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«Mes solutions pour améliorer la mobilité des frontaliers»
Luxembourg 12 min. 11.05.2022
François Bausch, ministre de la Mobilité

«Mes solutions pour améliorer la mobilité des frontaliers»

Le ministre de la Mobilité, François Bausch (déi Gréng), est revenu sur les différentes solutions qui seront mises en place à plus ou moins court et long terme.
François Bausch, ministre de la Mobilité

«Mes solutions pour améliorer la mobilité des frontaliers»

Le ministre de la Mobilité, François Bausch (déi Gréng), est revenu sur les différentes solutions qui seront mises en place à plus ou moins court et long terme.
Photo: Gerry Huberty
Luxembourg 12 min. 11.05.2022
François Bausch, ministre de la Mobilité

«Mes solutions pour améliorer la mobilité des frontaliers»

Simon Laurent MARTIN
Simon Laurent MARTIN
Rencontre avec François Bausch, le ministre de la Mobilité, afin d'évoquer les solutions qui seront mises en place afin d'alléger le trafic routier pour les travailleurs frontaliers.

Les embouteillages du matin pour se rendre au Grand-Duché, un mauvais souvenir qui paraissait si lointain pour les dizaines de milliers de frontaliers belges et français ayant pris l'habitude de télétravailler. Pourtant, un dur retour à la réalité s'est opéré au cours de ces derniers jours. En effet, de plus en plus de travailleurs retournent au bureau, entraînant à nouveau un trafic plus que congestionné aux heures de pointe. 


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Tant au niveau de la frontière belge que française, il faut désormais s'armer de patience afin de rallier le Grand-Duché suite à un itinéraire rallongé de plusieurs dizaines de minutes en raison des bouchons. D'aucuns parlent d'ailleurs d'une situation encore pire que celle d'avant la crise sanitaire. Le ministre de la Mobilité, François Bausch (déi Gréng), est revenu pour nous sur les différentes solutions qui seront mises en place à plus ou moins court et long terme afin d'alléger cette problématique. A en croire ce dernier, il faudra toutefois prendre son mal en patience pendant encore quelque temps.

François Bausch, depuis quelques jours, le trafic frontalier a repris d'une manière assez forte. Entre la fin annoncée du télétravail illimité, un chantier d'envergure sur l'A3 et une augmentation des travailleurs frontaliers, la situation se complique sur les routes le matin. Est-ce un phénomène que vous avez également ressenti ? 


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«Certainement et celui-ci s'explique par deux points. Premièrement, il faut surtout prendre en compte le fait que l'économie tourne à nouveau à 100%. Il est donc normal qu'il y ait à nouveau un retour à la normale au niveau du trafic en général. Deuxièmement, et ce point est très important, c'est que au cours de ces deux dernières années, l'emploi a augmenté encore une fois au Luxembourg. Dans le plan national de Mobilité (PNM), on prédit ainsi environ 40 % de mouvements et de déplacements supplémentaires. Il faut éviter que ce pourcentage se reflète sur le terrain par une augmentation du trafic individuel automobile. Ce que nous proposons au sein du PNM comme solutions afin d'alléger le trafic frontalier est donc totalement justifié. 

Justement, que proposez-vous? 

«Il y a bien évidemment plein de projets, qui visent notamment à développer des alternatives à la voiture. Je pense notamment à la gare de Hollerich qui sera raccordée au tram d'ici 2035. La gare sera également, à terme, desservie par les trains venant de Belgique par exemple. Le deuxième axe sur lequel nous voulons travailler, c'est bien évidemment le covoiturage.

A l'heure actuelle, le covoiturage ne peut pas marcher, c'est un fait. Tout simplement car il n'existe aucun avantage réel au covoiturage du point de vue de l'utilisateur.

François Bausch

Mais peut-on aujourd'hui dire que le covoiturage, de même que le principe d'autopartage présenté il y a peu, fonctionnent? 

«Non, à l'heure actuelle, le covoiturage ne peut pas marcher, c'est un fait. Tout simplement car il n'existe aucun avantage réel au covoiturage du point de vue de l'utilisateur. C'est ainsi qu'il faut pouvoir prolonger la bande de covoiturage présente qui se termine à la frontière. Une fois que cette bande sera installée sur l'A6, il y aura un grand avantage d'être minimum trois personnes dans la même voiture. Le système qui sera mis en place sera «intelligent» avec notamment des caméras thermiques afin de détecter le nombre de personnes dans un véhicule. Je suis intimement convaincu qu'à terme, cette bande sera largement utilisée.

