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Max Hahn: «L'intégration par la langue fonctionne très bien »
Luxembourg 7 min. 23.04.2018 Cet article est archivé

Max Hahn: «L'intégration par la langue fonctionne très bien »

Max Hahn: «L'intégration par la langue fonctionne très bien »

Anouk Antony
Luxembourg 7 min. 23.04.2018 Cet article est archivé

Max Hahn: «L'intégration par la langue fonctionne très bien »

Sophie WIESSLER
Sophie WIESSLER
Il est l'un des plus jeunes représentants de la Chambre des députés. C'est en profitant de l'entrée de Claude Meisch au sein du gouvernement en décembre 2013 qu'il se fraie une place au Parlement, tout en étant échevin dans sa commune, à Dippach. Passionné de montagne été comme hiver, pour "se vider la tête et recharger ses batteries", Max Hahn se confie sur son enfance, marquée par un meilleur ami français et sur la francophonie plus globalement au sein du Luxembourg.

Le français: langue pivot dans le travail au Luxembourg mais aussi langue en perte de vitesse parmi les Luxembourgeois. Avant les élections législatives d'octobre prochain, nous avons décidé d'interroger les députés sur leur rapport à la langue de Molière, à travers une série d'interviews que nous publierons régulièrement jusqu'à l'été.

  • Vous êtes entré au conseil communal de Dippach à seulement 24 ans. Qu'est-ce qui vous a motivé?

Certaines choses ne me plaisaient pas. Simplement, au lieu de me plaindre et de parler dans le vide, j'ai tenu à m'engager en politique. Lydie Polfer et Henri Grethen sont d'ailleurs deux modèles qui m'ont inspiré: ils s'engageaient réellement pour faire bouger les choses. 

Ce sont des valeurs que je souhaite communiquer aux plus jeunes. S'il y a un sujet qui te préoccupe et bien vas-y, engage-toi pour améliorer la situation. C'est réellement cet aspect qui m'a motivé à quitter mon travail pour entrer dans la fonction publique. Ce changement m'a beaucoup marqué: il y a une pression différente.

  • Quel est votre rapport à la francophonie?

J'ai eu mon premier contact avec le français lorsque j'étais enfant. Mon meilleur ami, qui était aussi mon voisin, était d'origine française. C'est comme ça que tout a commencé. J'ai étudié le français à l'école, mais comme la plupart des Luxembourgeois, j'ai davantage de facilité avec l'allemand. C'est plus simple à apprendre: j'ai lu des livres et regardé la télévision dans cette langue.

Mon frère et ma sœur ont fait des études de langues, comme ma mère. L'un est prof d'allemand et l'autre institutrice... Moi j'ai été attiré par les dossiers techniques, comme mon père. Donc apprendre le français n'était pas vraiment nécessaire durant mes études et pour ma carrière d'ingénieur. 

Le français s'apprend en parlant. Je suis bien conscient que je fais beaucoup d'erreurs à l'oral mais au moins je n'ai pas peur de le parler. Au Luxembourg, on veut toujours apprendre les langues à la perfection: c'est là que ça coince parce que les gens sont gênés s'ils ne maîtrisent pas totalement le vocabulaire. Ce n'est pas mon cas et je pense que les Français que j'ai rencontrés apprécient l'effort, tout comme un Luxembourgeois apprécie qu'un Français parle sa langue.

J'ai un contact journalier avec le français, bien plus qu'avec l'allemand au final. J'ai passé de nombreuses vacances à la montagne en France, au Queyras. Nous avions pas mal de contacts là-bas, des amitiés que je conserve encore aujourd'hui.

  • Quelle place accordez-vous dans votre réflexion de député aux résidents étrangers?

Pour moi, les gens qui résident au Luxembourg sont tous des citoyens du Luxembourg. Je ne fais pas de différence entre un Luxembourgeois et un non-Luxembourgeois qui réside ici. 

On doit faire des efforts des deux côtés. L'intégration est importante, notamment dans les clubs, les associations locales. On a encore beaucoup de potentiel pour s'améliorer.

"Je ne fais pas de différence entre un Luxembourgeois et un non-Luxembourgeois qui réside ici".
"Je ne fais pas de différence entre un Luxembourgeois et un non-Luxembourgeois qui réside ici".
Photo: Anouk Antony
  • Qu'avez-vous pensé du résultat du référendum de 2015?

J'avais déjà remarqué un certain malaise au sein de la population durant la campagne électorale. Pas seulement du côté des Luxembourgeois, mais aussi des non-Luxembourgeois qui étaient plutôt contre. 

J'ai tout de même été surpris du score élevé pour le non. En tant que bon démocrate, je l'ai pris en compte. La population a toujours raison. Et je trouve ça bien, d'avoir demandé son opinion avec ces trois questions.

  • Lors de la prochaine législature, le nombre de résidents étrangers devrait dépasser le nombre de résidents luxembourgeois. Comment penser la cohésion sociale dans ce cadre?

