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«Moins de réfugiés avec la crise sanitaire»
Luxembourg 1 7 min. 01.09.2020 Cet article est archivé

«Moins de réfugiés avec la crise sanitaire»

Yves Piron considère que «l'impact de la pandémie est réel. Moins de gens sont venus au Luxembourg après que l'Allemagne a fermé ses frontières.»

«Moins de réfugiés avec la crise sanitaire»

Yves Piron considère que «l'impact de la pandémie est réel. Moins de gens sont venus au Luxembourg après que l'Allemagne a fermé ses frontières.»
Photo: Chris Karaba
Luxembourg 1 7 min. 01.09.2020 Cet article est archivé

«Moins de réfugiés avec la crise sanitaire»

L'Office national de l'accueil rappelle la situation toujours difficile dans les pays d'origine des demandeurs d'asile. Ce, même s'ils sont moins nombreux à débarquer au Luxembourg depuis le début de la pandémie en mars.

(JFC, avec Marc Hoscheid) - Depuis le mois de mars, la pandémie de covid-19 a largement éclipsé la problématique des «réfugiés». Néanmoins, les raisons de fuir certaines contrées persistent encore aujourd'hui, tandis que le coronavirus rend le travail humanitaire encore plus ardu. Le directeur Yves Piron et Katia Duscherer de l'Office national de l'accueil (ONA) évoquent la situation des demandeurs d'asile au Luxembourg et se défendent contre les récentes critiques du Conseil luxembourgeois pour les réfugiés concernant le traitement des personnes ayant besoin de protection.

Yves Piron, combien de personnes sont actuellement hébergées dans les structures de l'ONA?

Yves Piron: «Environ 3.200, un chiffre constant depuis plusieurs mois. Même au plus fort de la crise des réfugiés en 2015 et 2016, il n'y en avait pas davantage. Ce nombre stable, mais surtout élevé de personnes dans nos structures depuis longtemps tient à plusieurs raisons. La moitié des personnes disposent du statut de réfugié et pourraient théoriquement vivre au Luxembourg demain, mais elles rencontrent de grandes difficultés à trouver un logement sur le marché immobilier.

Yves Piron: «En ce moment, le taux d'occupation des lits est de 82%. C'est le maximum à nos yeux.»
Yves Piron: «En ce moment, le taux d'occupation des lits est de 82%. C'est le maximum à nos yeux.»
Photo: Chris Karaba

Déjà compliquée avant, cette situation a encore été exacerbée par la crise sanitaire. L'année dernière, 600 demandeurs d'asile ont pu quitter nos structures, alors que cette année nous sommes pratiquement à zéro. Nous serions heureux de pouvoir atteindre 60 départs d'ici la fin de l'année. Cependant, depuis le début de l'état d'urgence à la mi-mars, 558 personnes sont arrivées au Luxembourg en quête de protection. Rien qu'en juillet, nous avons accueilli 185 nouvelles personnes dans nos structures.

D'où proviennent ces personnes?

«Nous dénombrons 76 nationalités dans nos structures, dont 28,4% d'Erythréens, 21,6% de Syriens, 9,1% d'Afghans et 8,5% d'Irakiens.

Quelle est la capacité maximale d'accueil de l'ONA?

«Elle a déjà été atteinte. Nous disposons d'environ 60 foyers avec 4.200 lits, répartis dans 33 communautés. Les gens y vivent jusqu'à ce que la Direction de l'immigration décide de leur statut. En ce moment, le taux d'occupation des lits est de 82%. C'est le maximum à nos yeux. Si, par exemple, nous hébergeons une famille de trois personnes dans une chambre à quatre lits, nous ne mettons pas une personne supplémentaire dans la chambre. Car après tout, la pièce est leur maison.

Les migrants restent chez nous parce qu'ils ne parviennent pas à trouver un logement abordable

Combien de temps en moyenne ces personnes attendent-elles qu'une décision soit prise à leur sujet?

«C'est très variable. Ainsi plus de 90% des Erythréens et des Syriens obtiennent le statut de réfugié, et cela prend généralement entre six et douze mois au maximum. Mais après cela, ils restent quand même chez nous parce qu'ils ne parviennent pas à trouver un logement abordable. Dans un passé récent, le séjour moyen durait entre deux et trois ans.

Pourquoi le Luxembourg reste-t-il un point de chute aussi prisé par les migrants? Est-ce dû à la politique menée dans ce domaine?

«Avant toutes choses, il convient de bien analyser la situation dans le pays d'origine. En Erythrée et en Syrie par exemple, le régime politique en place persécute la population. Les conflits dans ces deux pays n'ont toujours pas été résolus. Ces personnes fuient alors tout simplement pour sauver leur vie. Ils prennent la direction de l'Europe, pas seulement vers le Luxembourg, mais aussi en Belgique et aux Pays-Bas.

Jean Asselborn (LSAP), le ministre des Affaires étrangères a appelé d'autres pays à accueillir des réfugiés mineurs, mais très peu ont suivi son exemple.
Jean Asselborn (LSAP), le ministre des Affaires étrangères a appelé d'autres pays à accueillir des réfugiés mineurs, mais très peu ont suivi son exemple.
Photo: Pierre Matgé

Craignez-vous l'arrivée d'une nouvelle vague de réfugiés après la crise sanitaire? Quel est d'ailleurs l'impact réel de l'épidémie sur les chiffres migratoires?

