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Marco Schank: «Je crois surtout à la participation du citoyen à la politique de tous les jours»
Luxembourg 8 min. 13.04.2018 Cet article est archivé

Marco Schank: «Je crois surtout à la participation du citoyen à la politique de tous les jours»

Marco Schank: «Je crois surtout à la participation du citoyen à la politique de tous les jours»

Photo: Guy Jallay
Luxembourg 8 min. 13.04.2018 Cet article est archivé

Marco Schank: «Je crois surtout à la participation du citoyen à la politique de tous les jours»

Maurice FICK
Maurice FICK
Il ne parle pas le français chez lui mais est intarissable sur Georges Moustaki (qu'il a rencontré), les paroles chantées de Nolwenn Leroy ou l'écriture populaire de Caril Férey. Homme au foyer assumé, auteur de romans policiers reconnu au Luxembourg, Marco Schank a été Secrétaire général du CSV, ministre sous Juncker et est redevenu bourgmestre de la commune fusionnée d'Esch-sur-Sûre. Il a promis à ses électeurs de rester à leurs côtés désormais.

Le français: langue pivot dans le travail au Luxembourg mais aussi langue en perte de vitesse parmi les Luxembourgeois. Avant les élections législatives d'octobre prochain, nous avons décidé d'interroger les députés sur leur rapport à la langue de Molière, à travers une série d'interviews que nous publierons régulièrement jusqu'à l'été.

  • Quel est votre rapport à la francophonie?

«En tant que député j'ai affaire à la langue de Molière tous les jours. Tous les textes législatifs, comme les règlements grand-ducaux sont rédigés en français. J'ai appris le français à l'école. Je me rappelle que très jeune lorsque j'ai appris à lire, j'ai surtout lu l'allemand. A un certain moment, mon père, qui était instituteur, a tout fait pour que je lise aussi en français. Il m'a recommandé de lire «Les Aventures de Bob Morane» en livre de poche. Le personnage, un aventurier et justicier, avait été créé en 1953 (Marco Schank est né en 1954, ndlr) par Henri Vernes. Je devais avoir 10-11 ans. Par après, au lycée j'étais en section littéraire. De cette période, je me rappelle bien des «Mouches» de Jean-Paul Sartre mais aussi de Victor Hugo.

Aujourd'hui, il m'arrive toujours de lire le français. Mais surtout à partir du moment où l'auteur est français. Comme j'écris des romans policiers (en allemand), je lis surtout ce genre de romans.

  • Quel est le dernier livre en français que vous avez lu justement?

Je lis surtout des romans policiers de Caril Férey. Il a notamment écrit «Zulu» (Grand prix de littérature policière en 2008, ndlr) mais aussi «Condor» ou «Mapuche». Cet auteur est vraiment doué. Il travaille sur des thèmes comme l'apartheid, les dictatures, la colonisation dans des pays au passé douloureux. Ce qui me plaît c'est qu'il écrit dans un jargon très populaire. Il utilise des expressions des faubourgs que je ne connais pas. Il est passé maître dans le polar noir.

Marco Schank se présentera pour la 5e fois aux élections législatives en octobre 2018. Mais il s'est fait la promesse de remplir son nouveau mandat de bourgmestre d'Esch-sur-Sûre, jusqu'au bout.
Marco Schank se présentera pour la 5e fois aux élections législatives en octobre 2018. Mais il s'est fait la promesse de remplir son nouveau mandat de bourgmestre d'Esch-sur-Sûre, jusqu'au bout.
Photo: Guy Jallay
  • Utilisez-vous la langue française pour vous exprimer au quotidien?

Non pas du tout. A la maison on parle le luxembourgeois. J'écris des romans en allemand mais aussi des pièces de théâtre en luxembourgeois. Je n'ai pas encore écrit en français. Mais pourquoi pas plus tard...

  • Parlez-nous de vos études...

