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Ne tirez plus sur les pompistes!
Luxembourg 5 min. 14.01.2020

Ne tirez plus sur les pompistes!

La vente de produits pétroliers rapporte a minima 1 milliard d'euros aux caisses de l'Etat. Peut-on se priver d'une telle manne?

Ne tirez plus sur les pompistes!

La vente de produits pétroliers rapporte a minima 1 milliard d'euros aux caisses de l'Etat. Peut-on se priver d'une telle manne?
Photo : Pierre Matgé
Luxembourg 5 min. 14.01.2020

Ne tirez plus sur les pompistes!

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Même si les prix des carburants ont enregistré une petite baisse ce mardi, le président du Groupement pétrolier luxembourgeois, est las des différentes taxes affectant essence et diesel. Pas question pour Romain Hoffmann que les 234 stations-service du pays servent de vaches à lait pour la politique environnementale.

«En près d'une année, rien qu'avec les taxes, le litre de carburant aura augmenté de près de 17 cents.» Et ce n'est pas le genre de hausse qu'apprécie Romain Hoffmann le représentant des activités pétrolières au Grand-Duché. Pour le président du Groupement pétrolier du Luxembourg: «Chaque taxe ou accise supplémentaire agit directement sur le volume vendu à la pompe. Nos métiers commencent à payer cher cette addition.»

Le patron du secteur, qui pèse 234 stations-service et 2.600 emplois, s'appuie sur les impacts ressentis après -par exemple- l'augmentation des accises en mai dernier. Si début 2019, les quatre premiers mois de l'année avaient vu les ventes de carburant augmenter de 11%, sitôt les clients se sont faits plus rares. Résultat: de mai à novembre, le volume distribué a baissé de 2%. Sachant qu'il est ici question d'un secteur qui voit passer, de tankers en réservoirs, près de 2,5 milliards de litres par an, toute chute a un effet visible.

Si Romain Hoffmann peste, c'est qu'après cette augmentation du printemps dernier, d'autres ont suivi. Ainsi, le Statec dans sa dernière étude sur l'inflation, a noté que les tarifs des produits pétroliers avaient augmenté de 1% entre 2018 et fin 2019. Et d'autres hausses ont été validées dès ce début 2020. Au 1er janvier, une nouvelle hausse de 5 cents/litre a été enregistrée (conformément à une directive européenne sur la taxation des biocarburants). 

Le gouvernement a également déjà précisé qu'une autre progression de quelques cents serait imposée aux distributeurs au printemps pour financer les mesures nationales de lutte contre le réchauffement climatique. Alors ce ne sont pas les baisses de ce mardi (2 cents/l de Super95 et 1,8 cent/l de Super98) qui vont lui redonner le moral.

La taxe carbone arrive

D'autant que la facture à la pompe va encore s'alourdir de 5 cents/litre à chaque plein dès janvier 2021. Il s'agit cette fois de l'introduction de la taxe carbone. «Ajoutez à cela tous les aléas internationaux qui influent sur le prix du baril - comme les tensions Iran-Irak actuellement - et vous aurez compris que l'on craint vraiment le pire.»

D'où cet appel lancé au Premier ministre Xavier Bettel (DP) et ses ministres Déi Gréng François Bausch (Mobilité), Carole Diesbourg (Environnement) et Claude Turmes (Energie): «C'est bon, n'en rajoutez plus! Taxes et accises représentent près de la moitié du tarif exigé par litre de carburant.»

Au Grand-Duché, le diesel continue à représenter la très grande partie des ventes de carburant: près de 80%.
Au Grand-Duché, le diesel continue à représenter la très grande partie des ventes de carburant: près de 80%.
Photo: Anouk Antony

Visiblement, l'euphorie de l'année 2005 qui avait vu les ventes de carburants atteindre des sommets semble bien loin. La chasse au «tourisme à la pompe», annoncée par le gouvernement n'est pas étrangère à la morosité ambiante du secteur. «Le gouvernement Bettel 2 a mené une étude qui stipule que cette forme d'attractivité est marginale pour notre activité. A 90%, nos clients sont des résidents ou des frontaliers qui emploient leur voiture au quotidien, et pas des poids lourds qui se détournent pour venir faire le plein.»

D'ailleurs, depuis l'été, les transporteurs de marchandises ont remarqué que les prix devenaient plus attractifs côté belge. Au vu des hausses annoncées, Romain Hoffmann pronostique même que les stations françaises pourraient devenir concurrentielles pour les compagnies de bus qui se voient rembourser une partie des taxes payées. «L'Etat semble oublier que le secteur pétrolier (avec les ventes annexes d'alcools, cigarettes et café) lui rapporte de l'ordre de 1 à 1,5 milliard d'euros.» Moins de clients, ce serait moins de retombées dans les caisses publiques.


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Du côté gouvernemental, les diverses taxations se justifient à l'aune de la lutte contre le réchauffement climatique et des nouvelles exigences fixées en termes d'émissions polluantes. «C'est une aberration de dire que ces mesures vont améliorer le climat. Si les accises augmentent ici, la vente se délocalisera. Les voitures iront ailleurs, les camions feront un crochet et la pollution sera équivalente voire pire globalement. Malgré tout, le Luxembourg restera sur la route des poids lourds entre le Nord, le Sud, l'Est et l'Ouest de l'Europe», estime le président du Groupement pétrolier du Luxembourg.

Dans un pays où près de 80% des ventes de carburants en station-service concernent le diesel, et où les tarifs sont régulés par l'Etat, Romain Hoffmann demande donc une pause de la pression fiscale. «Nous savons que l'Europe a déjà planifié des hausses obligatoires jusqu'à 2030, ça fait déjà assez. Et puis l'efficacité des moteurs va aller en s'améliorant, les consommations devront donc naturellement diminuer. Là, le gouvernement pénalise notre profession, une activité nationale précieuse, et des centaines de milliers de gens qui ont besoin de leur auto pour faire tourner le pays», argumente l'intéressé.

Aussi, le président du Groupement pétrolier préférerait que les ministres s'orientent sur d'autres voies. Pourquoi ne pas acheter des certificats d'émission à l'étranger pour accompagner les engagements du Grand-Duché en matière de Co2 ou gaz à effet de serre émis (-55% d'ici 2030)? «Avec peu d'argent, on pourrait faire beaucoup en Allemagne ou en Pologne, deux pays qui recourent encore massivement au charbon (polluant) pour produire leur énergie», lance Romain Hoffmann.

Une autre piste, que n'envisage pas le responsable du GPL, consisterait aussi à faire porter l'effort fisco-environnemental sur le fuel-jet. Mais pour l'heure, nul n'a semble-t-il voulu taxer les litres de kérosène délivrés aux avions sur l'aéroport du Findel... Après tout, là aussi des millions de litres de carburants sont vendus et là encore il s'agit d'un secteur émettant quelque pollution, non?


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