Depuis son lancement, la bande de covoiturage belge se révèle être un véritable fiasco. Elle n'est pas ou très peu utilisée vu que cette dernière n'est pas prolongée et que les conditions d'accès y sont trop strictes. De plus, le projet de bande de covoiturage luxembourgeois ne prévoit pas le prolongement de cette bande sur le côté droit de la chaussée...

«On aimerait effectivement mettre cette bande au milieu alors que la bande belge se trouve à droite. Il faudra évidemment voir ce qu'il est possible de faire avec nos amis belges. Il y a des possibilités techniques pour ce faire comme une sorte de basculement vers le milieu de la chaussée. Le grand avantage que les Belges ont, c'est que l'infrastructure existe déjà. C'était également bien plus facile pour eux de créer cette bande car ils ont moins d'échangeurs, contrairement à nous.  Mes services travaillent actuellement sur ce projet d'élargissement de l'A6 prévu dans le PNM. Quelles seront les règles d'accès à cette bande? Sûrement trois personnes minimum dans le véhicule et une vitesse limitée comprise entre 50 et 70 km/h (la vitesse maximale autorisée est de 50 km/h sur la bande belge, NDLR). Quand la bande verra-t-elle le jour? Il faut d'abord déterminer tous les aspects d'un tel chantier comme son coût mais je dirais que cela pourrait se concrétiser au cours des trois ou quatre prochaines années.

La régulation de la vitesse à 90 km/h à la frontière aux heures de pointe a-t-elle eu un impact positif sur le trafic?

«Oui, c'est certain. On a beaucoup moins d'accidents sur cette partie du tronçon et la fluidité est meilleure. Oui, les automobilistes roulent plus lentement mais d'un autre côté, cela engendre plus de fluidité car le risque d'accident est plus limité. 

Il faudra se montrer patient l'A3 au cours des trois ou quatre prochaines années. Mais c'est la condition pour avoir une meilleure situation par la suite.

François Bausch

Côté français, depuis quelques semaines, le chantier sur l'A3 a débuté, occasionnant de nombreux embarras de circulation pour les frontaliers français. Que répondez-vous aux automobilistes qui se plaignent de cette situation qui risque encore de perdurer pendant des années?

«Déjà bien avant le début du chantier, aux heures de pointe, la circulation était très lente sur l'A3 et je ne crois qu'il y a tellement de différence aujourd'hui par rapport à la situation d'il y a un ou deux mois. Évidemment, dès qu'il y a un petit accident ou un petit couac, ça change tout. Il faudra donc se montrer patient au cours des trois ou quatre prochaines années. Mais c'est la condition pour avoir une meilleure situation par la suite. Car une fois le chantier fini, il y aura un total de six voies dans les deux sens avec le bus et le covoiturage qui seront priorisés. C'est le prix à payer. 

Au-delà des mesures prises d'un point de vue structurel, l'allègement du trafic frontalier ne doit-il pas également passer par les employeurs? 

«Bien sûr, cela passe aussi forcément par la flexibilisation des horaires et des lieux de travail. La question du télétravail ne doit pas être utilisée comme unique réponse. Il faut aussi pouvoir se demander où mettre les postes de travail. C'est ainsi que nous sommes en pleine réflexion pour mettre en place des espaces de «coworking» à la frontière. Il s'agit d'une piste de solution qui serait combinée avec toutes sortes d'incitatifs financiers intéressants pour les employeurs. 


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Des incitatifs qui pourraient également être liés au covoiturage. Aujourd'hui, un parking dans une entreprise de la capitale coûte très cher et il serait peut-être intéressant pour celle-ci d'acheter plusieurs places de stationnement et d'en réserver gratuitement plusieurs pour les véhicules de covoiturage. 

Si vous ajoutez à cela l'extension du réseau des transports en commun et bien d'autres mesures, la situation s'améliorera. A partir de 2030, les frontaliers seront dans une situation complètement différente de celle d'aujourd'hui en termes de mobilité. Toutefois, cela ne veut pas dire qu'il faudra attendre jusqu'en 2030. Plusieurs éléments vont se mettre en place au fil des années ce qui me fait dire qu'en 2030, cela ira beaucoup mieux. 

Nous travaillons actuellement sur des espaces de coworking situés dans les régions frontalières

François Bausch

Huit ans d'attente avant de voir une amélioration de la situation, cela peut paraître long, très long pour les frontaliers...

