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Monica Semedo menacée de nouvelles sanctions
Luxembourg 8 min. 26.11.2022
Accusations de harcèlement moral

Monica Semedo menacée de nouvelles sanctions

En 2019, le DP se réjouissait encore du résultat de l'élection de Monica Semedo.
Accusations de harcèlement moral

Monica Semedo menacée de nouvelles sanctions

En 2019, le DP se réjouissait encore du résultat de l'élection de Monica Semedo.
Photo: Guy Jallay
Luxembourg 8 min. 26.11.2022
Accusations de harcèlement moral

Monica Semedo menacée de nouvelles sanctions

Diego VELAZQUEZ
Diego VELAZQUEZ
Les accusations de harcèlement moral semblent se confirmer. Une enquête interne du Parlement européen demande une nouvelle sanction contre l'eurodéputée luxembourgeoise.

Selon les informations du Luxemburger Wort, l'eurodéputée luxembourgeoise Monica Semedo risque de nouvelles sanctions au sein du Parlement européen. Après qu'un ancien membre de l'équipe d'assistants de l'eurodéputée a signalé le comportement fautif répété de la politicienne fin 2021 aux services compétents au sein du Parlement européen et que ceux-ci ont jugé nécessaire d'ouvrir une procédure d'enquête, le verdict de l'autorité interne compétente est désormais connu. Il doit encore être approuvé par le bureau du Parlement.


Former Luxembourg Finance Minister Pierre Gramegna
Pierre Gramegna, nouveau directeur général de l'ESM
Le Conseil des gouverneurs du Mécanisme européen de stabilité (ESM) a désigné, à l'unanimité des voix exprimées, l'ancien ministre luxembourgeois pour un mandat de cinq ans.

Monica Semedo sera donc suspendue pendant plusieurs semaines - elle ne pourra plus participer aux séances et ne recevra pas d'indemnités journalières pendant cette période. 

Décision finale prévue pour janvier 

Interrogée sur cette affaire, la présidence du Parlement ne souhaite pas faire de commentaire. Selon une porte-parole, la communication ne se fera qu'après la décision finale de la présidente Roberta Metsola. Après un échange avec la députée concernée, le verdict sera alors annoncé à l'ouverture d'une séance plénière, cela devrait être le cas en décembre ou janvier. On ne sait pas encore si le jugement de Metsola correspondra à la proposition de la commission compétente. 

Il y a deux ans, le président du Parlement de l'époque, David Sassoli, avait déjà décidé de suspendre la députée luxembourgeoise pendant 15 jours pour «harcèlement psychologique des assistants». Selon les informations du Luxemburger Wort, la nouvelle proposition de sanction va nettement plus loin. Les reproches sont cette fois-ci presque identiques à ceux qui ont conduit à une sanction début 2021. Il s'agit des exigences irréalistes de Semedo envers ses collaborateurs et de la charge mentale permanente qui en découle. Dans un entretien avec nos confrères, d'anciens membres de l'équipe d'assistants de Semedo décrivaient la situation. 

Semedo a perdu huit collaborateurs jusqu'à présent 

«Au cours de son mandat, Mme Semedo a perdu jusqu'à présent huit collaborateurs qui ont démissionné avant la fin de leur contrat. Des assistants/assistantes qui changent très souvent sont un signe typique des bureaux du Parlement avec une mauvaise ambiance de travail et une mauvaise gestion», affirment les anciens collaborateurs qui souhaitent rester anonymes. «Des exigences de travail impossibles et souvent changeantes, souvent compliquées par le manque de compréhension de Mme Semedo des contextes et des procédures politiques, ont gravement pesé sur la collaboration entre elle et les anciens employés», ajoutent-ils. 


Die liberale Europaabgeordnete Monica Semedo wurde Mitte Januar 2021 für zwei Wochen suspendiert.
Monica Semedo à nouveau accusée de harcèlement moral
L'eurodéputée devrait faire l'objet d'une nouvelle enquête pour mauvaise conduite envers des collaborateurs.