Quand je me remémore mes études, je me souviens qu'il y avait des Italiens, des Français, des Portugais, Belges... et on ne remarquait pas que c'était des non-Luxembourgeois. 

L'intégration de la deuxième génération - des étrangers vivant au Luxembourg et ayant eu des enfants ici - se passent très bien: ils étudient, vivent au Luxembourg, s'engagent dans des clubs. Ce n'est pas encore tout à fait le cas pour leurs aînés de la première génération. Il y a encore du potentiel à ce niveau-là.

Surtout, je pense qu'apprendre la langue luxembourgeoise est quelque chose qui tient vraiment à cœur aux Luxembourgeois, moi y compris d'ailleurs. Dans la commune de Dippach par exemple, on organise des cours de luxembourgeois et j'essaie toujours d'être présent pour la remise des diplômes afin de nouer des contacts avec les différentes nationalités que l'on retrouve dans la commune. C'est quelque chose qui me rend très fier: on voit que l'intégration, via la langue, fonctionne.

  • Quand le Luxembourg comptera près d’1 million d’habitants vers 2060, il comptera aussi environ 350.000 travailleurs frontaliers, selon les projections du Statec et de la Fondation Idea. Est-ce pour vous plutôt une richesse ou un défi pour le pays?

Nous devons beaucoup aux frontaliers. Notre système fonctionne grâce à eux, ils nous apportent beaucoup de richesse. Je viens en train au travail et j'en rencontre chaque jour. Je suis conscient que la plupart d'entre eux aimeraient habiter plus près de leur lieu de travail. Ils n'ont malheureusement pas les moyens face aux coûts élevés du logement au Luxembourg. Il faut, là aussi, faire des efforts pour créer des logements, augmenter l'offre afin que les frontaliers puissent aussi devenir des résidents un jour. 

Beaucoup de secteurs privés ne fonctionneraient pas au Luxembourg sans les frontaliers. C'est pour cela qu'il faut être reconnaissants et les remercier pour le travail qu'ils font.

Le plus grand défi pour le pays restera la mobilité. On veut attirer toujours plus d'entreprises, créer des lieux de travail, recruter dans nos trois pays voisins... Mais ça devient de plus en plus difficile. Comment attirer des personnes qualifiées alors qu'elles vont passer trois heures dans les transports?

"La seule chose qui soit sûre avec le nucléaire, c'est que c'est un danger".
"La seule chose qui soit sûre avec le nucléaire, c'est que c'est un danger".
Photo: Anouk Antony
  • Vous êtes président de la Commission du Logement. Le Luxembourg a-t-il un retard à rattraper à ce sujet?

Oui, nous avons clairement un retard historique en ce qui concerne le logement. C'est simple: il manque 32.000 unités de logement. Nous n'avons pas su créer suffisamment de logements jusqu'ici et la situation peut s'envenimer si on considère les 15.000 nouvelles personnes qui viennent chaque année au Luxembourg. Il va falloir les loger elles aussi. Comment peut-on créer plus de logements et surtout plus de logements à coût modéré ou social? Ces questions me hantent chaque jour.

Quand on parle de la croissance du pays, on entend très souvent "oh mince la mobilité, encore plus de personnes, encore plus de frontaliers, c'est l'horreur" mais c'est le cas parce que nous n'avons pas su créer les infrastructures adéquates alors que la population n'a cessé d'augmenter ces dernières décennies!

  • Vous êtes également vice-président de la Commission de l'Environnement. Pensez-vous que le pays s'investit suffisamment dans le dossier Cattenom?

Vous savez, la seule chose qui soit sûre avec le nucléaire, c'est que c'est un danger. Si le Luxembourg veut être crédible auprès de ses voisins, si on veut qu'ils ferment leurs centrales nucléaires, nous devons faire des efforts pour promouvoir les énergies renouvelables. Il y a encore beaucoup de potentiel à ce niveau-là, nous avons beaucoup de projets sous le coude. Il y a des tas d'alternatives intéressantes: biomasse, photovoltaïque, éoliennes...

  • En tant qu'échevin de Dippach, vous militez pour la mise en place d'un contournement dans votre ville, comme à Käerjeng. 

Oui, ce contournement est une bonne chose, il fallait faire quelque chose pour les habitants de cette commune. Mais si on fait un contournement à Käerjeng, il faut également faire celui de Dippach en même temps! Parce que la situation va s'aggraver aussi dans ma commune. Pourquoi ne pas faire les deux contournements tout de suite?

Si mon parti est dans le prochain accord gouvernemental, je m'engagerai personnellement pour que le contournement de Dippach soit réalisé en même temps que celui de Käerjeng.

  • Quel bilan faites-vous de ces quatre dernières années en tant que député?

C'est un bon début mais rien n'est terminé. Ce n'était que les fondations, il va falloir construire par dessus à présent. Il faut continuer le travail que nous avons commencé.


Retrouvez toutes les autres interviews de députés dans notre dossier.

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