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N'appelez plus André Roeltgen, président
Luxembourg 4 7 min. 06.12.2019

N'appelez plus André Roeltgen, président

André Roeltgen aura présidé l'OGBL pendant six années.

N'appelez plus André Roeltgen, président

André Roeltgen aura présidé l'OGBL pendant six années.
Photo : Pierre Matgé
Luxembourg 4 7 min. 06.12.2019

N'appelez plus André Roeltgen, président

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
En six ans à la présidence de l'OGBL, le syndicaliste en aura mené des tables rondes, des rencontres, des luttes et des moments de partage. Avant de transmettre le flambeau à Nora Back, l'Eschois revient sur les temps forts de son engagement.

Voilà plus de 30 ans que vous êtes militant engagé au sein de l'OGBL, n'avez-vous jamais eu de regrets?

André Roeltgen: «Non et, aujourd'hui encore, mon intérêt pour la cause syndicale est intact. J'ai vécu ces années comme une chance en exerçant pleinement mon engagement comme un temps professionnel. Chaque journée m'a apporté du changement. Pour diriger un syndicat, il faut devenir une machine qui se forme en continu. J'ai apprécié cela : coller au plus près des pulsations qui animent le Luxembourg. Certes, cela ne se fait pas avec des semaines de 40 heures de travail, mais j'ai su établir le juste partage entre ma vie privée et ces combats collectifs.»

En 40 ans, l'OGBL n'a connu que trois présidents. Nora Back, qui va vous succéder vendredi, a donc une longue carrière devant elle à la tête du syndicat ?

Je lui souhaite. Mais John Castegnaro avec ses 25 ans de mandat est imbattable! Durer permet de mieux apprendre, de gagner en efficacité. Mais je ne doute pas que Nora Back saura vite s'adapter. Elle est une professionnelle active du syndicat depuis 2004 déjà. Son parcours parle donc pour elle. Et c'est bien pour sa compétence et son expérience qu'elle sera choisie pour diriger le 1er syndicat du pays.

Etre représentées demain par Nora Back reflétera toute cette nouvelle réalité.

Je ne tire pas de fierté paternaliste dans ce choix d'une femme à notre tête. Cela fait partie des gènes même de l'OGBL que de promouvoir ses membres féminins. Mais je crois aussi que c'est un signal fort d'adaptation envoyé à l'extérieur, vers les salariés, vers la population. Les femmes ont progressé en nombre et en responsabilités dans le monde du travail luxembourgeois ces dernières années de façon incroyable. Aujourd'hui, elles constituent aussi près de 40% de nos adhérents. Etre représentées demain par Nora Back reflétera toute cette nouvelle réalité. Comme elle le fait déjà à la présidence de la Chambre des salariés

Qui a été votre meilleur adversaire ?

Je n'ai jamais ressenti la défense des intérêts collectifs comme une lutte de personne à personne, mais bien entre organisations. Quand on négocie, il n'y a pas d'adversaires mais des interlocuteurs. Et dans ce rôle de partenaire social, si je ne dois choisir qu'un nom, j'évoquerai Gary Kneip. 

Il était vice-président du patronat quand le Conseil économique et social a semblé devoir disparaître des écrans radars. Avec lui, nous avons travaillé de façon constructive ce qui a été positif au final. Je pense que dans le modèle luxembourgeois, la recherche du consensus est un chemin de sagesse qui s'avère positif non pas d'une classe sociale mais de tout le pays.»

Au terme de toutes les batailles menées, quelle victoire vous tient le plus à cœur?

Incontestablement quand Jean-Claude Reding était encore président de l'OGBL et moi, secrétaire général. De 2006 à 2014, nous avons lutté sans discontinuer face aux attaques de ceux qui voulaient en finir avec le système de l'index notamment.

