la situation des citoyens britanniques au Luxembourg est maintenant plus claire qu'il y a quelques mois, lorsque la question s'est posée de savoir s'il y aurait un Brexit réglementé ou non. En ce qui concerne les contacts bilatéraux et économiques, il y aura peu de changements dans mon travail. Toutefois, le Brexit signifie que j'aurai un peu moins à faire dans certains domaines, car aucun ministre britannique ne se rendra au Luxembourg pour une réunion de l'UE.»

L'UE et le Royaume-Uni partagent depuis longtemps un marché commun. Une nouvelle relation commerciale va être mise sur pied. Qu'est-ce qui ne vous convenait pas dans le marché commun de l'UE ?

«L'adhésion à l'Union européenne va bien au-delà des relations commerciales. Et juin 2016, les Britanniques ont pris la décision de quitter l'UE pour diverses raisons. Il y a bien sûr de nombreux avantages à faire partie du marché intérieur de l'UE mais il y a aussi des aspects de l'adhésion à l'UE sur lesquels le peuple britannique se sent mal à l'aise, comme la libre circulation des personnes.


A picture taken on January 30, 2020 shows the reflection of a Union Jack flag on the ground during an event to celebrate the friendship between Belgium and Britain, at the Grand-Place, in Brussels, on January 30, 2020. - Britain's departure from the European Union was set in law on January 29, amid emotional scenes, as the bloc's parliament voted to ratify the divorce papers. After half a century of sometimes awkward membership and three years of tense withdrawal talks, the UK will leave the EU at midnight Brussels time (2300 GMT) on January 31, 2020. (Photo by Kenzo TRIBOUILLARD / AFP)
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C'est ce qui a conduit à cette décision. Après l'accord avec l'UE sur notre départ, nous devons maintenant nous pencher sur notre avenir. Les deux parties attacheront une grande importance à ce que les futures relations économiques se rapprochent le plus possible des intérêts des deux parties.»

Par rapport à l'UE, le Royaume-Uni est un marché plus petit. Quel est le poids de Londres dans les négociations à venir?

«Je ne trahirai pas notre stratégie de négociation. Mais nous ne sommes pas un marché insignifiant. Certainement pas! Après tout, nous sommes 65 millions de personnes. A ce sujet, ce marché est aussi important pour de nombreux acteurs différents dans les autres pays de l'UE. Il est donc quelque peu simpliste de ne considérer le Royaume-Uni que par sa taille.»


(FILES) In this file photo taken on January 05, 2020, the flags of the United Kingdom and the European Union are pictured. - Britain is set to leave the European Union at 2300 GMT on January 31, 2020, 43 months after Britons voted in the June 2016 referendum to leave the EU, ending more than four decades of economic, political and legal integration with its closest neighbours. (Photo by Kenzo TRIBOUILLARD / AFP)
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Le ministre britannique des Finances Sajid Javid insiste sur le fait que les règles de l'UE sur les services financiers ne doivent pas être respectées à l'avenir. En conséquence, le secteur financier britannique perdrait en grande partie son accès au marché de l'UE. Londres, et plus particulièrement la City, semble très préoccupée en ce moment...

«Nous partons d'une position où nous suivons les règles de l'UE, puisque nous sommes membres depuis longtemps. Maintenant, le but du Brexit est de nous permettre d'établir nos propres règles. Nous ne voulons donc pas être obligés d'adopter automatiquement de nouvelles règles européennes. Mais nous ne disons pas que nous allons nous écarter de toutes les règles dans tous les domaines. Pour les services financiers, cela signifie que nous pouvons appliquer le système dit d'équivalence, une formule déjà utilisée par l'UE dans ses relations avec les pays tiers (des sociétés américaines et japonaises ont ainsi accès aux marchés financiers de l'UE). Cela n'exige pas les mêmes règles partout dans l'UE. Il suffit de disposer de réglementations isolées qui poursuivent le même but dans un domaine spécifique et qui satisfont les deux parties.»

Pour John Marshall, les services financiers devront faire partie des négociations sur les futures relations commerciales
Pour John Marshall, les services financiers devront faire partie des négociations sur les futures relations commerciales
Photo: Luc Deflorenne

Toutefois, le système d'équivalence, qui peut garantir l'accès des pays tiers au marché européen des services financiers, n'est actuellement appliqué qu'à un nombre très limité de produits. C'est loin d'être suffisant pour les besoins de l'économie britannique.

«Oui, c'est pourquoi les services financiers feront également partie des négociations sur les futures relations commerciales. Attendons de voir ce que donneront les négociations.»

Le gouvernement luxembourgeois fait pression pour que le plus grand nombre possible d'affaires soient maintenues avec la City de Londres et que le système d'équivalence soit révisé. Il s'agit d'une question complexe qui va prendre du temps à être réglée. Pourquoi le gouvernement britannique veut-il conclure les négociations d'ici la fin de l'année ?

«Nous pensons qu'un bon accord de libre-échange pour les biens et les services peut être conclu en dix mois, surtout si la volonté politique existe des deux côtés.»


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