J'ai fait mes études au Lycée classique de Diekirch mais je n'étais pas à l'université. En revanche, j'étais en formation à l'Institut supérieur d'études et de recherches pédagogiques (ISERP) à Walferdange où j'ai commencé une formation pour devenir éducateur. Mais en 1980 j'ai arrêté parce que ma femme et moi avions décidé que l'un de nous deux resterait à la maison. Alors je suis devenu homme au foyer. J'ai éduqué mes trois enfants: Dan, Christie, Jenny (son œil pétille fièrement) ...avec mon épouse évidemment!

  • Un film français vous a-t-il marqué?

Il ne me vient pas de film précis mais quand j'étais jeune j'aimais particulièrement les films dans lesquels jouait Isabelle Huppert. En revanche,  j'adorais les chansonniers français. Ma femme et moi étions vraiment des fans de Georges Moustaki. Je l'ai rencontré lors d'un de ses derniers concerts. J'aimais vraiment ce qu'il faisait, tout comme Maxime Le Forestier et Georges Brassens. Moustaki abordait des sujets douloureux et politiques parfois. Tout comme j'aime par ailleurs les chansonniers allemands comme Hannes Wader et Reinhard Mey par exemple. Mais dans ma voiture j'écoute aussi des CD de la chanteuse bretonne Nolwenn Leroy.

Marco Schank: «Chaque personne qui vit au Grand-Duché à les mêmes droits et les mêmes devoirs.»
Marco Schank: «Chaque personne qui vit au Grand-Duché à les mêmes droits et les mêmes devoirs.»
Photo: Guy Jallay
  • Dans vos réflexions de député, quelle place accordez-vous aux résidents étrangers?

Au sein de ma propre famille mais aussi par la force des choses, j'ai beaucoup de connaissances qui ont une nationalité autre que luxembourgeoise et je m'engage pour tous les résidents qui vivent au Grand-Duché. Qu'ils soient luxembourgeois ou non. Je ne fait aucune différence. Chaque personne qui vit au Grand-Duché à les mêmes droits et les mêmes devoirs.

Je suis engagé de longue date au niveau communal. J'étais bourgmestre de Heiderscheid durant seize ans jusqu'au moment d'entrer au gouvernement. Depuis les élections communales du 8 octobre 2017, je suis à nouveau bourgmestre de la commune d'Esch-sur-Sûre (les trois communes de Heiderscheid, Esch-sur-Sûre et Neunhausen ont fusionné, ndlr) où j'ai affaire chaque jour à des concitoyens de toutes nationalités.

  • Le résultat du référendum sur le vote des étrangers a-t-il, selon vous, changé la perception des étrangers au Luxembourg?

Honnêtement je ne crois pas, parce que je n'ai pas eu de retours de gens qui ne sont pas luxembourgeois. Pour moi, ce n'était pas une bonne idée de faire un référendum. Car on obtient toujours des réponses à des questions non posées. Nous n'avons pas une tradition de référendum au Grand-Duché et je n'apprécie pas cet instrument pour notre pays. Je ne crois pas que ce soit un instrument de participation génial.

Je crois surtout à la participation du citoyen à la politique de tous les jours via les commissions consultatives, des plateformes qu'on organise. Suite aux dernières élections communales mon équipe et moi avons signé récemment la Charte communale d'information et de participation citoyenne initiée par le Mouvement écologique. Notre idée est de faire participer les citoyens plus intensément à plusieurs niveaux. Nous sommes par exemple en train de planifier une plateforme internet mais aussi des plateformes thématiques pour rencontrer des gens, faire des réunions informatiques sur des sujets spécifiques qui intéressent les gens comme la mobilité, la construction d'une nouvelle école, etc. On voudrait pousser assez loin l'idée de la participation démocratique.

  • Lors de la prochaine législature, le nombre de résidents étrangers  devrait dépasser le nombre de résidents luxembourgeois. Comment peut-on construire la cohésion sociale dans ce contexte?