Il s'agissait notamment de «réunions improductives, qui se prolongeaient souvent pendant plusieurs heures et qui nécessitaient inutilement la présence de toute l'équipe, souvent jusque tard dans la soirée». «Mme Semedo tenait souvent des réunions auxquelles elle n'était pas personnellement préparée. Résultat : la députée attaquait souvent tout ce que ses collaborateurs avaient élaboré selon ses indications préalablement convenues, souvent parce qu'elle n'en avait pas compris le contenu. Les réunions étaient souvent caractérisées par le fait que Mme Semedo criait sur un(e) assistant(e), interrompait ses explications sans l'écouter et rejetait la faute sur des choses qui échappaient souvent au contrôle des employés», décrivent les anciens collaborateurs. 

Ingérence dans la vie privée des employés... 

Le stress psychologique allait alors plus loin : «Faire profil bas sur sa vie privée était très important pour les assistants/assistantes, car on avait souvent l'impression qu'elle était jalouse des succès personnels et des moments de bonheur privés. Il était de notoriété publique parmi les collaborateurs qu'il fallait garder sa vie privée largement secrète et même mentir clairement à ce sujet si nécessaire. Sinon, Mme Semedo risquait de réagir et, dans les cas extrêmes, de tenter activement de perturber la vie privée des collaborateurs».

Avant de parler d'une collaboration concrète, Monica Semedo doit faire la lumière sur cette affaire et exposer clairement et publiquement son point de vue.

Frank Engel, chef de Fokus 

A cela s'ajoutent d'autres problèmes qui se sont fait sentir au-delà du bureau : «Lors d'événements publics, il était toujours important pour Mme Semedo d'être au centre de l'attention. Cela allait si loin que Mme Semedo soupçonnait ses assistants/assistantes de l'infiltrer ou de travailler contre elle dès que ces derniers discutaient avec d'autres participants à l'événement». 


IPO.EU Parlament, PK der sechs neuen EU-Abgeordneten aus Luxemburg.Monica Semedo,Foto: Gerry Huberty/Luxemburger Wort
«Certains de mes comportements étaient excessifs»
Quelques jours après avoir réintégré le Parlement après une suspension de deux semaines, l'eurodéputée Monica Semedo revient sur cet épisode et son départ du DP dans une lettre ouverte. Un texte dans lequel elle confirme n'avoir l'intention «en aucun cas» de renoncer à son mandat.

Les efforts n'étaient alors jamais reconnus et l'expertise des collaborateurs était mise en doute à chaque occasion, selon les mêmes sources. Résultat : «Une démission après l'autre, un burnout après l'autre. Un arrière-goût amer du temps passé au Parlement européen. Comme on a pu le voir dans l'attitude publique de Mme Semedo sur les réseaux sociaux, elle pense toujours qu'elle n'a pas tort et que ses sanctions de 2021 n'étaient pas légitimes», regrettent les personnes interrogées sur l'eurodéputée.

Monica Semedo n'a cependant pas souhaité commenter «une procédure encore en cours et de surcroît confidentielle», tout en rejetant les accusations portées contre elle. Quelles sont les conséquences politiques ? Pour l'ancienne enfant et visage de RTL Monica Semedo, l'air se raréfie politiquement après cette récidive. Après la première affaire début 2021, elle a décidé de quitter le DP par manque de soutien. Elle est cependant restée membre du groupe libéral Renew au Parlement européen, dont le DP fait également partie. 

Une polémique mise sous le tapis

Les libéraux européens avaient déjà manifesté leur mécontentement à l'époque, mais la direction du groupe (à l'époque, le Roumain Dacian Ciolos était chef de groupe) avait décidé de balayer rapidement l'affaire sous le tapis, rapportent les initiés. Quelques jours seulement avant l'annonce des sanctions contre Semedo, le groupe avait expulsé un membre lituanien pour des remarques homophobes et la direction voulait apparemment éviter de nouvelles pertes et controverses. Il a donc été décidé que les sanctions du Parlement seraient suffisantes. 


Monica Semedo de retour au Parlement européen
Après deux semaines d'absence, l'eurodéputée luxembourgeoise participera lundi à une session du Parlement, marquant ainsi la reprise de ses fonctions.

