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Mgr Hollerich: «C'est tolérance zéro» pour les abus sexuels
Luxembourg 1 5 min. 28.02.2019 Cet article est archivé

Mgr Hollerich: «C'est tolérance zéro» pour les abus sexuels

Luxembourg 1 5 min. 28.02.2019 Cet article est archivé

Mgr Hollerich: «C'est tolérance zéro» pour les abus sexuels

Maurice FICK
Maurice FICK
Dans la vaste affaire des abus sexuels au sein de l'Eglise catholique, à laquelle le Luxembourg n'échappe pas, l'archevêque Mgr Jean-Claude Hollerich a exprimé ce mercredi ses excuses publiques à toutes les victimes et a prôné la «tolérance zéro» pour les coupables.

Trois jours après que le pape François a promis «une lutte à tous les niveaux» contre les abus sexuels», et le jour même où l'un de ses plus proches conseillers et ex-numéro trois du Vatican, le cardinal George Pell passera sa première nuit en prison, l'archevêque de Luxembourg, Mgr Jean-Claude Hollerich a fait un point, ce mercredi, sur l'épineuse question des abus sexuels au sein de l'Eglise catholique au Luxembourg.

«En tout premier lieu et du plus profond de mon cœur je veux m'excuser auprès des victimes pour la peine et la douleur qu'elles ont éprouvées et éprouvent toujours», a commencé Mgr Hollerich, face aux nombreux micros et caméras, la conférence de presse au Centre Convict à Luxembourg. «On leur a fait du mal. Un mal terrible. Il faut que je m'excuse,... au moins ça», a-t-il glissé, visiblement très ému.

A Rome, l'archevêque de Luxembourg, aux premières loges, a été directement confronté à plusieurs victimes d'abus sexuels alors qu'elles étaient encore mineures. De retour du Vatican, le numéro un de l'Eglise catholique au Luxembourg a été clair sur ses intentions: «Je veux une politique de zéro tolérance au Luxembourg. C'est quelque chose d'extrêmement sérieux qui blesse profondément les gens».

Entre 2011 et 2018, «il y a eu 33 cas de violences rapportés par 37 contacts qui se sont faits par mails, téléphone ou directement auprès de l'archidiocèse», explique Martine Jungers. La déléguée permanente de l'archidiocèse pour la prévention des abus et transgressions sexuels et physiques rapporte qu'au total, elle a relevé «24 cas d'abus sexuels au cours des huit dernières années» au Luxembourg.

De ces 24 cas, «21 concernent des mineurs et trois des adultes». Dans 17 cas ce sont des garçons et des hommes qui ont été victimes d'abus sexuels par des religieux. Les chiffres détaillés livrés par la responsable de la prévention des abus sexuels mise en place par l'Eglise, indiquent que 11 des petites victimes avaient entre 0 et 12 ans au moment des faits. Quatre avaient entre 13 et 17 ans.

Trois cas seulement les neuf dernières années


Le pape promet «une lutte à tous les niveaux» contre les abus sexuels
«Aucun abus ne doit jamais être couvert, comme ce fut le cas par le passé, et sous-évalué», a déclaré le pape François, après quatre jours d'un sommet inédit regroupant notamment 114 présidents de conférences épiscopales à Rome.

En cas d'abus ou de dérives sexuels sur des mineurs ou adultes perpétrés par des hommes d'Eglise, «je veux tout faire pour clarifier les choses» et s'il n'y a pas prescription sur le plan juridique, l'archevêque veut que «les coupables trouvent aussi leur punition légale».

L'ennui c'est que pour plus de 70% des cas qui sont arrivés aux oreilles de l'Eglise, donc la grande majorité, les faits sont très anciens. Ils remontent à avant 1999 et se sont plutôt déroulés entre 1950 et fin 1989. Seuls trois cas d'abus sexuels rapportés ont eu lieu entre 2010 et 2018.

Photo: Chris Karaba

Le seul qui concernait un mineur remonte à 2008. C'est l'affaire du viol qui avait été commis par l'ancien curé de Belair sur un adolescent de tout juste 14 ans et pour lequel le prêtre avait écopé de sept ans de prison avec sursis, à la fin novembre 2017.

5.000 euros versés pour la peine subie

En attendant, et même si au Luxembourg nombre de cas d'abus sexuels sont prescrits judiciairement car ils datent d'une époque trop lointaine, «L'Eglise doit faire face à la réalité», a posé gravement l'archevêque. «C'est mon devoir d'évêque de continuer à recevoir chaque personne», assure Mgr Hollerich. Par son expérience, il sait que «les victimes ont ce besoin de rencontrer une personne qui les écoute, qui écoute leur histoire de douleur. Une personne qui écoute non seulement avec les oreilles mais aussi avec son cœur.»

Concrètement, l'Eglise catholique du Luxembourg a versé 5.000 euros à 15 victimes en reconnaissance de la peine subie. Depuis la publication du rapport du centre d'assistance pour victimes de transgressions sexuelles et physiques qui avait été mis en place en 2010 et révélé que 39 personnes avaient été victimes d'abus sexuels entre 1960 et 1975, l'Eglise a pris plusieurs mesures de prévention.

Une série de mesures de prévention

Depuis 2011, les jeunes diacres passent tous un screening en interne. Tout aspirant à l'ordination doit désormais passer «cinq tests psychiatriques et cinq tests psychologiques afin de détecter s'il a une maturité émotionnelle et sexuelle», explique Leo Wagener, vicaire général. Si «une pathologie de pédophilie est détectée, les gens ne sont pas ordonnés», coupe court l'archevêque.

Depuis 2011, l'Eglise a publié des directives concernant la violence sexualisée de mineurs et de majeurs protégés dans le milieu ecclésial. Et depuis 2012-2013, la prévention fait partie intégrante de la formation des prêtres au Luxembourg. «Nous avons des règles de prévention pour savoir comment agir avec les enfants et les jeunes dans les activités que nous proposons», résume Mgr Hollerich.  Son souhait le plus profond est que «les jeunes se sentent libre en Eglise. Car il n'y a pas de Foi sans liberté».


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