«L'influence de la pandémie est réelle: ainsi, moins de gens sont venus au Luxembourg après que l'Allemagne en particulier a fermé ses frontières. Il faut savoir que seule une poignée de demandeurs d'asile entrent dans le pays par l'aéroport, la majorité d'entre eux transitant par les pays voisins. Si la situation autour de la crise sanitaire s'améliore, ce que nous espérons bien sûr, l'afflux restera élevé, car la situation politique dans les pays d'origine ne s'est pas améliorée.

L'accord sur les réfugiés conclu entre l'UE et la Turquie a-t-il réellement porté ses fruits?

«Cet accord a été conclu en 2016. A l'époque, nous accueillions 2.474 personnes dans nos structures. Aujourd'hui, nous en recensons près de 1.000 de plus. On pourrait avancer que sans cet accord, il y en aurait encore beaucoup plus, mais je ne peux pas en juger. Le Luxembourg est en tout cas resté actif, par exemple en accueillant les réfugiés mineurs des îles grecques gravement touchées. Jean Asselborn (LSAP), le ministre des Affaires étrangères a également essayé de motiver d'autres pays à en faire de même, mais malheureusement très peu ont suivi son exemple.

Quels sont les projets de nouveaux logements dans un avenir proche?

«Nous nous concentrons de plus en plus sur des structures modulaires conçues pour 30 personnes. Pour cela, nous avons besoin d'une zone de dix ares et d'un effort collectif. C'est pourquoi Jean Asselborn a lancé un appel au syndicat municipal Syvicol en avril dernier pour qu'il mette à disposition l'espace nécessaire.

Parallèlement, l'ONA a arpenté un certain nombre de communes pour les convaincre. Nous nous sommes concentrés sur les communes d'environ 10.000 habitants, parce que ce sont celles le plus susceptibles d'accueillir une telle structure. L'accueil fut très contrasté, certaines se montrant particulièrement réticentes ou hostiles.


IPO.Ausreise minderjähriger Flüchtlinge aus Athen.Jean Asselborn, Marie-Josée Jacobs.Ankunft Luxemburg Findel. Foto: Gerry Huberty/Luxemburger Wort
«Ne laissez pas les enfants dans les décharges»
Les douze premiers enfants non accompagnés des camps de réfugiés surpeuplés des îles grecques ont posé le pied sur le sol du Grand-Duché. Par cet exemple, Jean Asselborn appelle les autres pays de l'UE à apporter leur aide.

Le samedi 5 septembre, nous ouvrirons une structure dans les anciens bâtiments des douanes à Mertert, que nous avons rénovés. Au début de l'année prochaine, nous mettrons également en œuvre un projet de 66 lits à Bascharage, à proximité de la nouvelle maison de retraite.  

Le Conseil luxembourgeois pour les réfugiés a récemment critiqué le fait que l'ONA met rapidement les personnes ayant besoin d'aide à la rue ou ne les accueille pas du tout. Que pouvez-vous répondre?

«Ce n'est pas vrai! Nous n'avons mis personne à la rue depuis le début de la crise sanitaire. Evidemment, lorsque quelqu'un se comporte de manière inconvenante et utilise la violence ou menace d'autres personnes, c'est autre chose. Ensuite, en dernier recours, l'accès à la structure peut être refusé. Cependant, ce cas de figure ne représente que cinq cas par mois environ, ce qui est très peu sur 3 200 personnes.

Katia Duscherer explique que «les personnes qui viennent de débarquer sont systématiquement testées, et, en raison de la période d'incubation, deux tests sont pratiqués dans les cinq jours précédant l'entrée dans les structures»
Katia Duscherer explique que «les personnes qui viennent de débarquer sont systématiquement testées, et, en raison de la période d'incubation, deux tests sont pratiqués dans les cinq jours précédant l'entrée dans les structures»
Photo: Chris Karaba

Toutefois, cela ne signifie pas que cette personne perd son droit d'accès pour toujours. La durée de l'interdiction dépend de la gravité de l'infraction, et peut aller de 24 heures à cinq jours au maximum. Dans le contexte de la pandémie, nous avons également tenu à cibler les personnes particulièrement vulnérables. Ils étaient environ 200, que nous avons volontairement hébergés pour leur propre protection dans trois hôtels que nous avions loués. Un peu plus de la moitié d'entre eux ont répondu et ils n'ont quitté ces hôtels qu'à la fin du mois de juillet, quand nous leur avons proposé de réintégrer leur structure.

Katia Duscherer, qu'en est-il des tests pratiqués sur ces demandeurs d'asile?

Katia Duscherer - «Ils se déroulent comme pour le reste de la population. Nous ne testons pas à l'aveugle, mais dès qu'une personne présente des symptômes ou a été en contact avec une personne infectée. Ce dépistage a lieu dans les structures elles-mêmes pour éviter une éventuelle propagation. Les personnes qui viennent de débarquer sont également systématiquement testées. En raison de la période d'incubation, nous effectuons deux tests dans les cinq jours précédant l'entrée dans les structures.»

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