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Ne fermons plus les yeux
Luxembourg 4 min. 30.10.2015 Cet article est archivé
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Ne fermons plus les yeux

Les patients atteints de borréliose de Lyme chronique au Luxembourg demandent aux autorités de reconnaître l'existence de la maladie et d'être pris en charge dans leur pays.

Par Christelle Raineri

La vie de Tania est un martyre, mais sa combativité, son optimisme et ses deux petits garçons, la portent. Aux souffrances physiques, s'ajoute la torture morale: face aux médecins qui, plutôt que de reconnaître qu'ils ne savent pas, lui conseillent la psychiatrie. Face à ses proches, impuissants, qui se demandent au final si les docteurs n'ont pas raison. Et après toutes ces années, Tania s'était presque convaincue que tout ça, c'était dans sa tête.

Mais non. C'est juste que dans notre pays, comme dans beaucoup d'autres, sa maladie, la borréliose de Lyme chronique, est au mieux, méconnue, au pire, carrément niée. Les scientifiques ne marchent qu'aux preuves, CQFD.

Seulement, et c'est bien là le problème, des preuves de cette maladie, on peine à en trouver: la bactérie en cause déjoue toutes les stratégies du système immunitaire et sait se rendre invisible. Les tests actuels prescrits pour le dépistage sont très peu efficaces, c'est d'ailleurs le seul point sur lequel s'accordent médecins, biologistes et autorités sanitaires. Pour le reste, les patients peuvent souffrir. Ou aller se faire soigner en Allemagne.

La prochaine grande épidémie mondiale?

En effet, nos voisins, qui détectent entre 80.000 et 100.000 cas de Lyme par an, ont bien compris que ça ferait tout de même beaucoup de monde qui simule. Ils n'ont pas attendu pour prendre cette pathologie au sérieux: ils utilisent déjà un tout nouveau test, qui vient d'être reconnu aux Etats-Unis, et mettent en place des protocoles de soins adaptés.

Les Allemands sont ainsi les seuls en Europe à prendre toute la mesure de ce que le prix Nobel de médecine 2008 et découvreur du virus VIH en 1983, Luc Montagnier, considère déjà comme la prochaine grande épidémie mondiale, devant le SIDA et la syphilis.

Il peut être également utile de rappeler que la syphilis, dont les bactéries sont de la même famille que celles incriminées dans le Lyme, a longtemps été considérée comme une maladie mentale... avant qu'on ne découvre qu'il s'agissait d'une bactérie. C'était en 1905, avant que les enjeux financiers ne prennent le pas sur la santé publique.

En 2015, l'industrie pharmaceutique vend les tests de dépistage de la borréliose de Lyme aux laboratoires, qui facturent leurs actes à l'assurance maladie, qui doit rembourser ces analyses à des patients, de plus en plus nombreux. C'est ça, la réalité. Dès lors, qui des industriels, des biologistes, ou des autorités sanitaires aurait intérêt à ce que la maladie soit correctement dépistée et prise en charge?

Tania ne compte pas attendre que la communauté scientifique mondiale accorde ses violons pour agir. Elle a lancé une pétition publique et est décidée à se battre pour que son pays, le Luxembourg, ne ferme plus les yeux.

Lisez l'intégralité de notre enquête au Luxembourg en cliquant ici. Voici les articles principaux:


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