Cette fois-ci, Semedo ne peut plus compter sur la main protectrice de Ciolos - depuis octobre 2021, c'est le Français Stéphane Séjourné qui dirige le groupe. De plus, Semedo est désormais perçue comme une récidiviste. Et comme Monica Semedo n'a guère brillé par son travail parlementaire ces dernières années, elle n'est guère considérée comme indispensable par les libéraux. 

Selon deux initiés, des conséquences internes au groupe ne sont donc pas à exclure cette fois-ci. D'autant plus que le groupe Renew aime se présenter à l'extérieur comme une force progressiste qui insiste sur des conditions de travail équitables. 

Changement chez Fokus ? 

On ne sait pas non plus ce que les nouvelles sanctions signifieraient pour leur carrière politique au Luxembourg. Monica Semedo et Frank Engel sont récemment entrés en contact pour discuter d'une éventuelle collaboration avec le mouvement d'Engel, Fokus. Frank Engel a confirmé au Luxemburger Wort que «des contacts ont eu lieu». L'ancien chef du parti CSV tente actuellement de renforcer sa jeune équipe et l'adhésion d'une figure connue comme Semedo conviendrait parfaitement au porte-parole et tête de liste de Fokus. 

Mais le jugement du Parlement européen pourrait encore peser sur une future collaboration. «Avant de parler d'une collaboration concrète, Semedo doit faire la lumière sur l'affaire et exposer clairement et publiquement son point de vue», déclare le leader de Fokus. De son côté, Monica Semedo souligne qu'elle n'a pas l'intention d'arrêter la politique pour le moment. 

Un problème plus large au Parlement européen 

Le cas Semedo reste cependant représentatif d'un problème plus large à Bruxelles et à Strasbourg. Les sanctions formelles contre les députés, comme celles qui attendent Semedo, y sont certes rares, mais les relations problématiques entre les parlementaires et leurs collaborateurs y sont plus courantes. 


Rude diverse colleagues humiliating offending stressed upset young african woman leader suffering from gender racial discrimination during meeting or feeling exhausted tired of responsibility at work
«Le mobbing est plus que présent au Luxembourg»
Remise sur le devant de la scène médiatique via la sanction infligée à l'eurodéputée Monica Semedo, la question du mobbing sur le lieu de travail constitue une réalité au Luxembourg. Même en période de télétravail intensif. Un phénomène, à ce jour, toujours pas encadré par la loi.

Les jeunes politiciens sans expérience sont souvent laissés seuls face à leurs responsabilités par leur parti et leur groupe après leur succès électoral, tant sur le plan politique qu'humain, raconte par exemple un initié du Parlement. Cela conduit parfois à ce que le politicien surchargé se défoule sur ses collaborateurs et que le groupe et le parti décident de fermer les yeux. Et ce, bien que les problèmes soient largement connus. 

Cette analyse s'applique sans aucun doute au cas Semedo. Déjà pendant la campagne de 2019, Monica Semedo s'est distinguée par son contenu léger, tant lors de ses apparitions dans les médias qu'au sein de son parti. Mais la notoriété de Semedo en tant qu'ancienne «star des enfants» et présentatrice de RTL a sans doute été plus importante pour le DP. 

Le chemin reste long

Le calcul a fonctionné sur le plan électoral et le DP a obtenu un deuxième siège au Parlement européen. Mais après le succès électoral, la politicienne, visiblement dépassée, s'est retrouvée seule. Le prix en a été payé par de nombreux collaborateurs qui, à Bruxelles et à Strasbourg, ont dû supporter Monica Semedo comme une cheffe «intenable». 

Depuis 2014, il existe toutefois au Parlement européen une cellule de signalement pour de tels cas - ses compétences ont été élargies en 2019. Mais le chemin reste long et fastidieux pour les assistants qui souhaitent signaler des chefs problématiques. Les collaborateurs se battent pour obtenir davantage d'aide préventive et de formation pour les députés, afin d'éviter d'en arriver là. 

Cet article a été publié pour la première fois sur wort.lu/de

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IPO , DP Europakongress , Europawahlen 2019 , Centre Culturel Walferdingen , Spitzenkandidatin Monica Semedo Foto:Guy Jallay/Luxemburger Wort