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Me Gaston Vogel risque d'être mis à l'amende
Luxembourg 3 min. 16.10.2021
Justice

Me Gaston Vogel risque d'être mis à l'amende

Justice

Me Gaston Vogel risque d'être mis à l'amende

Photo : Guy Jallay
Luxembourg 3 min. 16.10.2021
Justice

Me Gaston Vogel risque d'être mis à l'amende

Le 12 novembre, les magistrats prononceront leur verdict concernant un courrier que le célèbre avocat avait cru bon d'adresser sur la question des mendiants qui, en 2015, envahissaient les rues de la capitale. Des propos sur le fil, comme à son habitude.

(pj avec Maximilian RICHARD) Avocat, écrivain, regard critique sur la société et la politique luxembourgeoise : Gaston Vogel est tout cela. Alors considérer qu'il puisse un jour s'être laissé aller à s'exprimer maladroitement serait une insulte à sa personne et à son intelligence. Voilà l'argumentaire sur lequel s'appuie le procureur d'Etat Georges Oswald pour considérer une lettre publique de l'intéressé comme relevant bien d'un acte volontaire, et susceptible donc de faire l'objet de poursuites judiciaires y compris six ans après publication.


Gericht , Prozess Maitre Gaston Vogel , Leserbiref über rumänische Bettler , Me Prüm ( l.) Foto:Guy Jallay/Luxemburger Wort
Maître Vogel se défend de tout propos racistes
Dans une lettre envoyée à plusieurs rédactions, l'avocat Gaston Vogel avait traité les mendiants roumains de "racaille". Un coup de sang qui lui vaut maintenant un procès.

Le courrier en question remonte ainsi à 2015, date où la mendicité était devenue une préoccupation dans la capitale. L'avocat avait alors pris la plume de façon plus qu'acerbe, au point qu'aujourd'hui, la justice réclame sa condamnation pour incitation à la haine. Vendredi, au tribunal de Luxembourg, une amende appropriée a ainsi été demandée à l'encontre de l'homme de 84 ans qui se défend toujours d'avoir voulu faire montre de xénophobie.

Reste qu'en ce mois d'août 2015, ses propos n'y allaient pas par quatre chemins pour dénoncer ces mendiants venus d'Europe centrale. «L'air est rempli des puanteurs que dégagent les cortèges quotidiens de mendiants dégueulasses, insolents qui, grâce aux largesses des intelligents accords de Schengen, nous viennent, sans aucun contrôle, de la lointaine Roumanie (...) Personne ne s'occupe de cette racaille» pouvait-on notamment lire dans sa lettre adressée à la bourgmestre, Lydie Polfer.

Mais au-delà de la responsable politique de la Ville, la lettre a été publiée sous forme de courrier des lecteurs par RTL et le Lëtzebuerger Journal. De quoi déclencher de vives réactions et critiques. La ligue des droits de l'homme a ainsi déposé plainte à la fois contre l'avocat mais aussi les organes de presse ayant diffusé ses propos à la lettre.

Le sabre plutôt que le fleuret

Au deuxième jour du procès, Me Gaston Vogel a maintenu sa ligne de défense. Repoussant toutes les accusations de racisme et soulignant qu'il avait seulement voulu signaler un problème existant en lien avec la mendicité organisée. Selon lui, la lettre n'était pas dirigée contre la communauté Rom, groupe pour lequel il avait toujours eu un grand «sentiment tragique». Lui visait seulement les bandes criminelles qui prospèrent autour de la misère.

Pour les avocats de Me Vogel, il apparaît que leur client a décrit à sa manière une situation réelle et problématique.Le tout, certes, dans un langage un peu dur selon eux, mais avec une teneur qui n'avait pas voulu discriminer qui que ce soit. Le but étant plutôt de faire réagir les dirigeants politiques pour qu'ils solutionnent ce problème de mendicité agressive. Mais, pour reprendre les propos d'un journaliste, Gaston Vogel avait brandi «comme d'habitude, le sabre lourd plutôt que le fleuret léger». 


Facebook ist kein rechtsfreier Raum. Diese Erfahrung musste nun ein Angeklagter machen.
Quand Facebook mène devant le tribunal
Non, il n'est pas possible de tout dire sur les réseaux sociaux. Pour l'avoir oublié, trois résidents ont fait l'objet d'une présentation devant les juges. Et ni le temps ni les remords n'effacent les propos racistes.

Pour l'avocat de la société RTL (CLT-Ufa), l'acquittement s'impose aussi pour le support de diffusion de la lettre. Le défenseur a, lui aussi, souligné que la mendicité organisée dans la capitale était un problème qui préoccupait de nombreux citoyens avant même la publication de la lettre. Le contenu de la lettre doit ainsi être compris dans ce contexte. D'ailleurs, dans les commentaires des lecteurs laissés sous le courrier de Me Vogel le racisme était loin d'être dominant. Signe pour les avocats qu'il n'y a pas eu «appel à la haine». 

Pas de quoi faire dévier l'avis du procureur Georges Oswald. Lui continue à penser que le courrier ne visait pas explicitement la mendicité organisée. D'ailleurs, au fil des lignes, il n'était pas question de bandes organisées mais seulement de mendiants venus de Roumanie. Ce qui est bien plus explicite... 

Le jugement sera rendu le 12 novembre.

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