En mettant davantage l'accent sur la participation des citoyens à la vie politique. Il s'agit de plus faire participer les gens avant que ne soit prise une décision politique. Au niveau local c'est simple, on est tout près des citoyens. C'est peut-être plus dur de faire participer tout un pays à certaines décisions... Qui dit participation à la citoyenneté sous-entend aussi qu'il y ait des gens formés, des multiplicateurs qui puissent guider des workshops.

Marco Schank: «Il ne faut pas accepter une croissance à tout prix. Cette croissance devra être écologiquement et économiquement durable.»
Marco Schank: «Il ne faut pas accepter une croissance à tout prix. Cette croissance devra être écologiquement et économiquement durable.»
Photo: Guy Jallay
  • Quand le Luxembourg comptera près d'1 million d’habitants vers 2060, il comptera aussi environ 350.000 travailleurs frontaliers, selon les projections du Statec et de la Fondation Idea. Est-ce pour vous plutôt une richesse ou un défi pour le pays ?

Je crois que c'est une richesse et un défi. C'est clairement un défi, quand on voit les problèmes. Nous avons un essor démographique énorme et on voit qu'à tous les niveaux, notamment de la mobilité et du logement, ce n'est pas facile. Il faut accompagner cette croissance démographique et je crois bien que ce sera un des thèmes de cette campagne électorale. D'autre part je crois que ça peut représenter une richesse pour le Luxembourg. En tout état de cause, il ne faut pas accepter une croissance à tout prix. Cette croissance devra être écologiquement et économiquement durable.

  • Quels devraient justement être les grands thèmes des élections à venir?

La croissance durable en premier lieu. Mais il y a aussi l'aspect écologique, la mobilité, l'éducation et le logement (Marco Schank était ministre du Logement dans le gouvernement précédent, ndlr).

  • Pour la mobilité et le logement la situation est particulièrement tendue au Luxembourg. Que peut-on faire pour desserrer la ceinture?

Au niveau du Plan sectoriel Logement, j'avais fait des propositions pour des grands projets d'envergure. Il semblerait, selon les dires du ministre François Bausch que les quatre plans sectoriels seraient prêts mais il semblerait aussi que la plus grande part de ces grands projets d'envergure - il était question de 520 hectares pour quelque 18.000 unités d'habitation - n'y figurent plus. Pour l'heure, ces plans ne sont pas encore sur table. Une chose importante est d'augmenter l'offre de logement.

Au Nord du pays on revendique depuis un certain temps déjà une 2x2 voies de Troisvierges à Ettelbruck mais une autre idée serait d'améliorer les parkings près des gares. Le grand problème se situe au niveau de la gare de Luxembourg puisque tous les trains passent par là. Un projet pour agrandir les quais est en cours mais il faudra attendre jusque 2022 je crois. Cependant au vu de l'essor démographique, il faut faire avancer les choses pour que le transport public fonctionne bien.

Durant l'interview Marco Schank révèle qu'il est en passe de publier un nouveau roman qui sera intitulé: «Damit die Nacht vergeht» que l'on peut traduire par «Pour que passe la nuit».
Durant l'interview Marco Schank révèle qu'il est en passe de publier un nouveau roman qui sera intitulé: «Damit die Nacht vergeht» que l'on peut traduire par «Pour que passe la nuit».
Photo: Guy Jallay
  • A 63 ans, sachant que vous êtes entré au conseil communal de Heiderscheid à 28 ans et en 1999 à la Chambre, quelles sont aujourd'hui vos ambitions?

Je vais encore une fois être candidat pour les législatives en octobre dans le Nord. Je veux être député. Avant les élections communales j'avais dit à mes électeurs s'ils voulaient de moi pour être bourgmestre une deuxième fois, alors je conserverais ce poste. J'ai pris cet engagement et je le respecterai.

  • Ecrirez-vous encore des romans?

Bien sûr. Je suis en train d'en terminer un (sourire). Il sera intitulé: «Damit die Nacht vergeht». Je me suis inspiré d'un poème d'Hoda Ablan, auteure et poétesse du Yemen, pour trouver mon titre. Ses poèmes sont très beaux.


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