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Minetter Schof et la vie est plus «bêle»
Luxembourg 5 min. 12.08.2022
Environnement

Minetter Schof et la vie est plus «bêle»

Derrière Pol Kail, pas une tête ne dépasse.Enfin, presque...
Environnement

Minetter Schof et la vie est plus «bêle»

Derrière Pol Kail, pas une tête ne dépasse.Enfin, presque...
Photo: Marc Wilwert
Luxembourg 5 min. 12.08.2022
Environnement

Minetter Schof et la vie est plus «bêle»

Charles MICHEL
Charles MICHEL
Depuis 2017, Pol et Guy Kail entretiennent, à l'aide de leurs Ardennais roux, les prairies sèches des anciennes zones minières. Ce vendredi, ils ont officiellement été reconduits dans leur mission.

Bergem, mercredi. Un soleil de plomb s'abat sur les champs bordant la CR164 direction Schifflange. Ni jolie fleur, ni peau de vache à l'horizon. Sur la droite, une exploitation agricole. Au pied de l'une des granges, allongés sur la paille, de très jeunes veaux se reposent à l'ombre, dans la fraîcheur toute relative de leur igloo. 


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«Venez, c'est par ici!» En maître des lieux, Pol Kail (38 ans) invite à trouver refuge dans cette maison, construite il y a deux ans, au plus près donc d'une ferme familiale bâtie par Albert, le patriarche, en 1979. Très vite, celui-ci se lance dans le lait. Quarante ans plus tard, cela reste toujours la principale activité de la «Haff Kail Biergem».

Homme de peu de mots, Pol se veut discret sur le nombre de Holstein qui composent son troupeau et sur la superficie de son exploitation. «Pas utile». Son fonctionnement nécessite ses bras, ceux de Guy (43 ans), l'aîné, et de «trois à quatre employés». «Mon frère a repris l'exploitation en 1998. Je l'ai rejoint en 2002. Ce métier, on le fait par passion.» Comme tout enfant d'agriculteur, Pol n'imaginait pas autre chose que de récolter le fruit de son hectare. 

Depuis 2017, son «terrain de jeu» s'est quelque peu étendu. L'Agence nationale des forêts (ANF) lui confie l'entretien des 150 hectares de prairie sèche de la Minetter Schof.  Le tout à coups de langue. Celle de ses Ardennais roux. Ce mouton, jugé comme espèce locale en voie de disparition, a la particularité d'être peu regardant. «Résistant, il se satisfait d'herbe qui n'a pas besoin d'être très riche.»  

Depuis cinq ans, ses ovins vont de la Prënzebierg - Giele Botter (Differdange) à la Haard-Hesselsbierg-Staebierg (Dudelange) en passant par le Kiemerchen-Scheiergronn-Groussebësch (Differdange), le Ellergronn (Esch), la  Brucherbierg-Lalléngerbierg (Schfflange) et le Léiffrächen (Kayl-Tétange).      Cette transhumance, à effectuer «dans les deux sens», débute le 2 mai et s'achève le 10 novembre. «Enfin, ça c'était jusqu'à maintenant. À cause de la sécheresse, c'est possible qu'on s'arrête début octobre. Les brebis n'ont déjà plus grand-chose à manger...»  

«C'est un sacré boulot...», assure Pol, un brin amusé à l'évocation de ces citadins français s'improvisant bergers. Pour ce rôle, il est allé chercher André «qui s'en occupait déjà pour l'ancien exploitant». Pas de béret mais une casquette vissée sur le crâne, il emmène paître les «350 brebis et à peu près 300 agneaux». La fin de son exploitation, dans les années 70, a permis à ce site de se refaire une santé. Sa biodiversité est suffisamment riche pour être labellisé Natura 2000. Depuis 2020, il est même question du Minett Unesco Biosphère.

Au-delà de leur action mécanique, les moutons participent via leurs déjections à l'enrichissement des sols. Cela étant, Pol Kail doit préserver certaines zones de leur appétit. «Chaque année, Jan Herr (Ndlr: gestionnaire des zones Natura 2000) étudie tous les terrains et nous indique les coins à protéger. S'il y a des orchidées ou je-ne-sais-quoi, on installe un grillage par exemple...» 

Me voir confier pour cinq années de plus cette mission, c'est quand même une belle satisfaction. Ca veut dire qu'on fait du bon travail, non?

Pol Kail

Cette démarche s'inscrit incontestablement dans l'air du temps. Aussi, les onze communes membres du syndicat Pro-Sud ont décidé d'apporter leur soutien à la commercialisation de la viande d'agneau de la famille Kail. «On a démarré en juillet. On a un partenariat avec La Provençale à qui, chaque semaine, on doit livrer quinze agneaux. J'ai de quoi leur fournir pour six mois», explique Pol satisfait de produire une «viande de qualité». 

Ce vendredi matin, Pol Kail était à Schifflange aux côtés de Joëlle Welfring, ministre de l'Environnement, du Climat et du Développement durable, mais aussi de Georges Mischo, président de PRO-SUD, de Paul Weimerskirch, bourgmestre de Schifflange, ainsi que de Laurent Schley, directeur adjoint de l'ANF. «Me voir confier pour cinq années de plus cette mission, c'est quand même une belle satisfaction. Ça veut dire qu'on fait du bon travail, non?»

Pitbull et trafic routier

Ce travail n'est pas sans risque. «L'an passé, on a perdu deux moutons. L'un a été attaqué par un pitbull, un autre a eu la queue arrachée...  Même si des accidents de ce type, on n’en a qu'un ou deux par an, c'est toujours un ou deux de trop!», s'agace Pol Kail, tout en rappelant que le règlement stipule que «les chiens doivent être tenus en laisse du 1er mars au 30 septembre». 

Les chiens doivent être tenus en laisse.
Les chiens doivent être tenus en laisse.
Photo: Marc Wilwert

Passé de 200 à près de 600 Ardennais roux en l'espace de cinq ans, son troupeau ne devrait pas se développer davantage. «Non, car c'est, en fonction des études réalisées, le nombre idéal pour l'entretien du Minetter Schof. En avoir trop, ce ne serait pas bon.»


Lokales, online.fr, Tierheim Gasperich, Hunde, Katzen, Déierenasil Gaasperech,  Foto: Anouk Antony/Luxemburger Wort
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Ce lundi, Pol, André et leurs cinq Border Collie conduiront le cheptel de Lalléngerbierg vers l'Ellergronn. Départ fixé un peu avant 6h «pour éviter que les moutons ne souffrent de la chaleur du bitume». En plus des habituelles autorisations de l'inspection vétérinaire et de la police luxembourgeoise, Pol Kail a eu besoin également de celle de la mairie de... Villerupt. «On a toujours des villages à traverser, ce qui génère un grand stress pour les moutons. Ils n'aiment pas ça. On pourrait passer par Belval, mais il y a un tel trafic... C'est plus simple de passer par Villerupt et de rejoindre Belvaux.»  

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