«Mais ce n'est clairement pas cela que l'on veut. Le problème, c'est que les grands projets d'infrastructures, comme celui à Hollerich, prennent du temps car il faut pouvoir continuer à assurer les services en même temps que les travaux. Cela dit, il y a d'autres projets qui vont se faire beaucoup plus tôt, comme celui de l'extension de la gare de Luxembourg. Celle-ci est presque terminée et le chantier sera fini d'ici un an et demi. A ce moment-là, on aura des capacités d'accueil bien plus grandes. Il est clair que l'on ne peut pas proposer des miracles à la population aujourd'hui, mais nous avons désormais un plan très précis dans lequel on peut vraiment voir les différentes étapes qui nous attendent.

Le télétravail illimité se termine bientôt pour les frontaliers belges et français. Cela signifie donc un retour massif sur le lieu de travail. Dans une période trouble où les prix de l'énergie atteignent des sommets et où l'on n’a jamais autant parlé de l'environnement, n'est-il pas contradictoire de renvoyer les travailleurs au bureau alors que la poursuite du télétravail illimité permettrait, d'une part, de faire des économies pour les ménages et de réduire l'empreinte carbone et, d'autre part, alléger le trafic?

«Selon moi, le télétravail est en réalité une partie de la réponse. La question principale, c'est évidemment les accords qu'il faut trouver avec les pays voisins.  Pourquoi les Belges et les Français viennent-ils travailler au Luxembourg? Bien évidemment pour les salaires plus élevés et les charges sociales plus favorables. 


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Alors la solution est simple: cela passe par un accord comme celui qui avait été pris avec la Belgique et la France durant la pandémie.  Il faudrait effectivement chercher des arrangements tout en prenant en compte les questions d'organisation du travail dans les entreprises, c'est évident. De plus, il y a aussi les questions fiscales et de sécurité sociale. C'est dans cette logique que nous travaillons actuellement sur des espaces de coworking situés dans les régions frontalières. 

Pourriez-vous en dire plus sur ces espaces de coworking à la frontière?

«Il y a des idées de projets qui sont déjà sur la table, que ce soit à Belval ou encore à Bettembourg et Schifflange mais également dans l'est du pays, près de la frontière allemande. C'est ce quelque chose qu'il faudrait vraiment pousser au Luxembourg. Il y a déjà des banques qui réfléchissent à déplacer certains services à la frontière. Maintenant, il faut aussi faire attention à ce que cet espace soit créé près d'une infrastructure de transports en commun. Parce que sinon, cela va créer de nouveaux problèmes. On pourrait également imaginer des zones franches en France ou encore en Belgique où le droit du travail luxembourgeois s'exercerait mais on est encore loin de la concrétisation d'un tel projet. Quoi qu'il en soit, il faut être vraiment créatif. 

Il y a également plusieurs projets de P+R qui sont sur les rails ou qui ont déjà été concrétisés...

«Il y a effectivement une réelle volonté d'en créer plusieurs à la frontière du côté luxembourgeois, en plus de ce qui a déjà été réalisé ces derniers mois. J'ai promis à plusieurs communes la création de P+R situés à environ cinq kilomètres de distance de la frontière luxembourgeoise. J'ai d'ailleurs marqué mon accord pour que la gratuité des bus s'applique jusqu'à ces P+R situés à quelques kilomètres de la frontière, en dehors du Grand-Duché. 

Quels sont les autres moyens qui seront déployés afin d'améliorer le trafic frontalier? 


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«Je pense au vélo car nous allons créer des pistes cyclables express qui seront idéales pour les personnes utilisant un vélo électrique. Celui-ci peut facilement être utilisé sur une trentaine de kilomètres. N'oublions également pas le plan de transport qui garantira une coordination entre les réseaux de bus, de train et de tram. Pour les frontaliers français, on va également créer un couloir pour bus à haut niveau de service entre Esch et Audun-le-Tiche car le réseau de train n'y est actuellement pas optimal. On va donc supprimer le train et le remplacer par ce bus. Comment fonctionne-t-il? Un couloir à haut niveau de service est un espace de la chaussée exclusivement réservé aux bus et sur lequel celui-ci peut offrir une vitesse plus élevée, de même qu'une augmentation de la fréquence des bus.

Quel est le message que vous souhaitez adresser aux travailleurs frontaliers?

«Mon message, c'est qu'on a un plan. La qualité des infrastructures a déjà changé au cours des dernières années et cela va continuer à s'améliorer. Année par année, les changements vont pouvoir être constatés. La première grande étape sera terminée en 2025, la seconde en 2028, la troisième en 2030 et la touche finale sera pour 2035.» 

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