Mais une des discussions les plus importantes à laquelle j'ai participé portait sur l'organisation du temps de travail. Face à un patronat favorable à une flexibilisation totale,  il fallait faire front pour éviter d'énormes abus dans le respect des salariés. Même avec le premier gouvernement Bettel, il a fallu se montrer ferme sur certaines barrières. Là aussi, le dialogue a permis de belles avancées comme la cogestion en entreprise des horaires mobiles ou la clarification légale des heures supplémentaires.»

Et la défaite la plus douloureuse à encaisser?

Clairement, le mauvais score personnel enregistré pour les élections à la Chambre des salariés, en mars dernier. Cela m'a abattu un petit moment. Et, à la vérité, ça a changé le timing de ma succession à la présidence de l'OGBL. Disons que cela a avancé l'histoire de deux ans. J'aurais pu profiter de ce délai pour mieux accompagner celui ou celle qui allait devenir président. Mais l'amertume n'affecte pas ma volonté de continuer mon engagement syndical au-delà du congrès national de cette fin de semaine.»


Interview avec le président OGBL, André Roeltgen - Esch/Alzette -  - 31/01/2019 - photo: claude piscitelli
André Roeltgen ne rempilera pas à la tête de l'OGBL
Après la perte de trois sièges à la Chambre des salariés, l'actuel président du syndicat a annoncé mardi qu'il ne briguera pas un second mandat. Une annonce qui ouvre la voie à Nora Back, secrétaire générale depuis juillet dernier.

Comment jugez-vous l'état de l'OGBL et du syndicalisme au Grand-Duché?

Ceux qui nous voient mourant ont tort, mieux vaut les prévenir. Si le taux de syndicalisation parmi les actifs stagne ou chute, je n'y vois rien d'anormal. Notre syndicat a 103 ans, il faut lui laisser le temps de s'adapter à une situation sociale qui change de plus en plus vite, avec des dossiers de plus en plus complexes.

Avec 70.000 adhérents, nous représentons encore une force avec laquelle il faut compter. Nos partenaires, le gouvernement, l'Union des entreprises ou les autres syndicats doivent comprendre qu'une organisation comme la nôtre est un reflet de ce qui se passe au plus près du terrain. Un écho qu'il ne faudrait pas faire semblant de ne pas entendre. La mobilisation du 19 novembre dernier pour le maintien de la tripartite et du Comité permanent du travail et de l'emploi a encore montré la capacité de mobilisation que nous avons côté syndical, avec le LCGB et la CGFP.»

Militez-vous toujours pour le syndicat unique?

Oui à 100%. Je pense que le blocage qui existe encore tient juste à des questions de tradition, de conservatisme de la part des uns et des autres. Mais nous avons plus de points communs que de différences, à la vérité. Au passage, je salue le choix du syndicat cheminot FNCTTFEL de vouloir fusionner avec l'OGBL. S'il pouvait apparaître en difficulté, se rallier à nous donnera plus d'efficacité encore aux combats qu'il portera à l'avenir.

Pourquoi les syndicats n'évolueraient pas d'ailleurs? Croyez-vous qu'il y a un siècle encore, l'Etat luxembourgeois avait le même rôle, la même puissance, la même polyvalence dans tout le champ des décisions à prendre pour organiser la société? Non, il a changé. Alors, la création d'un syndicat unique, ça peut être aussi une bonne chose en termes de poids comme de vision à 360° des enjeux.»

Passé ce congrès des 6 et 7 décembre, où se retrouvera André Roeltgen? Vacances, pension?

Au travail, oui : je n'ai que 60 ans! Si les délégués le décident, je poursuivrai mon engagement aux côtés de la nouvelle présidente. Juste comme conseiller sur certains dossiers: environnement, fiscalité, lutte contre les inégalités sociales et logement. Je ne m'inscrirai pas dans les négociations courantes, ce rôle reviendra à la présidente et à son comité. Et, comme je l'avais dit au début de mon mandat, l'OGBL ne me servira pas de tremplin pour de nouvelles fonctions politiques. Je suis et reste syndicaliste.»


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André Roeltgen, président de l'OGBL.