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Médecins sans frontières souffle ses 50 bougies
Luxembourg 5 min. 22.12.2021 Cet article est archivé
Humanitaire

Médecins sans frontières souffle ses 50 bougies

MSF appelle à la levée temporaire des brevets des vaccins anti-covid pour une meilleure répartition des doses dans le monde et stopper la pandémie.
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Médecins sans frontières souffle ses 50 bougies

MSF appelle à la levée temporaire des brevets des vaccins anti-covid pour une meilleure répartition des doses dans le monde et stopper la pandémie.
Photo : Guy Jallay
Luxembourg 5 min. 22.12.2021 Cet article est archivé
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Médecins sans frontières souffle ses 50 bougies

Thomas BERTHOL
Thomas BERTHOL
Carole Nunez, coordinatrice de l'engagement public de l'organisation humanitaire à Luxembourg, revient sur les défis rencontrés par l'aide humanitaire depuis un demi-siècle, dont la pandémie du covid.

Une ONG devenue plus professionnelle et impliquant plus les populations locales pour répondre aux crises climatique et sanitaire. Telle est l'évolution de Médecins sans frontières (MSF) fondée le 22 décembre 1971 à Paris, selon Carole Nunez, coordinatrice de l'engagement public de MSF Luxembourg. L'ONG compte près de 65.000 employés travaillant dans 88 pays. 

Vous fêtez ce mercredi les 50 ans de Médecins sans frontières (MSF), qu'est-ce qui a changé depuis un demi-siècle dans la pratique humanitaire ?

Carole Nunez - «C'était moins dangereux d'aller sur le terrain. Il n'y avait pas tout ce contexte de criminalisation de l'aide humanitaire qu'on peut observer aujourd'hui. C'est le cas quand MSF mène des opérations de recherche et de sauvetage en mer Méditerranée. Certains écueils juridiques sont utilisés pour nous dire que nos bateaux ne respectent pas la gestion des déchets par exemple. Et ça nous empêche d'aller sauver des vies en mer Méditerranée. Par ailleurs, trois collègues de MSF ont été assassinés cet été dans la région du Tigré, en Éthiopie.

Il y a aussi plus de crises, notamment liées au changement climatique. Il y a de plus en plus de populations touchées par des famines, des sécheresses et des catastrophes naturelles. Cela engendre des migrations forcées. 

En quoi cette multiplication des crises a changé votre manière de travailler ?

«Au début, il était question d'une poignée de médecins qui partaient sur le terrain. Mais peu à peu, l'organisation s'est professionnalisée avec des agences de logistique qui viennent en aide aux médecins avec l'envoi de médicaments. A cela, s'ajoute un système d'information géographique qui permet de trouver plus facilement les itinéraires pour accéder aux personnes concernées.

Quel impact a eu la pandémie de covid depuis deux ans sur les activités de MSF ?

«Comme tout le monde au début avec des restrictions de déplacements ou encore des mises en quarantaine. Cela pose encore problème dans certains pays. Nous avons également fourni des conseils en support mental ou encore un soutien aux populations défavorisées par exemple en Belgique ou en France.

Nous avons aussi souffert de la pénurie de matériel médical au début de la pandémie. Il a fallu s'adapter pour les masques ou encore le matériel d'oxygène. Mais cette pandémie n'a pas réduit nos activités, au contraire. Des équipes de MSF se sont même rendues dans des régions reculées d'Amazonie en août 2020 lorsqu'il y avait une propagation exponentielle du covid.


A kid receives a dose of the Cuban Abdala vaccine against COVID-19 at a mobile vaccination center in Managua, on November 18, 2021. - The Government started a massive "house to house" vaccination campaign against the Coronavirus disease, including children, in order to increase the immunization rate in the country. (Photo by OSWALDO RIVAS / AFP)
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MSF est favorable à la levée des brevets de vaccination ?

« Nous sommes pour la levée temporaire des brevets pour qu'on puisse stopper cette pandémie. MSF appelle au partage de la technologie des grands laboratoires pharmaceutiques pour que les pays à faible revenu puissent produire leurs propres vaccins ARN, puisque ils peuvent être conçus plus rapidement. 

Quelles sont les actions concrètes que vous menez en ce moment?

«MSF travaille par exemple au Pérou dans des hôpitaux de campagne ou participe à la campagne de vaccination au Liban. Nous supportons aussi le système de santé local de différents pays, parce qu'il faut savoir qu'une pandémie fragilise les autres actions de santé en cours. Notamment en République Démocratique du Congo où il y a énormément de problèmes de santé comme la rougeole par exemple. Il faut que les opérations de routine puissent se poursuivre.

Le discours de MSF, est-il aujourd'hui plus axé sur le changement climatique que sur les causes politiques ? 

«Ça s'est ajouté au discours et aux témoignages que mène MSF depuis 50 ans. Malheureusement, il y a au-delà des causes politiques qui engendrent des catastrophes, un changement climatique dont nous sommes tous responsables. Nous revendiquons et proposons des changements pour qu'il y ait un accès plus équitable aux soins. 

En fait, notre discours s'est étoffé. Même si MSF est neutre, nous continuons à élever la voix pour dénoncer les politiques injustes qui rendent les populations plus vulnérables. Depuis 2016, MSF a décidé de ne plus accepter de fonds européens pour protester contre la politique migratoire entre l'Europe et la Turquie. Nous dénonçons également les camps de détention en Libye.

Jean-Guy Vataux, directeur adjoint de MSF France, a noté dans La Croix que l'organisation est passée d'une approche néocoloniale à un modèle humanitaire qui associe plus les populations locales. C'est un changement de paradigme chez MSF?

«C'est plus une évolution, un apprentissage et même une amélioration aussi. Une meilleure prise en compte des acteurs locaux permet de ne plus venir et de s'imposer comme les ''French Doctor'' comme nous avons été appelés à l'époque. Mais vraiment de travailler main dans la main avec les personnes sur place. MSF forme aussi le personnel médical sur le terrain, afin de lui donner la meilleure indépendance possible. Le but est de garantir qu'une fois l'intervention d'urgence terminée que les soins puissent continuer à être prodigués.

MSF associe également des populations locales dans ses équipes, car ses employés connaissent mieux le pays et permettent d'entrer en contact avec le reste des habitants. Par exemple, le sida et la tuberculose nécessitent des traitements très longs pour lesquels, il est important de pouvoir compter sur la sensibilisation de la population.

Qu'est-ce que vous attendez des 50 prochaines années? Qu'est-ce qui peut changer et s'améliorer ?

«Une plus grande prise de conscience des enjeux climatiques. Mais aussi qu'il n'y ait plus de criminalisation de nos activités qui nous empêche de travailler. Les équipes de MSF sont parfois vues comme des criminels ou comme un soutien aux actions terroristes. Surtout que nous puissions avoir accès aux patients, afin de soigner et de sauver un maximum de vies dans notre quotidien.»

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