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Grande Région: «Il faut décider, faire des choix»
Luxembourg 5 min. 25.01.2018 Cet article est archivé
Mobilité transfrontalière

Grande Région: «Il faut décider, faire des choix»

L'autoroute A31 constitue le problème majeur du transport transfrontalier, estime l'IGR.
Mobilité transfrontalière

Grande Région: «Il faut décider, faire des choix»

L'autoroute A31 constitue le problème majeur du transport transfrontalier, estime l'IGR.
Lex Kleren
Luxembourg 5 min. 25.01.2018 Cet article est archivé
Mobilité transfrontalière

Grande Région: «Il faut décider, faire des choix»

Linda CORTEY
Linda CORTEY
La mobilité transfrontalière reste le principal problème de la Grande Région. Tous les acteurs s’accordent sur ce diagnostic et, pourtant, peu d’actions sont prises pour réellement résoudre le problème, a estimé ce jeudi l'Institut de la Grande Région (IGR). Il appelle les décideurs à « faire des choix ».

Par Jean Vayssières

Les acteurs de la Grande Région seraient «trop timides sur la question du transfrontalier». Il doivent prendre des décisions concrètes, estime l'Institut de la Grande Région (IGR). 

Les représentants de l'IGR, qui se définit comme une «plateforme d'échange libre et permanente», se sont réunis ce jeudi matin pour sensibiliser sur  «l'urgence transfrontalière». 

Au programme : les mobilités transfrontalières, notamment entre la France et le Luxembourg, et le potentiel projet d'instauration d'une zone franche à Longwy, qui s'éternise.

L’A31 «totalement obsolète»

Quelque 95.000 frontaliers français  vont travailler au Luxembourg chaque jour. C'est 5000 de plus qu'en 2016. Leur nombre continue de croître puisque, selon Roger Cayzelle, Président de l'IGR, «on en comptera environ 100.000 au mois d'octobre».

«La mobilité est un bel exemple de notre impossibilité à bouger et prendre des décisions», constate Roger Cayzelle. «Dans les têtes, les frontières existent encore énormément». 

Car, si le Luxembourg, sous l'impulsion du ministre des Infrastructures Francois Bausch, multiplie les projets de mobilité à l'instar des nouvelles gares de Pfaffenthal-Kirchberg et de Howald, d'autres réseaux de transport continuent à poser problème.

La question du flux autoroutier de l'A31 entre Metz et le Luxembourg est au centre du débat. «L'autoroute est aujourd'hui totalement obsolète» déplore Roger Cayzelle. «Il y a vraiment une urgence». Qu'en est-il, alors, du projet de construction d'une seconde autoroute, qui permettrait de fluidifier le trafic transfrontalier ?

Une lettre pour le gouvernement français 

 À ce sujet, Guy Keckhut, responsable communication de l'IGR, est catégorique : «Il ne faut pas lâcher. Le risque, c'est qu'à la longue, on lâche le dossier. Il faut décider, avancer, faire des choix. On ne peut pas rester dans cette situation.»

Si Guy Keckhut est déterminé, il ne jette pour autant la pierre à personne. Selon lui, «les politiques en sont conscients. Ils ont des pressions, des responsabilités». D'autant plus que la construction d'une autoroute, au-delà des contraintes politiques et administratives, représente un énorme investissement. 

Le projet, selon Roger Cayzelle, coûte un milliard et demi ; et il manque actuellement 700 millions. «Nous, l'IGR, on joue un tout petit rôle là-dedans !», tempère Guy Keckhut.

Un rôle qui est sur le point de se concrétiser puisque, dans une quinzaine de jours, l'Institut enverra une lettre au Premier ministre français Edouard Philippe, afin de le sensibiliser aux questions transfrontalières. 

«Voilà le rôle de l'IGR : c'est un acte très fort. On veut le solliciter sur certains aspects. L'interpeller et lui dire ‘On est les États fondateurs de l'UE, venez travailler avec nous !’».

Des efforts réalisés dans les TER

Malgré le peu d’avancées sur le projet de seconde autoroute, le regard de Guy Keckhut sur la mobilité transfrontalière n'est pas totalement défaitiste.

«Sur le plan ferroviaire, beaucoup d'investissements ont été faits dans les TER, et beaucoup continuent à être faits. Il y a des efforts. D'autant plus que certaines entreprises développent le télétravail». Le chantier du «S-Hub», un grand espace de télétravail transfrontalier, a démarré en octobre dernier à Thionville.

Côté luxembourgeois, la fin du chantier d'élargissement de l'A3, qui doit rajouter une nouvelle voie à l'autoroute, est prévue pour 2023. «Une troisième voie, c'est bien», se réjouit Bruno Theret, Vice-Président Luxembourg de l'IGR. «La France n'a pas le choix: elle devra assurer la connexion».

Qu'en est-il de la zone franche de Longwy ?

Au-delà des problématiques de mobilité, les membres de l'Institut de la Grande Région se sont penchés sur le projet d'instauration d'une zone franche, promesse d'exonération fiscale et d'attractivité, aux alentours de Longwy.

Si les députés français ont validé, en décembre dernier, l'instauration d'une zone franche dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, le secteur de Longwy ne convenait, lui, pas à l'installation d'un tel dispositif. 

Une décision que certains, comme Roger Cayzelle, déplorent. «J'ai du mal à comprendre pourquoi le projet s'est mis en place dans le Nord et pas à Longwy. Ca nous aiderait bien.»

Un projet «profitable à tout le monde» selon l'IGR

La mise en place d'un tel projet serait, selon l'IGR, «profitable à tout le monde. Cela permettrait de définir une zone, qui serait en équité de traitement de chaque côté de la frontière, puisque l'emploi au Luxembourg n'est pas organisé pareil», explique Guy Keckhut. 

«Cela serait même favorable au flux de travailleurs transfrontaliers puisque ce territoire, rendu plus compétitif, permettrait la création d'emplois en France, là où une entreprise se serait auparavant installée naturellement de l'autre côté de la frontière».

Le secteur de Longwy ne convenant apparemment pas à l'installation d'une telle zone, les élus locaux ont entamé des négociations avec le gouvernement. Mais ces dernières «ne sont pas allées au bout, à cause du changement de gouvernement», regrette Guy Keckhut. 

Ces derniers tentent actuellement de reprendre contact avec le nouveau gouvernement, afin de remettre le sujet sur la table.


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A31 Metz Thionville Luxembourg, Peage, Foto Lex Kleren