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Même à 91 ans, la magie de la Schueberfouer opère
Jérôme prend le groupe en photo pour garder un joli souvenir de cet après-midi

Même à 91 ans, la magie de la Schueberfouer opère

Christelle Brucker
Jérôme prend le groupe en photo pour garder un joli souvenir de cet après-midi
Luxembourg 1 4 min. 11.09.2018

Même à 91 ans, la magie de la Schueberfouer opère

Christelle BRUCKER
Christelle BRUCKER
La foire a ceci de magique qu'elle émerveille les petits comme les plus grands... Nos aînés aiment venir y flâner et se rappeler quelques souvenirs du bon vieux temps. Nous avons partagé un poisson frit avec eux.

Comme les enfants, c'est avec des étoiles dans les yeux qu'ils lèvent le nez vers la grande roue de la Schueberfouer et avec gourmandise qu'ils se pressent aux stands de confiseries pour déguster quelques cacahuètes grillées.

C'est l'effet magique de la foire: même à 91 ans, comme Monsieur Kahn, elle redonne immédiatement le sourire.

"C'est la première fois que je reviens à la foire depuis un certain temps", explique le vieux monsieur, très affecté par le décès récent de son épouse.

Avec quelques autres résidents de la maison de soins Elysis, et deux éducateurs pour les accompagner, il est venu manger ce midi à la Schueberfouer. Comme au bon vieux temps.

"Ça me fait plaisir de revenir", dit-il avec le sourire, alors que le groupe s'installe à une table réservée Chez Irène.

"Je me rappelle des lilliputiens"

Les souvenirs sont lointains mais intacts: "Quand j'étais petit, je venais à la foire avec mes parents. Je me rappelle des lilliputiens: ils n'étaient pas plus grands que moi et travaillaient avec une pioche. Ils fumaient aussi. Ça m'a marqué!"

"Je me souviens aussi de l'odeur des barbes à papa, et des manèges avec de vrais animaux: on pouvait monter sur des poneys. On ne voit plus ça aujourd'hui."

Les poneys sur le champ de foire au début des années 1960
Les poneys sur le champ de foire au début des années 1960
René Weydert / Archives LW

"Plus tard, j'ai amené mes propres enfants à la foire bien sûr. Une fille et un garçon: avec ma femme, on tremblait de les voir monter à bord de manèges qui allaient tellement vite!"

La serveuse dépose une assiette avec un énorme poisson frit. "Vous allez manger tout ça Monsieur Kahn?", s'amuse Jennifer, l'éducatrice.

"Et les Knuppautoen, les autos-tamponneuses, j'aimais beaucoup!"

"Knuppautoen? Ech gi mat!" (Je viens avec!), lance sa voisine de table, Madame Becker. Le temps de la foire, elle oublie ses 85 ans et retombe en enfance. 

Il faut dire que pour elle, cette sortie est particulièrement émouvante car autrefois, elle a habité ce quartier de la capitale. 

"On était bien sages, on rentrait à 22 heures"

"Notre maison était du côté de l'avenue de la Faïencerie. Quand j'étais au lycée, je venais tous les jours à la Schueberfouer, mais sans porte-monnaie!"

Les auto-tamponneuses à la foire en 1959
Les auto-tamponneuses à la foire en 1959
Paul Rouster / Archives LW

"Seulement un soir par semaine je prenais mes sous avec moi. Les autres fois, on se contentait de se promener avec une de mes amies. On aimait bien l'atmosphère de la foire... Mais attention, on était bien sages, on rentrait à 22 heures", insiste-t-elle.

"Moi, ce que j'aimais, c'était les manèges qui allaient vite, avec des sensations fortes, et la grande roue aussi, parce que d'en haut, on avait une vue sur toute la foire."

La grande roue en 1954
La grande roue en 1954
Archives LW

Un peu éteinte au début de la sortie, le visage de la vieille dame s'illumine au fil de la promenade. 

Jérôme, éducateur, explique: "On constate toujours une très grande différence de comportement lorsque nos résidents sont à l'extérieur. Ils sont ouverts, joyeux. Ils revivent! Quand on vit en maison de soins, maintenir le lien social, c'est ça le plus important."

Pour cela, des sorties sont organisées deux fois par semaine: au restaurant, au centre commercial, au parc, à l'Octave ou au marché de Noël, l'important, c'est de mettre le nez dehors. 

La Schuebefouer est une sortie spéciale parce qu'elle fait remonter un tas de souvenirs souvent enfouis.

Devant le stand de la confiserie Coné, Monsieur Bervard, 91 ans, fait son marché. Il peut compter sur Jennifer pour l'aider. 

Dans son fauteuil roulant, il raconte: "Quand j'étais petit, il y avait un manège qui s'appelait le Whip: c'était des petits chariots où on pouvait monter à 4 personnes, ils étaient reliés au moteur avec un câble, et ça allait très vite!"

Le Whip en 1927 dans un parc d'attractions américain
Le Whip en 1927 dans un parc d'attractions américain
via Shorpy.com

"On ramassait les pièces tombées sous les manèges"

"On était quatre enfants à la maison, alors il ne fallait pas dépenser des sommes folles à la Schueberfouer."

"Mais on venait chaque jour quand même: on se promenait ici, le long des marchands... Mon frère et moi, on partait après le dîner, on allait à pied de la gare jusqu'ici."

Et les gamins connaissaient bien les petits secrets de la foire: "On venait quand les forains étaient en train de démonter les manèges, il y avait toujours de l'argent en dessous! Des pièces qui étaient tombées sous la caisse... Il fallait être là à temps pour les ramasser!"

Quelques heures au Glacis et il est déjà temps de rentrer. Monsieur Kahn sort son podomètre de sa poche: "On a marché 1.572 pas!"

Monsieur Ries, 63 ans, a acheté un foulard, des sucreries et des petits cadeaux pour sa famille. Il a même ramené des noix un peu spéciales qu'il destine aux infirmières de la maison de soins: "Ce sont des noix grillées au wasabi", confie-t-il avec un brin de malice.

Dans le minibus qui les ramène au Kirchberg, tous ont le sourire: mission accomplie pour Jérôme et Jennifer.